Ce que j’ai vécu de Freddy Maertens

De toute l’histoire du cyclisme, Freddy Martens a été l’un des noms les plus salis de ce sport, souvent injustement. Garçon Flamand et ambitieux, il payait pendant de nombreuses années ses oppositions avec les autres grands coureurs Belges de l’époque dont Eddy Merckx. Paru à la fin des années 80, cet ouvrage vérité donne des indications sur toutes les affaires dont a été mêlé le nom « maudit » de Maertens. Le témoignage de l’ancien double champion du monde est sec, clair et précis, avec parfois des documents officiels en annexe pour plus de transparence. Manu Adriaens est celui qui a eu le grand honneur d’aider Freddy Maertens dans la conception de son autobiographie. De l’aveu du journaliste, Freddy Maertens n’a pas refusé de répondre à une seule de ses questions. Son témoignage est authentique, froid et réaliste du monde du cycliste. Très souvent trainé dans la boue durant toute sa carrière, nous sentons à travers toutes ses pages une certaine rancœur, un certain orgueil de la part du champion. C’est en quelque sorte un livre coup de poing qui apporte certains dessous croustillant du mouvementé cyclisme Belge des années 1970.

Type : Autobiographie
Contenu : la vie de Freddy Maertens
Public visé : aux fans de Freddy Maertens
Note : 9/10
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Alfredo Binda, la Joconde

Derrière Coppi, Alfredo Binda est probablement le plus fameux des champions Italiens. Ce Lombard issu d’une famille de dix enfants, a émigré avec sa famille après la première guerre mondiale, pour s’installer à Nice. Pour ses premiers coups de pédales à vélo en compétition, il gagnait de nombreuses épreuves dans le Sud de la France. En 1922, il remportait trois succès importants et pose de nombreux soucis aux champions Français de l’équipe comme Barthelemy ou Henri Pélissier. L’année suivante, il rencontrait et ridiculisait Costante Girardengo, Gaetano Belloni et Jean Alavoine, dans l’épreuve du Mont Chauve. Pour qualifier sa performance, les journalistes Français titraient « Le poussin a battu les aigles ». Gaetano Belloni a des craintes et confie à Girardengo la méfiance qu’il a en ce coureur.

Le Lombard décide de courir pour la première fois en Italie en 1924. Il est informé d’une prime de 500 lires au premier coureur qui franchira le sommet du Ghisallo. Dans cette célèbre ascension, Binda faisait de nouveau l’étalage de tous ses talents de grimpeurs et lâchait tous ses adversaires, confirmant ainsi les craintes des deux champions Italiens de l’époque. Encore trop juste sur une aussi longue distance, il devait se contenter de la quatrième place. Sa performance aura tout de même été remarquable et Eberardo Pavesi, directeur sportif de la Legnano l’embauche. Cette idylle durera dix ans. En 1925, pour sa première année en Italie il réalisait son rêve de remporter le Tour de Lombardie chez lui. Il la gagnera quatre fois en tout (1925, 1926, 1927 et 1931). En 1926, il l’emportait avec près de 30 minutes d’avance sur son second. Grimpeur exceptionnel, il construisait sa légende sur le Giro en l’emportant pour sa première participation en 1925 devant son rival l’autre Campionissimo, Costante Girardengo.

Payé pour ne pas courir le Giro

Le Lombard ne mettra pas longtemps avant d’hériter de ce surnom donné par Emilio Colombo. Binda était certes battu par Brunero l’année suivante, mais le Lombard avait concédé près de quarante sur une chute lors de la première étape. En 1927, il revenait de manière impitoyable. Il gagnait le général raflant douze des quinze étapes disputées. Cette même année, il remporte toutes les épreuves du calendrier Italien à l’exception de Milan-San Remo. En 1928 et 1929, il effectuait de nouvelles razzias sous les sifflets du public Italien, las de sa domination. Il avait établi un record en remportant huit étapes de suite. C’est alors qu’en 1930, les organisateurs du Giro avaient eu l’invraisemblable idée de payer Alfredo Binda 25.000 lires – le montant perçu du vainqueur – pour qu’il ne prenne pas le départ de l’épreuve, afin de sauver son intérêt. Le Lombard revenait en 1931. Vainqueur de deux étapes et solide maillot rose, il devait cependant abandonner sur chute. En 1932, Binda ne terminait que 7éme. Il remportait son dernier succès au classement général en 1933, édition marquée par les premières longues étapes chronométrées et l’apparition du Grand Prix de la Montagne. Les deux dernières participations du Lombard restèrent t sans éclat, éliminé sur chute en 1934, anonyme pour son dernier Giro en 1935. Au total, Binda est aujourd’hui avec Merckx et Coppi le recordman de victoires dans le Tour d’Italie. Vainqueur de 41 étapes, il n’a été détrôné que par Mario Cipollini en 2003.

A l’international

En 1930, les organisateurs du Tour d’Italie avaient mis la main sur leur portefeuille afin de faire renoncer Binda, de sa participation au Giro. Absent de son épreuve fétiche, le Lombard se rabattait sur le Tour de France. Henri Desgrange avait d’ailleurs mis les moyens nécessaires afin d’attirer le Campionissimo. Le Tour de France 1930 était le premier disputé avec les équipes nationales, après le désastre des Tours précédents et l’implication croissante des marques dans les épreuves. Afin de donner un nouvel élan à son épreuve, le père du Tour avait eu cette idée ingénieuse de faire courir pour la seule et unique fois Alfredo Binda, sur les routes du Tour de France. Ceci également afin de justifier la nouvelle formule promulguée.

La participation de l’Italien n’avait laissé personne indifférent. Lors des premières arrivées groupées de l’épreuve, la confrontation entre les Français et les Italiens avaient fait du bruit. Coups bas, obstructions, déclarations assassines et sprints musclés avaient scellé la mésentente entre Binda et le camp Français. Entre Bordeaux et Hendaye, les Français profitèrent de la chute du Lombard pour l’attaquer et l’écarter définitivement du général. Binda perdit plus d’une heure ainsi que toutes ses ambitions pour le classement général…

Relégué dans les profondeurs du classement, Binda mettra un point d’honneur à remporter l’étape suivante. Il promit ensuite à Learco Guerra de le soutenir dans sa quête du maillot jaune. Dans l’étape de montagne Luchon – Perpignan, le Campionissimo étalait toute sa classe d’escaladeur dans le Portet d’Aspect. Victime d’une chute, il aborder le col avec près de 15 minutes de retard sur le peloton principal. Au sommet du col, le Lombard avait refait son retard et était passé en tête. Alfredo Binda était l’un des premiers grands escaladeurs de l’histoire du cyclisme. D’un style pur, horizontal et immobile, il avait suscité la fascination d’une certain René Vietto qui affirmait avec un brin d’exagération «  Vous lui aurez mis un verre rempli d’eau sur la tête qu’il aurait escaladé le Tourmalet sans renverser la moindre goutte ». Ce style si particulier, avait inspiré le Roi René, qui avait copié le style de son idole.

Forcé de participer à cette épreuve, le Lombard avait par la suite abandonné afin de préparer les championnats du monde. Bien lui en a pris, puisqu’il remportait son second maillot arc-en-ciel à Liège au terme d’un duel effarant face à Georges Ronsse. A domicile, le Belge était à la quête d’un troisième titre mondial, qui allait finalement revenir à l’Italien. Vainqueur à trois reprises, Alfredo Binda co-détient toujours le record du nombre de succès obtenu. En 1927, il réussissait à creuser des écarts démentiels en l’espace de trente kilomètres, s’imposant avec sept minutes d’avance. Pour son dernier triomphe à Rome devant le Duce, il l’emportait devant son compatriote Remo Bertoni de 15 secondes. L’opposition était repoussée à près de cinq minutes. Pour l’ensemble de son œuvre, Alfredo Binda, cette Joconde, avait été qualifié par Henri Desgrange comme le plus grand coureur de tous les temps.

Après sa carrière de coureur, il sera logiquement nommé directeur sportif de l’équipe d’Italie dans les années 40, avec la difficile mission de maximiser les chances de succès Italiens, tout en étant soumis à la contrainte majeure de l’époque : la rivalité entre Coppi et Bartali. Le Campionissimo  avait su faire jouer ses talents d’orateur afin de trouver les compromis nécessaires pour les deux champions.

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Eric Leman, Légende du Tour des Flandres

Parmi les triples vainqueurs et recordmen de victoires sur le Tour des Flandres, Eric Leman n’est certainement pas le plus connu. Pourtant, il a réussi l’exploit de remporter cette épreuve trois fois en l’espace de quatre ans durant l’ère Merckx. Le codétenteur du record – avec Fiorenzo Magni, Johan Musseuw et Achiel Buysse – participait pour la première fois à l’épreuve en 1968, il abandonnait sans gloire. L’année suivante, il terminait à une anonyme place dans les 25 premiers.

Bon coureur de classiques, il avait déjà terminé à plusieurs reprises dans les cinq premiers de grandes épreuves. Mais sa première victoire sur le Ronde en 1970 a tout de même été une surprise. Il remportait l’épreuve au sprint devant Walter Godefroot et Eddy Merckx. Le finish était le point fort du Flamand qui avait remporté au cours de sa carrière cinq étapes du Tour de France.

Un peu moins de douze mois après, Eric Léman perdait sa femme. Il renonçait à défendre son titre, mais trouvait cependant la force de se relever et de relancer sa carrière. En 1972, il profitait d’une bonne course tactique d’équipe pour l’emporter avec le soutien précieux de son équipier Roger Rosiers dans le final. L’ancien vainqueur de Paris-Roubaix était parti à quelques encablures de l’arrivée obligeant ses adversaires à rouler. Leman profitait parfaitement de la situation. Il contrait d’abord une tentative anticipée de sprint de Roger Swerts, avant de disputer un sprint houleux avec Frans Verbeeck. Ce dernier est tassé contre les barrières par Leman alors qu’il était en train de gagner l’épreuve. Mais à la surprise générale, Eric Leman n’était pas déclassé et remportait son deuxième Tour des Flandres, fort controversé.

L’année suivante, Frans Verbeeck tentait de prendre sa revanche en anticipant son accélération dans le Mur de Grammont. Mais il crève quelques kilomètres plus loin. La course se fait par élimination et à l’arrivée. Eddy Merckx, Freddy Maertens, Eric Leman et Willy De Geest se disputent la victoire. Au sprint, Eric Leman remportait un troisième et dernier succès. On le soupçonnait d’avoir été aidé par Eddy Merckx qui a semblé lui emmener le sprint sur un plateau. Eric Leman ne reviendra plus à pareille niveau sur son épreuve. Il terminait 5éme l’année suivante. En 1975, il ne prit même pas le départ en raison de problèmes extra sportifs et de sponsors. Il participait une dernière fois au Ronde en 1976, dans le plus sombre anonymat.

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Paul Deman, l’homme des miracles

Paul Deman fut un coureur Belge courant dans les années 1910 et 1920.  Il était en quelque sorte un miraculé, un prophète. Pendant l’occupation Allemande, il était chargé de transmettre des documents confidentiels aux alliés, passant la frontière Néerlandaise de manière illégale. Il effectuait ce travail souvent quand les conditions climatiques étaient mauvaises. Il avait établi une série de quatorze voyages, avant d’être arrêté un peu plus d’un mois avant la fin de la guerre. Il fut mis en prison et le « jugement » indique qu’il doit être fusillé. Comme par miracle, la guerre avait cessé quelques jours avant la date de son exécution et il fut sauvé. Décoré de la croix de chevalier belge, de plusieurs médailles de guerre pour ses services précieux. A la fin de la guerre, on doutait de lui et de ses moyens de revenir à son meilleur niveau, celui qui lui avait permis de surprendre ses plus prestigieux compatriotes dans le Tour des Flandres en 1913 dont il est le premier vainqueur ou Bordeaux-Paris en 1914. Mais un jour d’avril 1920, le Flamand retrouvait son coup de pédales avant guerre pour remporter Paris-Roubaix. Il n’était pas le plus fort ce jour-là, mais il avait su tirer profit des antagonismes entre les différents champions. Plusieurs mois après, il souffre d’une hernie épigastrique, sa fin de carrière est annoncée. Ses douleurs à l’estomac ont été toute sa carrière un frein à sa progression, il n’avait donc jamais pu jouer sa chance parfaitement dans les courses par étapes et s’était contenté d’enfiler les succès sur les courses d’un jour. Enfin presque. Le 13 mai 1923 sur Paris-Tours, Pol Deman l’emporte devant Félix Sellier, bénéficiant également de la crevaison d’Henri Pélissier à un kilomètre du but. Sa dernière victoire de prestige. Pol Deman a souvent véhiculé l’image d’un coureur chanceux, en réussite. L’essentiel de ses succès ont été acquis grâce à l’aide de faits de course en sa faveur. Mais la chance existe-t-elle vraiment dans le monde du cyclisme ? Ou bien est-ce plutôt le champion qui la provoque ? C’est un éternel débat. Quoiqu’il en soit, Pol Deman n’avait jamais joui d’une popularité immense en Flandres. La faute à un caractère trop réservé et des victoires sans panache.

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Didi Thurau, le gâchis

Vint ans avant Jan Ullrich, il y avait eu un autre Allemand en jaune sur la Grande Boucle. Un autre Teuton qui avait également suscité une passion populaire impressionnante lors de son séjour en France avec le maillot jaune. Pendant près de deux semaines, l’ouest-Allemand avait été en tête de l’épreuve, les comparaisons les plus glorieuses avaient été alors tirées à l’époque. A 22 ans, l’avenir lui semblait promis. On parlait même de lui comme étant le Nouveau Eddy Merckx dans les médias internationaux. Il est vrai que pour sa première participation dans un Grand Tour en 1976, à seulement 21 ans, il réussissait à se classer 4éme au classement général, remportant pas moins de cinq étapes et le classement par points. En début de saison 1977, il l’emportait sur le Tour de l’Andalousie à la manière d’un Freddy Maertens. Thurau remportait au cours de la semaine huit succès d’étapes. Sur le Tour de France, il remportait cinq étapes, devançant notamment Eddy Merckx dans « l’épreuve de vérité » autour de Bordeaux au terme d’un somptueux duel à distance. Certains sont élogieux envers le jeune Allemand, mais celui-ci craque une fois que la haute montagne est atteinte. Il doit se contenter de la cinquième place au classement général après un imbroglio burlesque avec son équipier Hennie Kuiper. Ce dernier aurait probablement remporté le Tour de France, sans la présence encombrante de l’Allemand dans son équipe. Le patron de l’équipe, Peter Post avait en effet demandé à l’ensemble de ses coureurs de soutenir Thurau dans les Alpes. Kuiper était donc prisonnier du maillot jaune. Le temps de réagir face à Bernard Thévénet, il était déjà trop tard.

Par ses performances de hauts calibres, il s’attire la sympathie du chancelier Allemand Adenauer. A la fin de la saison, il terminait aussi 2éme des championnats du monde au Venezuela derrière Moser. Battu au sprint, il se murmure que le succès de l’Italien ait été acheté. Vrai ou pas, toute la suite de la carrière de Thurau aura été dicté par l’argent, les vélodromes et les contrats toujours plus lucratifs. Progressivement, il délaisse la route pour la piste. Malgré un retour furtif en 1979, on le voit tout de même remporter Liège-Bastogne-Liège preuve de son grand talent. Quelques mois à Valkenburg, il est devancé au sprint par son équipier Jan Raas au sprint. Plusieurs doutes ont été émis lors de cette course. Jan Raas avait été constamment poussé dans toutes les petites montées de ces championnats. Très favorisé, il n’écopait d’aucune sanction. Dans le final, l’Allemand fut extrêmement coopératif avec Raas, lui laissant quasiment le titre de champion du monde.

Dans les années 80, il se fera impliqué à de multiples reprises dans des affaires de dopage. Il dissipera tout son talent inné sur les pistes. Une fois sa carrière terminée, à l’instar de Francesco Moser, il mène l’officieux « mouvement » faisant état que « le cyclisme propre est une illusion ». Il est cependant fort contredit par … son propre fils, Bjorn !

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René Vietto, le groom et le roi de JPO

Été 1934. Un jeune homme de 20 ans, brun, le teint sombre et le charme ravageur envahissait le cœur des Français et surtout des jeunes demoiselles Françaises. Pourtant récent vainqueur du prestigieux circuit de Wolber, personne ne l’attendait à pareille faite, lui qui était encore groom dans un prestigieux hôtel Cannois quelques mois plus tôt. René Vietto, un jeune Cannois de 20 ans, avait effectué des débuts en montagne fracassants sur le Tour de France. Repoussé très loin au classement général en raison des monstrueux pavés du Nord, le Cannois se sent poussé des ailes dans les premiers cols Alpestres. Il l’emporte à Grenoble, Digne et surtout à Cannes provoquant l’hystérie générale dans la foule. La France est tombée sous son charme, le pays entier tombera en larmes lors de son sacrifice légendaire pour sauver le maillot jaune d’Antonin Magne. René Vietto n’avait pas gagné le Tour de France, mais il en était pour beaucoup le vainqueur moral de cette épreuve au détriment de son leader, ce qui était profondément injuste pour « Tonin » car son jeune équipier n’avait jamais été en position pour remporter ce Tour. Comme le disait Georges Briquet, Vietto avait crée une légende, « on n’osera pas y toucher : elle est si émouvante ». Ce conte de l’été 1934 était probablement trop beau pour continuer ainsi. L’année suivante, il sera désigné comme le premier coupable de la défaite du Tour de France. Il sera ensuite ruiné financièrement par André Trialoux, un agent peu scrupuleux, avant de remettre de ses cendres et restaurer sa popularité en 1939 et même après guerre. Voici ce que l’ouvrage de Jean-Paul Ollivier propose : la légende de René Vietto, le Groom devenu Roi.

Type : Biographie
Contenu : la carrière de René Vietto
Public visé : aux amoureux du cyclisme d’autrefois
Note : 8/10
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Cyrille Van Hauwaert, le précurseur

Cyrille Van Hauwaert est un jeune paysan Flamand issu du modeste bourg de Moorslede, quand il décide de débuter sa vie de coureur cycliste à l’insu de ses parents. Roi des kermesses dans sa région, il fait sa première apparition internationale remarquée sur Paris-Roubaix en 1907. Le jeune Belge se présente dans la capitale Française pour la classique phare de l’année (avec Bordeaux-Paris) avec seulement quelques provisions et une lettre de recommandation d’un représentant des cycles « La Française ». Dans un café Parisien, il rencontre le prestigieux directeur sportif Pierre Pierrard. A la grande surprise de ce dernier, le Flamand refuse les propositions qu’il lui offre. Cyrille Van Hauwaert va donc participer à Paris-Roubaix seul, sans entraineur, avec comme simple instrument son vélo et une paire de boyaux. Le Flamand part pour l’inconnu. Au contrôle de Beauvais, il est renversé par un chien. Mais il en profite tout de même pour entrer dans une épicerie et acheter des œufs qu’il va rapidement gober avant de repartir. Quelques kilomètres plus loin, la faim le tient encore. Sans provision, il est aidé par l’équipe « La Française » qui lui offre aliments et boissons. Le ventre plein, celui que l’on surnommera bientôt Cyrille « Ventre Ouvert » se déchaine et effectue la sélection. Malheureusement, il chute en heurtant la roue arrière de Louis Trousselier. Le Flamand reprend tout de même la route, il ne semble pas connaitre la fatigue. Au terme d’une remontée spectaculaire, le premier champion Belge vient mourir à la deuxième derrière Georges Passerieu.

Cyrille Van Hauwaert a créé la surprise dans ce Paris-Roubaix 1907. Ce jeune paysan de 23 ans va ensuite devenir un héros populaire dans sa contrée, un statut renforcé par sa victoire dans Bordeaux-Paris quelques semaines plus tard. En 1908, il signait dans l’équipe Alcyon. Il remportait coup sur coup Milan-San Remo et Paris-Roubaix. Comme le disait Théo Mathy dans son ouvrage Toute l’histoire du cyclisme Belge, « Van Hauwaert a fait, pour la propagande du sport cycliste en Belgique et pour la pratique du vélo en général, plus qu’aucun autre champion ne fera jamais ». Les chiffres le confirment. Le nombre de vélodromes se multiplient par quatre dans tout le pays et les pratiquants sont de plus en plus nombreux. Bien avant Merckx, Van Looy ou Van Steenbergen, il y avait ce fameux Cyrille « Ventre Ouvert », LE précurseur du si prestigieux cyclisme Belge.

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