René Vietto, le groom et le roi de JPO

Été 1934. Un jeune homme de 20 ans, brun, le teint sombre et le charme ravageur envahissait le cœur des Français et surtout des jeunes demoiselles Françaises. Pourtant récent vainqueur du prestigieux circuit de Wolber, personne ne l’attendait à pareille faite, lui qui était encore groom dans un prestigieux hôtel Cannois quelques mois plus tôt. René Vietto, un jeune Cannois de 20 ans, avait effectué des débuts en montagne fracassants sur le Tour de France. Repoussé très loin au classement général en raison des monstrueux pavés du Nord, le Cannois se sent poussé des ailes dans les premiers cols Alpestres. Il l’emporte à Grenoble, Digne et surtout à Cannes provoquant l’hystérie générale dans la foule. La France est tombée sous son charme, le pays entier tombera en larmes lors de son sacrifice légendaire pour sauver le maillot jaune d’Antonin Magne. René Vietto n’avait pas gagné le Tour de France, mais il en était pour beaucoup le vainqueur moral de cette épreuve au détriment de son leader, ce qui était profondément injuste pour « Tonin » car son jeune équipier n’avait jamais été en position pour remporter ce Tour. Comme le disait Georges Briquet, Vietto avait crée une légende, « on n’osera pas y toucher : elle est si émouvante ». Ce conte de l’été 1934 était probablement trop beau pour continuer ainsi. L’année suivante, il sera désigné comme le premier coupable de la défaite du Tour de France. Il sera ensuite ruiné financièrement par André Trialoux, un agent peu scrupuleux, avant de remettre de ses cendres et restaurer sa popularité en 1939 et même après guerre. Voici ce que l’ouvrage de Jean-Paul Ollivier propose : la légende de René Vietto, le Groom devenu Roi.

Type : Biographie
Contenu : la carrière de René Vietto
Public visé : aux amoureux du cyclisme d’autrefois
Note : 8/10
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Cyrille Van Hauwaert, le précurseur

Cyrille Van Hauwaert est un jeune paysan Flamand issu du modeste bourg de Moorslede, quand il décide de débuter sa vie de coureur cycliste à l’insu de ses parents. Roi des kermesses dans sa région, il fait sa première apparition internationale remarquée sur Paris-Roubaix en 1907. Le jeune Belge se présente dans la capitale Française pour la classique phare de l’année (avec Bordeaux-Paris) avec seulement quelques provisions et une lettre de recommandation d’un représentant des cycles « La Française ». Dans un café Parisien, il rencontre le prestigieux directeur sportif Pierre Pierrard. A la grande surprise de ce dernier, le Flamand refuse les propositions qu’il lui offre. Cyrille Van Hauwaert va donc participer à Paris-Roubaix seul, sans entraineur, avec comme simple instrument son vélo et une paire de boyaux. Le Flamand part pour l’inconnu. Au contrôle de Beauvais, il est renversé par un chien. Mais il en profite tout de même pour entrer dans une épicerie et acheter des œufs qu’il va rapidement gober avant de repartir. Quelques kilomètres plus loin, la faim le tient encore. Sans provision, il est aidé par l’équipe « La Française » qui lui offre aliments et boissons. Le ventre plein, celui que l’on surnommera bientôt Cyrille « Ventre Ouvert » se déchaine et effectue la sélection. Malheureusement, il chute en heurtant la roue arrière de Louis Trousselier. Le Flamand reprend tout de même la route, il ne semble pas connaitre la fatigue. Au terme d’une remontée spectaculaire, le premier champion Belge vient mourir à la deuxième derrière Georges Passerieu.

Cyrille Van Hauwaert a créé la surprise dans ce Paris-Roubaix 1907. Ce jeune paysan de 23 ans va ensuite devenir un héros populaire dans sa contrée, un statut renforcé par sa victoire dans Bordeaux-Paris quelques semaines plus tard. En 1908, il signait dans l’équipe Alcyon. Il remportait coup sur coup Milan-San Remo et Paris-Roubaix. Comme le disait Théo Mathy dans son ouvrage Toute l’histoire du cyclisme Belge, « Van Hauwaert a fait, pour la propagande du sport cycliste en Belgique et pour la pratique du vélo en général, plus qu’aucun autre champion ne fera jamais ». Les chiffres le confirment. Le nombre de vélodromes se multiplient par quatre dans tout le pays et les pratiquants sont de plus en plus nombreux. Bien avant Merckx, Van Looy ou Van Steenbergen, il y avait ce fameux Cyrille « Ventre Ouvert », LE précurseur du si prestigieux cyclisme Belge.

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Tour de France 1977

Certainement pas le plus beau des Tours de France, cette édition est ce qu’on l’on appelle un « Tour de transition » mais il restera gravé dans les mémoires, que ce soit sur le plan sportif et extra-sportif. Côté sport, Dietrich Thurau prend le maillot jaune dès le prologue pour sa première participation. Dès le deuxième jour de course, les Pyrénées sont au programme avec notamment le Tourmalet, mais le jeune Allemand résiste. Il confirmera son talent lors du chrono de Bordeaux en écrasant la concurrence et un certain Eddy Merckx. On se demande alors jusqu’où peut aller le jeune Allemand ? Peut-il gagner le Tour ? Pour le directeur sportif de sa formation Peter Post, la réponse est oui. Thurau aborde les Alpes avec une bonne avance, mais affiche rapidement ses limites dans l’étape d’Avoriaz remporté par Zoetemelk. Thévenet est en jaune.

L’étape avec pour arrivée l’Alpe d’Huez s’annonce décisive. Thurau est 2éme au général à 11″, son équipier Kuiper 4éme à 49″ alors que le grimpeur Van Impe est intercalé. C’est justement le grimpeur Belge et tenant du titre qui est le premier à ouvrir les hostilités dans le Glandon. Derrière, Peter Post, patron de Ti-Raleigh de Thurau et Kuiper, décide de jouer la carte Thurau. Il estime que la puissance de l’Allemand dans l’effort solitaire devrait lui permettre de gagner le Tour.  Kuiper ne peut donc pas bouger ni attaquer, tactique d’équipe. Mais dans l’interminable Glandon, l’Allemand craque, les plans de l’équipe se trouvent chamboulés. Kuiper devient le leader de l’équipe trop tard. A l’avant, Van Impe craque dans l’ultime ascension, il est renversé par une moto à 3 km du but. Ses illusions s’envolent, victime de nouveaux ennuis mécaniques. Dans le même temps, Hennie Kuiper est en train de bâtir la légende de l’Alpe d’Huez qu’on surnommera « la Montée des Hollandais ». L’ancien champion du monde lâche Thévenet mais il lui manque 8 petites secondes pour reprendre le maillot jaune. Une tactique de course plus judicieuse et offensive aurait certainement permis au Néerlandais de prendre le maillot jaune.

Le Tour va donc se jouer sur le dernier chrono de Dijon. Mais Kuiper n’est pas assez puissant pour battre le Français et perd le Tour pour 48 secondes. A la fin de l’épreuve, les affaires de dopage arrivent. La veille de l’arrivée, on apprend le contrôle positif de Joop Zoetemelk à l’Alpe d’Huez. Il se murmure que Merckx, Kuiper et Thevenet ont été contrôlé positif, alors qu’Agostinho, Menendez, Pozo et Ocana sont également soupçonnés de dopage. Le Tour est dans le flou et finalement personne ne sera sanctionné.

Thévenet gagne donc son deuxième Tour de France, récompensant sa carrière et sa progression constante. Vainqueur au sommet de La Mongie en 1970, Thévenet avait progressivement gravi les échelons pour devenir le premier homme à vaincre Eddy Merckx sur le Tour de France en 1975. Le Cannibale subit une grosse défaillance dans Pra-Loup, qui ouvre la porte au grimpeur Français qui récidive le lendemain) Briançon. Plusieurs mois après, Thevenet avoue s’être dopé à la cortisone au cours de sa carrière. La loi de l’omerta tombe sur lui et il mettra rapidement fin à sa carrière dans le plus sombre anonymat.

Son dauphin Hennie Kuiper est un champion trop sous-estimé. Grand bagarreur, plein de panache, les grandes lignes de son palmarès ne font pas apparaitre de nombreux succès éclatants si ce n’est les Championnats du Monde en 1975 et les Jeux Olympiques l’année suivante, avant un long vide. Il renoue avec le succès cinq années après en enlevant le Tour de Lombardie et le Tour des Flandres. Le Néerlandais s’imposait également sur Paris-Roubaix 1983 pour sa onzième tentatives et Milan-San Remo en 1985 à l’âge de 36 ans. Souvent présent dans le final des grandes épreuves, il a souvent manqué d’une pointe de vitesse suffisante pour s’emparer de la première place.

Classement général :
1. Bernard THEVENET (Fra) en 115h38’30 »
2. Hennie Kuiper (Hol) à 48″
3. Lucien Van Impe (Bel) à 3’32 »
4. Francisco Galdos (Esp) à 7’45 »
5. Dietrich Thurau (All) à 12’24 »
6. Eddy Merckx (Bel) à 12’38 »
7. Michel Laurent (Fra) à 17’42 »
8. Joop Zoetemelk (Hol) à 19’22 »
9. Raymond Delisle (Fra) à 21’32 »
10. Alain Meslet (Fra) à 27’31 »
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La « Promesse » du Blaireau

Après son succès en 1986, Bernard Hinault peut devenir le premier coureur vainqueur du Tour de France  six reprises. Mais sur le précédent Tour de France, suite à une vilaine chute, il avait été mis en danger par son propre équipier Greg LeMond. L’Américain était en mesure de remporter son premier Tour de France, mais il en a été empêché car ses patrons qui préféraient voir un triomphe d’Hinault. Pour apaiser LeMond, le Breton lui promet de lui faire gagner la Grande Boucle. Mais avant le départ du Tour de France 1986, Hinault est tiraillé par sa promesse faite à Lemond et l’envie de gagner de nouveau le Tour pour la sixième fois. Le Breton est un gagneur et il veut cette sixième victoire. Il nuance les propos qu’il avait tenus l’an dernier, et aidera LeMond uniquement si ce dernier se montre digne d’un vainqueur du Tour. Hinault a donc commencé la bataille psychologique par les paroles. Il entamera en course une bataille physique avec des échappées audacieuses dans les étapes de plaine et de montagne, qui troubleront les nerfs de l’Américain.

Ce Tour de France est censé favoriser les grimpeurs avec un parcours à leur mesure. Mais Hinault leur mène la vie dure en durcissant la course dans les étapes de plaine afin de diminuer les ressources physiques des petits grimpeurs avant l’escalade des cols. A Nantes exercice solitaire, Hinault devance LeMond de 45 secondes sur la première épreuve importante pour le général. Le Breton continue à attaquer dans la première étape des Pyrénées. A Pau, après une nouvelle grande offensive, il distance LeMond de cinq minutes. L’Américain est dépité « je pense bien que je vais encore terminer 2éme ». D’autant plus que vers Superbagnères, Hinault remet ça. Le maillot jaune est très bien parti mais au sommet de Peyresourde, il coince. LeMond est délivré et peut refaire l’essentiel de son retard à Superbagnères. Dans les étapes dites de transition, Hinault attaque de nouveau, ce qui soulève la colère de l’Américain. Mais dans les Alpes, Lemond reprend définitivement le maillot. Hinault diminué par des problèmes au genou assène ironiquement à un journaliste « il est tout mignon, le maillot jaune lui va bien ». Lors de la seconde étape des Alpes, Hinault de nouveau à 100 % de ses moyens, dynamite la course dans le Galibier et la Croix de Fer. Seul Lemond parvient à la suivre et ils finissent la ligne d’arrivée main dans la main. Une belle scène de cinéma avec pour réalisateur Bernard Tapie.

LeMond sort confortablement en tête après les Alpes et résiste à l’assaut final d’Hinault. Ce dernier doit reprendre trois minutes sur le dernier chrono, mais l’Américain n’en concède que 25 secondes sur les 80 km d’exercice solitaire malgré une chute. LeMond devient donc le premier Américain à remporter le Tour de France alors que Bernard Hinault sort par la grande porte pour son ultime Tour de France. Mais sa promesse envers LeMond n’a été que partielle et le conflit entre les deux hommes s’envenime. Quelques semaines après le Tour de France, les deux coureurs se rendent sur la Coors Classic. Hinault est confortablement leader de l’épreuve et reproche à l’Américain son manque de professionnalisme, ce dernier est allé jouer un golf lors de la journée de repos. Il rajoute « il reste à Lemond d’apprendre la plus difficile des leçons : l’humilité. Pas une chose facile pour les Américains. »

Aujourd’hui encore, Hinault répète à qui veut l’entendre : « Ce n’est pas de ma faute à moi s’il ne comprenait pas comment je menais la course. Ce que je faisais, c’était pour lui uniquement ». Uniquement pour LeMond ? nous pouvons en douter…

Classement général :
1. Greg LEMOND (Usa) en 110h35´19″
2. Bernard Hinault (Fra) à 3´10″
3. Urs Zimmermann (Sui) à 10´54″
4. Andrew Hampsten (Usa) à 18´44″
5. Claude Criquielion (Bel) à 24´36″
6. Ronan Pensec (Fra) à 25´59″
7. Niki Rutimann (Sui) à 30´52″
8. Alvaro Pino (Esp) à 33´00″
9. Steven Rooks (Hol) à 33´22″
10. Yvon Madiot (Fra) à 33´27″
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Liège-Bastogne-Liège 1999

« Frank Vandenbroucke aurait dû devenir le plus grand depuis Eddy Merckx ». Cette phrase exprime toute l’impression de gâchis qu’a laissé l’enfant terrible du cyclisme Belge. La carrière d’un prodige est marquée par des hauts et des bas, atteignant plus ou moins des proportions immenses. Liège-Bastogne-Liège 1999 est pour VDB, ce qu’est l’étape des Deux-Alpes à Marco Pantani. Son triomphe le plus marquant, le plus prestigieux, mélangeant la beauté du geste et de la démesure. Son démarrage sur la côte de Saint Nicolas, sur le 53×16 et sa vitesse de jambes déroutante est le moment le plus intense de sa carrière, comme l’ont été démarrage de Pantani dans le Galibier ou le regard en arrière d’Armstrong envers Jan Ullrich dans l’Alpe d’Huez en 2001.

« Je voulais une victoire magistrale » clamait-il. VDB a donc méticuleusement préparé son affaire. Les dernières semaines, il avait reconnu à trois reprises le final de l’épreuve et avait revu à plusieurs reprises les vidéos de la fin de course. VDB avait la condition physique de sa vie, il a terminé 2éme du Tour des Flandres en chutant deux fois dans le final. Il voulait donc le matériel le plus performant qu’il soit, « une formule 1 » comme il le disait. Son vélo Giant pesait moins de 7kg, il était d’une rigidité incroyable mais tellement fragile, son utilisation ne pouvait pas dépasser les 500km. Ses pneus étaient également très fragiles, facilement crevables mais offrait un rendement exceptionnel. Un matériel qu’il avait spécialement acheté pour l’occasion.

Michele Bartoli, son grand rival, ne voyait pas d’un bon œil l’émergence du Belge. Les deux chasseurs de classiques étaient dans l’équipe Mapei en 1998. Le départ de VDB n’avait pas été apprécié par tout le monde dans la grande formation Italienne, qui entendait bien couper l’élan du Belge. Quand Bartoli démarre la première fois dans la Redoute, VDB réagit de suite et le lâche avec une facilité déconcertante. Mais il ne prolonge pas son effort, car il voulait un succès de la manière dont il l’a décrit.

La veille, il a promis qu’il gagnerait à toute l’équipe, il a gagné. VDB avait une confiance en lui absolu, ceci a souvent été jugé pour de la prétention. VDB avait prévu son attaque à un endroit précis à 700m du sommet de la côte de Saint-Nicolas. VDB avait lâché à Francis Van Londersele. « Regarde, c’est là que je vais attaquer dimanche et pas ailleurs. » Il l’a fait, de la même manière qu’il l’avait annoncé. La prophétie s’est réalisée sous nos yeux. Les dirigeants Cofidis restent sans voix. A 6km du but, Boogerd attaque. « Je l’ai laissé prendre 10 à 15 mètres exprès et je suis revenu sur lui seul pour l’attaquer là où je l’avais dit soit à 5,3km de l’arrivée. Rien ne pouvait plus m’arrêter ». Rien ne semblait pouvoir l’arrêter et pourtant…

 

Les citations ont été tirées de Vélo Magazine d’Avril 2009.

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La Légende de Louison Bobet de JPO

Quelques mois après la disparition de Louison Bobet le 13 mars 1983, Jean-Paul Ollivier a tenu à rendre hommage au grand champion Breton. Comme le disait l’auteur, Louison avait choisi le cyclisme par vocation, il en a fait un sport de raison et de technique. Quoi de mieux pour décrire ce géant du cyclisme Français. Professionnel jusqu’au bout, il ne laissait aucun détail au hasard, que ce soit au niveau de son alimentation, de son matériel, de ses braquets… Perfectionniste, il s’est confectionné un palmarès de premier plan en remportant trois fois de suite le Tour de France. Homme de défis, il s’était également permis de défier les Italiens sur leurs propres territoires et les Belges au sein même de leurs bourgs avec gloire et panache.

Injustement décrit comme une « pleureuse » en raison de ses abandons prématurés sur le Tour de France, Louison Bobet a par la suite démontré un caractère d’une solidité à toute épreuve. C’est ce que ce livre s’efforce de nous montrer.

Type : Biographie
Contenu : la carrière et la vie de Louison Bobet
Public visé : aux fans de cyclisme Français
Note : 8,5/10
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La Douceur de Vivre d’Ercole Baldini

Lors de la seconde partie des années 50, le cyclisme Italien traverse une crise identitaire. Sans Coppi, Bartali et Magni, la Botte souhaite restaurer sa fierté et retrouver un champion digne de leurs glorieux ainés. En 1956, un coureur de 23 ans semble apporter ces garanties. Encore amateur et fraichement sorti de son service militaire, Ercole Baldini devient champion du monde de poursuite devant le redoutable Leandro Faggin, avant de battre le record de l’heure de Jacques Anquetil quelques semaines plus tard. Pour couronner ses performances exceptionnelles, le jeune Italien devient champion Olympique. L’Italie se prend à rêver d’autant, l’année suivante la nouvelle coqueluche du public Italien devient champion national, se révélant être l’un des rares rouleurs à rivaliser avec Jacques Anquetil dans son exercice de prédilection. Comme un signe du destin, il remporte le Trophée Baracchi, portant à bout de bras le déclinant Fausto Coppi. On croit à la passation de pouvoir d’autant plus que la grâce touche toujours Baldini en 1958. Le Transalpin remporte le Tour d’Italie après une longue échappée entre Cesena et Bosco Chiesanuova, qui reste le succès le plus spectaculaire de sa carrière. Quelques semaines plus tard, Ercole Baldini est au faite de sa gloire. Issu d’une échappée royale au long cours, il parvient grâce à ses qualités de rouleurs exceptionnelles à battre Louison Bobet sur le circuit de Reims sous une grosse chaleur. Ce titre de champion du monde est malheureusement son chant du cygne.

Ercole Baldini va être victime de sa gloire. A l’image du personnage Marcello Rubini de Federico Fellini, le champion du monde multiplie les excès et cultive le goût de la nonchalance. Ces deux traits accumulés ne peuvent pas être assimilés à la vie d’un grand champion cycliste. Baldini devait rouler comme Coppi, grimpeur comme Bartali, être aussi accrocheur que Magni, mais il n’en a rien été. Satisfait de cette gloire précoce, Baldini n’était pas fait pour être un grand champion, il préférait la douceur de vivre, la Dolce Vita. L’ancien recordman de l’heure s’est par la suite contenté de jouer le rôle principal d’adversaire de Jacques Anquetil sur les épreuves traditionnelles de contre-la-montre, procurant au Normand la satisfaction de battre un adversaire déclinant mais d’un certain prestige.

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Quand le Cyclisme et l’Art se Rencontrent

Nous sommes en 1930. Le Tour de France a traversé des dernières années difficiles, le prestige de cette épreuve est remis en cause après différentes formules de courses totalement contraires à la loi du cyclisme avec la multiplication draconienne et abusive des contre la montre par équipes, qui rendait la course inégale. Les nombreuses combinaisons sont venues entachées le déroulement de l’épreuve notamment à cause des conflits d’intérêts entre les différentes marques. Ainsi, pour le Tour de France 1930, le père du Tour de France décidait d’introduire pour la première fois la formule des équipes nationales qui allait connaitre un franc succès pour les Français.

A cette époque, André Leducq n’avait encore jamais remporté le Tour de France mais jouissait d’une merveilleuse réputation comme le confirmait ses différents surnoms « Joyeux Dédé » ou « Dédé Gueule d’Amour ». Son début de Tour est très bon, il s’empare du maillot jaune dans les Pyrénées avant de frôler la correctionnel dans l’étape entre Grenoble et Evian. Dédé est maillot jaune au départ de l’étape, Learco Guerra a promis de passer à l’offensive. L’Italien passe à l’acte dans la montée du Galibier. Le maillot jaune, pourtant grimpeur limité, résiste dans l’ascension mais chute dans la descente. Il repart directement mais tombe de nouveau à pleine vitesse, sa pédale est cassée. Effondré, Dédé pense à abandonner, on le voit sur le bord de la route tel un homme désemparé quand soudain Antonin Magne vient le secourir et le remotiver malgré la perte de temps colossal. Le temps de repartir, le maillot jaune a perdu près de quinze minutes mais à l’aide des frères Magne, de Charles Pélissier, de Marcel Bidot et de Julou Merviel. A grande vitesse, l’Equipe de France parvient à refaire son retard. Au sprint, le maillot jaune renverse la tendance et l’emporte. Ce fut le premier exploit collectif retentissant de l’équipe de France. La détresse d’André Leducq allait être éternisée par l’œuvre de l’Allemand Arno Brecker dans son œuvre « Le Guerrier Blessé ».

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Ottavio Bottecchia, le maçon du Frioul

Ottavio Bottecchia a une histoire hors du commun. Avant le premier grand conflit mondial, il exerçait le métier de maçon avant d’être enrôler pour la guerre. Fait prisonnier, il parvenait à s’échapper à vélo. Rentré chez lui, un de ses amis le convainc à passer professionnel. Le coureur du Frioul au départ peu intéressé par la proposition, accepte alors qu’il a 28 ans, nous sommes en 1922. Mais ses premières épreuves n’apportent pas les résultats espérés et il s’apprête à arrêter sa carrière, quand soudain peu avant le Tour de France 1923, la marque Automoto l’embauche pour la Grande Boucle pour des raisons commerciales. Présenté comme un simple figurant, Bottecchia allait être un des acteurs de ce Tour de France, remporté par son leader Henri Pélissier. Maillot jaune à Cherbourg en début de Tour, l’Italien n’avait pas réussi à passer l’obstacle des Alpes, mais le tempétueux vainqueur du Tour ne tarissait pas d’éloges pour son poulain: « Bottecchia a des allures de paysan effarouché, mais à vélo quelle allure, chapeau ! Tout en lui est fait pour la course, il est mince et sec, avec des bras et des jambes qui n’en finissent pas. Personne ne lui a appris quoi que ce soit depuis ces débuts mais il est bien posé sur sa machine. C’est la classe. Il a certes 29 ans mais il est musculairement tout neuf « .

L’année suivante, il est libéré par le plus fameux des abandons du sport cycliste, orchestré par les frères Pélissier. Le maçon du Frioul maîtrise le Tour de France de bout en bout, portant le maillot du premier au dernier jour, malgré les attaques du Luxembourgeois Nicolas Frantz, un nouveau venu. En 1925, il se murmure que sa préparation avait été capricieuse au contraire de son grand rival Lucien Buysse qui avait parfaitement préparé son affaire. Malgré cela, le Transalpin remportait son second Tour de France, son talent inné en montagne avait fait la différence. Peu connu en Italie avant ses succès, il accédait par la suite à une immense notoriété. Sevré d’éloges, il n’eut plus l’envie de se battre et de souffrir, plus jamais nous ne retrouverons le grand Bottecchia. Le maçon du Frioul mourut le 15 juin 1927 dans des circonstances obscures. Il est retrouvé inconscient sur ses routes d’entrainement. Plusieurs thèses sont évoquées mais aucune ne put être vérifiée. On disait d’abord qu’il eut été assassiné pour ses idées antifascistes ou bien par une simple insolation. Mais plusieurs décennies plus tard, un mystérieux paysan avouait avoir tué à coup de bâtons dans la nuque ce brave champion Italien l’ayant surpris en train de voler des grappes de raisins…

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Cas VDB : léchage, lâchage, lynchage

Le 13 octobre 2009, Frank Vandenbroucke mourrait dans une chambre d’hôtel au Sénégal à l’âge de 34 ans d’une embolie pulmonaire alors qu’il était totalement ivre. Cette triste nouvelle rapellait étrangement le départ prématuré de Marco Pantani, le Pirate, mort à 34 ans, dans une chambre d’hôtel à Rimini d’un œdème cérébral et pulmonaire, causé par une overdose de cocaïne. La comparaison ne s’arrête pas là entre ces deux champions. Le Belge était un coureur à part. D’un charisme exceptionnel et d’un égo surdimensionné, il ne laissait personne indifférent. Sa gloire aura été aussi éphémère que fantastique. A l’image de Pantani, VDB avait un style pur, à la fois hargneux et romanesque. En un instant, il transformait le cyclisme en un art, par des exploits dont ils sont les seuls à avoir le secret. Comme le grimpeur Italien, VDB cultivait les liaisons dangereuses qui allaient le mener dans une déchéance irréversible, parfaitement menée par la presse. Le journaliste Français Jean-François Kahn appelait justement « la règle des trois L adoptée par les médias envers VDB, Pantani et autres vedettes : léchage, lâchage et lynchage.

Frank Vandenbroucke est issu d’une grande famille de cyclistes. Son père Jean-Jacques et son oncle Jean-Luc ont été coureurs cycliste de haut niveau par le passé. VDB débute tard le cyclisme à 15 ans et proclame aussitôt « Je serai le meilleur du monde ». Le gamin est aussi doué que prétentieux. Il gagne 8 courses lors de sa première année, 15 l’année suivante, 20 l’année d’après. Il est plusieurs fois champions de Belgique, sur la course en ligne, le contre la montre, la piste, la poursuite, la course aux points…

Précoce, il entre chez les professionnels à l’âge de 19 ans au sein de l’équipe Lotto. Après 2 années infructueuses, l’enfant terrible décide de brusquement rompre son contrat pour s’engager dans la grande équipe Mapei, menée par Johan Museeuw, le seul coureur qu’il ait pu admirer. VDB remporte son premier succès important à 21 ans sur Paris-Bruxelles. Une multitude de succès s’enchaineront jusqu’à ce jour d’avril 1999. Il remporte Liège-Bastogne-Liège d’une classe et d’une aisance rarement égalé. Encore dans nos mémoires. C’est la pleine période de léchage.

En effet, cette victoire marque le début de la fin. Quelques semaines plus tard, il est interpellé par la brigade des stupéfiants Française, on l’accuse d’être un client de Bernard Sainz, le Docteur Mabuse. VDB est suspendu par son équipe. C’est le début de la période de lâchage. C’est la mort littéral du Belge. Cet épisode est l’équivalent du drame de « Madonna Di Campiglio » qui s’est abattu sur Pantani. Certes, Vandenbroucke parviendra encore à gagner quelques succès. Mais il ne retrouvera plus jamais l’état de grâce dont il disposait sur la Doyenne en 1999.

Les prochaines années ne seront qu’une suite de malheureux événements. Entre les blessures, la drogue, le dopage et les problèmes sentimentaux, VDB ne parvenait plus à trouver un équilibre. Les médias s’emparaient de ces histoires extra sportives pour vendre leurs papiers. Les organisateurs de certaines épreuves et l’UCI l’interdiront de prendre le départ de nombreuses épreuves. C’est la période de lynchage. Ainsi en 9 ans, l’enfant terrible du cyclisme Belge avait changé 11 fois d’équipe et tentait de se suicider à 3 reprises. Après sa mort, la situation avait rapidement changé. Les journalistes s’étaient mis de nouveau en mode léchage, profitant de sa mort pour en quelque sorte le réhabiliter. C’est fou comme la mort peut faire changer les opinions…

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