Super Mario dans tous ses états

Mario Cipollini est une légende du sprint, mais à l’instar de Roger Hassenforder, il est également l’homme de toutes les fantaisies. Grand et bel homme, les cheveux gominés en arrière, Super Mario faisait craquer les dames avec ces allures de star de cinéma. Mario Cipollini ne donne pas l’impression d’être un forçat de la route, ni un forcené du cyclisme, il semble tout droit sorti d’un blockbuster Américain. Ce showman maniait parfaitement l’art de la comédie et de la mise en scène. Ces succès étaient à chaque fois acquis de la même manière. Parfaitement emmené par les hommes de son train rouge de la Saeco, que ce soient Francesco Secchiari, Eros Poli, Giuseppe Calcaterra, Gian Matteo Fagnini, Giovanni Lombardi et bien sûr son très fidèles Mario Scirea (9 ans ensemble), Cipollini alignait les victoires comme autant de conquêtes féminines qui tombaient à ses bras. Cipollini était en effet considéré comme le coureur aux succès faciles. On n’aimait guère ses frasques et ses fantaisies dans ce milieu trop conservateur qu’est le cyclisme. Super Mario était totalement anticonformiste, en contradiction avec son sport. Il qualifiait le monde du cyclisme comme un milieu de « recyclage », Cipollini voulait faire avancer le cyclisme à sa manière.

« Le voleur d’étapes »

Super Mario n’était pas un coureur très courageux. Il a abandonné 22 des 27 Grands Tours dont il a pris le départ. Il a trop rarement mis les pieds sur les Grandes Classiques alors qu’on avait entrevu chez lui des qualités intéressantes. En 2002, il terminait le Tour des Flandres à la neuvième position. Une semaine après, il refusait de prendre le départ de Paris-Roubaix. Entre temps, il remportait Gand-Wevelgem avec panache pour une fois. Sous les ébahis de ses adversaires, il avait attaqué à la manière d’un poursuiteur pour combler son retard sur le premier groupe de tête pour gagner cette semi-classique pour une troisième fois. Sa renonciation à la reine des classiques avait confirmé sa réputation de « frileux ». Cipollini était en effet considéré comme ce coureur aux succès faciles. On n’aimait guère ses frasques et ses fantaisies dans ce milieu trop conservateur. Super Mario avait remporté douze succès d’étapes, tous en première semaine, et porter quelques jours le maillot jaune en 1993 et 1997. En 1999, il réalisait l’exploit d’égaler Charles Pélissier en alignant quatre succès d’étapes d’affilée. Cette même année, il se mettait en tête de terminer l’épreuve pour la première fois. Vêtu d’un costume d’empereur Romain en symbole de Jules César, il prend le départ avec un maillot Saeco blanc de la première grande étape Alpestre. Malheureusement, il ne parviendra pas à remplir son objectif à cause d’une chute dans la descente du col de Montgenèvre.

Ses abandons à répétition auront eu raison de la patience des organisateurs qui ne l’inviteront plus de l’épreuve pendant quatre années de suite. Ses retraits lui ont valu l’image d’un coureur paresseux et fêtard. Super Mario ne voyait pas l’utilité de finir des Grands Tours éprouvant. Ses sponsors, son équipe ne l’ont jamais forcé à atteindre Paris, mais juste à gagner des étapes. Comme il l’expliquait, ses abandons à répétition lui ont permis de ne pas entamer son capital physique et de durer dans le temps. Ainsi c’est à 35 ans qu’il réalisait la meilleure saison de sa carrière alors que la grande majorité des coureurs déclinaient.

Frasques et fantaisies

Comme nous l’avons vu précédemment, il avait refusé en 2002 de courir sur Paris-Roubaix malgré sa position de numéro un à la Coupe du Monde. En riposte, ASO n’avait pas sélectionné, ni même repêché sa formation après l’exclusion de la Saeco, malgré son excellent début de saison. Cipo est ulcéré : « J’accomplis ma meilleure saison, ce n’est pas possible que je ne sois pas sur la plus grande course au monde. » Il qualifie cette épreuve comme une dictature et prend sa première des trois retraites sportives au mois de juillet 2002. Ce faux départ annoncé en plein Tour de France a le don d’attirer les feux des projecteurs sur sa personne et résonne comme une petite vengeance au prestige de la Grande Boucle. Il confirme que sa décision a un caractère irrévocable, dégoûté par le manque de reconnaissance des organisateurs du Tour et de ses sponsors qui n’ont pas tenu leurs engagements financiers. Pourtant, il reviendra sur sa décision quelques semaines plus tard après avoir lancé un ultimatum à son sélectionneur Franco Ballerini début septembre en vue du Mondial à Zolder. Ce dernier accepte de faire de Super Mario son grand leader sur cette épreuve. Cipollini sort de sa retraite et revient sur la Vuelta. Il remporte trois victoires d’étapes avant de s’éclipser. Sur ses cinq participations au Tour d’Espagne, le beau Mario a souvent fait parler de lui. En 1994, il est violemment propulsé dans les balustrades par son propre équipier, Adriano Baffi. Anonyme en 1997, il revient en 2000. Il est exclu de l’épreuve pour avoir cogné Francesco Cerezo à l’issue d’un sprint houleux. En 2003, son équipe attribue une wild-card à l’équipe du champion du monde à l’unique condition que son leader se présente au départ. Cipollini prend le départ mais se retire 24h après le départ…

Sur le Tour d’Italie, Il Magnifico a eu néanmoins plus de courage, finissant à cinq reprises l’épreuve sur quatorze participations. Vêtu de son maillot arc-en-ciel, il avait établi un record de 42 victoires d’étapes en 2003, détrônant ainsi le légendaire Alfredo Binda. Cipo alignait chaque année les succès à l’exception de l’édition 2004. Complètement dépassé par la puissance d’Alessandro Petacchi, le Roi Lion s’en prenait ouvertement à ses équipiers, les traitants d’incapables. Ses tenues vestimentaires et sa fantaisie auront également marqué le Tour d’Italie. En 2000, il revêtait un maillot en l’honneur du Vatican, lieu du départ de l’épreuve. En 2001, il s’affichait avec un maillot représentant un corps humain sans chair. L’année suivante il prend le départ avec la combinaison du Tigre.

Tour d’Espagne : cinq participations, cinq abandons, trois victoires d’étapes.

Tour de France : huit participations, huit abandons, douze victoires d’étapes. Porteur du maillot jaune deux jours en 1993 et trois jours en 1997.

Tour d’Italie : quatorze participations, neuf abandons, quarante deux victoires d’étapes, record absolu.

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Le Triplé de Bobet

L’histoire du cyclisme ne retiendra pas Louison Bobet comme le coureur le plus talentueux ou possédant le plus de classe. Pourtant, à force de courage, de volonté et d’opiniâtreté, le Breton a bâti un palmarès de tout premier ordre. Comme l’indiquait son frère Jean, Louison avait fait du cyclisme sa religion, vouant un véritable culte à sa bicyclette et à l’entrainement. Son histoire sur le Tour de France retrace parfaitement sa longue et progressive progression. La preuve, il avait dû attendre sa sixième participation, à l’âge de 28 ans, pour remporter sa première Grande Boucle. Lors de ses premières tentatives, la presse Française avait rapidement et injustement émis de nombreuses critiques à l’encontre du champion Breton. Trop fragile, il était surnommé « la Pleureuse ». En 1947 pour sa première participation, il était l’équipier de luxe du populaire et craquant René Vietto. Victime d’une chute dans le col de Porte, Bobet devait abandonner lors de la 9éme étape, mais il avait tout de même largement contribué aux premiers triomphes de son leader en l’attendant dans le col de L’épine vers Grenoble, afin de conserver le maillot jaune. Un sacrifice qui n’est pas sans rappeler celui effectué treize ans plus tôt par le Cannois pour Antonin Magne.

Une longue attente

La réputation du champion Breton n’était pas à son zénith avant le Tour de France 1948. Mais face à Gino Bartali, il allait restaurer son honneur auprès du public et s’affirmer comme un futur vainqueur du Tour de France. Atteint de furoncles depuis de nombreuses étapes, peu de monde n’apportait de crédit au Breton pourtant maillot jaune, avant la traversée des Alpes. Vers San Remo, Louison Bobet faisait pourtant la différence dans le col de Turini et augmente son avantage sur ses adversaires. Bartali était repoussé à plus de dix minutes. Mais les cols des Alpes renverseront la situation. Celui que l’on surnomme désormais « Il Vecchio » parvient à rétablir la situation à Briançon dans le col de l’Izoard comme il l’avait fait dix ans plus tôt, pour acquérir son second Tour de France. Bobet, trop inexpérimenté et mal conseillé, avait failli tactiquement. D’ailleurs, Alfredo Binda le reconnaissait « si je l’avais dirigé, c’est lui Bobet, qui aurait gagné le Tour, et non Bartali »

Bobet avait franchi une dimension, mais il mettra cinq ans pour confirmer ses qualités. En 1947, il abandonnait prématurément en raison de problèmes de santé. L’année suivante, il perdait un Tour de France à sa portée qu’il n’aurait jamais dû perdre. En effet, lors de l’étape vers Perpignan, Louison Bobet avait commis l’inhabituel imprudence de consommer des boissons glacés sous la chaleur écrasante. Les conséquences seront irréversibles, le malin Ferdi Kübler avait profitait de ses faiblesses passagères pour lui reprendre une dizaine de minutes, avance suffisante pour que le Suisse remporte l’épreuve. Touché dans son orgueil, Louison avait tout tenté dans les Alpes, peut-être trop. Ferdi Kübler lui assénait : « Si tu étais resté tranquille, tu serais second du Tour ». Louison lui rétorquait que « la seconde place ne l’intéresse pas ». Ces paroles démontrent une ambition immense de la part de ce coureur, alors qu’à l’heure actuelle, nos pseudos champions n’osent prendre de risques pour mettre en péril leur position.

Après sa démonstration en 1950, Louison Bobet est désigné favori du Tour de France devant des champions comme Koblet, Coppi ou Bartali. Le Breton a franchi un pallier et il était pressenti pour gagner l’épreuve. L’illusion ne dura que quelques jours. Annoncé un temps vainqueur du premier chrono de l’épreuve, il est finalement relégué au second rang en raison d’une erreur de chronométrage dont a été victime Hugo Koblet. Le magistral rouleur Suisse allait alors passer à l’acte les prochains jours et se révélait intouchable tout au long de l’épreuve.

Trois succès de suite

Pour des problèmes respiratoires, Louison Bobet était absent du Tour de France 1952. Après tant d’années d’échecs et de déceptions, peu de monde misait sur une victoire de Louison Bobet en 1953. Après un Tour d’Italie difficile, on questionnait ses capacités physiques pour briller sur les trois difficiles semaines de juillet et la chaleur étouffante. Après un long temps d’hésitation, il s’alignait avec prudence. En position d’attente, lui et l’équipe de France avait été surpris par l’équipe de Bretagne emmené par le malicieux Jean Robic dans l’étape d’Albi. Le petit Jean ne cachait pas sa satisfaction, ce qui provoquera la réaction immédiate de l’équipe de France le lendemain. Vers Béziers, tous les espoirs du vainqueur du Tour de France 1947 allaient être enterré, notamment en raison d’une chute. Eliminé d’un de ses plus féroces rivaux, Bobet avait patiemment attendu l’étape Gap – Briançon et le passage de l’Izoard pour construire son succès. Conscient du mythe de cette difficulté, Bobet avait abordé seul en tête le passage dans la Casse Déserte et rejoint Henri Pélissier, Gino Bartali et Fausto Coppi dans la légende des plus grands. C’est un nouveau Bobet qui avait remporté le Tour de France. Plus patient, plus tactique, il l’emporta tout de même avec un brin de panache après avoir fait l’unanimité au sein d’une équipe de France tourmentée par ses rivalités internes. Le Breton avait en effet du cohabiter avec Raphaël Géminiani, Nello Lauredi ou encore Antonin Rolland.

Louison Bobet allait enchainer avec un second succès de suite en 1954. Le Breton avait axé toute sa saison et sa préparation pour arriver au sommet de sa forme sur le Tour. Entouré d’une équipe de France solide, le Breton répète le même scénario que l’année précédente. Mis en danger par un coureur d’une équipe régionale, en l’occurrence Gilbert Bauvin, l’équipe de France profitait de sa crevaison pour l’éloigner de la course à la victoire. Plein de sang froid, Louison Bobet parachevait son œuvre en remportant cette édition dans le col de l’Izoard, forgeant un peu plus sa légende dans ce Géant Alpin. Vainqueur avec douze minutes d’avance sur Kübler, le Français allait être sur le toit du monde quelques semaines plus tard en s’imposant sur le circuit de Sollingen.

Son dernier succès dans la Grande Boucle intervient en 1955, auréolé du maillot irisé. Favori numéro un après sa récente victoire sur le Dauphiné Libéré, Bobet est entouré d’une équipe de France solide et expérimenté. Soudé autour de Bobet, les Français adoptent une tactique de course défensive, dans ce qui sera, la plus difficile victoire du Breton sur le Tour de France, en raison d’une induration à la selle. Fatigué après une saison mouvementée, Bobet subit les assauts de Gaul dans les Alpes. Son passif s’élève à plus de dix minutes, mais le double vainqueur du Tour effectue un retour intéressant sur les pentes du Mont Ventoux, se  classant second au général à moins de cinq minutes d’Antonin Rolland. Ce dernier est certes l’équipier de Bobet, mais il annonce clairement qu’il ne fera aucun cadeau à son désormais rival. Mais le maillot jaune n’est pas à la hauteur d’un triomphe sur le Tour, il doit craquer vers Saint Gaudens et laisser son bien au Breton. Plein de maitrise et d’expérience, Bobet parvient à maitriser les derniers assauts de Gaul et Brankart pour remporter son troisième Tour de France.

Après ce dernier triomphe, Bobet ne reviendra sur le Tour de France qu’en 1958 pour une modeste 8éme place. De nombreux ennuis de santé et d’autres objectifs l’avaient contraint à renoncer à la Grande Boucle. Louison dispute le Tour pour la dernière fois en 1959. Le Breton quittait le Tour de France d’une manière originale en déposant son vélo au sommet de l’Iseran, col le plus haut d’Europe.

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La légende des Frères Pélissier

Les Pélissier, c’est toute une histoire de famille. Trois frères, trois champions atypiques, une fratrie de cyclistes unique. Le célèbre Roger Bastide, avec l’aide d’André Leducq et Michel Droit, s’était chargé de réaliser un ouvrage fidèle à ces trois hommes. Pour cela, le journaliste a regroupé dans son ouvrage le maximum de billets d’humeur émis par chacun des Pélissier. Le livre est ainsi composé de petits chapitres qui comprend chacun un ou plusieurs billets d’humeur de la part d’un Pélissier ou parlant d’un Pélissier. Grâce à cette technique originale de narration, le volumineux livre (plus de 300 pages) est beaucoup plus facile et agréable à lire. A travers tous ses écrits, nous pouvons réellement sentir le caractère particulier et différent de chacun des Pélissier. Tous ont en commun des qualités de courage exceptionnelles, mais chacun se distingue de l’autre. Henri avait fait beaucoup parlé de lui à travers ses spectaculaires abandons sur le Tour de France. Francis avait atteint une grande notoriété grâce à son frère mais également de ses triomphes directs ou indirects sur Bordeaux-Paris, alors que Charles s’était mis en avant par son élégance et sa popularité auprès du public.

Type : Biographie
Contenu : la vie des frères Pélissier
Public visé : aux amoureux du cyclisme d’autrefois
Note : 9/10
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Guerra, le magnifique rouleur

Formidable athlète, Learco Guerra fut le grand rival d’Alfredo Binda. Tout opposait les deux champions. Le premier était surnomme la « locomotive humaine » par Emilio Colombo en raison de ses qualités de rouleur exceptionnel alors qu’on prénommait le second comme le « grimpeur assis ». Le Campionissimo affichait un dégoût non dissimulé du fascisme alors que le second était souvent utilisé à des fins de propagande Mussolinienne. Malgré cette opposition, le Lombard s’était mis au service de son rival sur le Tour de France 1930 en raison de sa promesse effectuée avant le départ de l’épreuve. Guerra s’était classé second cette année, battu par l’équipe de France. Il sera de nouveau battu trois ans plus tard par le surprenant Georges Speicher.

Comme de nombreux de ses compatriotes, sa gloire a été principalement Italienne, il a été le premier maillot rose de l’histoire du Tour d’Italie. Cependant, il fut champion du monde en 1931 dans l’unique championnat du monde couru sous forme de contre-la-montre. Il l’emportait après avoir rattrapé huit de ses douze concurrents, ce qui démontre ses qualités incroyables de rouleur. Learco Guerra a également réussi l’exploit de remporter cinq années de suite le titre de champion d’Italie, couronnant ainsi sa domination impitoyable sur les épreuves d’un jour Italiennes.  A cette époque, ce titre se disputait aux points, sous forme de coupe d’Italie en additionnant les différentes places des coureurs sur les différentes courses d’un jour. Guerra connut sa meilleure année en 1934, remportant son unique Tour d’Italie empochant pas moins de dix étapes, avant de remporter le Tour de Lombardie quelques mois plus tard. Plus jamais, il ne retrouvait un tel état de grâce, bientôt le célèbre Gino Bartali allait prendre sa place dans le cœur des Italiens et dans la propagande fasciste. Learco Guerra allait se mettre au service du fabuleux grimpeur Toscan.

Il devenait ensuite le Directeur Sportif de plusieurs champions comme Hugo Koblet, Charly Gaul ou encore Rik Van Looy, avant de décéder en 1963 de la maladie de Parkinson.

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Louis Mottiat, le plus prestigieux Wallon de l’histoire

Louis Mottiat était le coureur de classiques par excellence. Incapable de calculer ses efforts, surtout pas sur des épreuves de longues haleines comme le Tour de France, Louis Mottiat s’est principalement constitué un palmarès de grand spécialiste des courses d’un jour. Aujourd’hui encore, il reste le coureur Wallon le plus prestigieux de toute son histoire, malgré l’apparition de la première guerre mondial et ces cinq années d’inactivité. Incroyablement résistant et performant sur les grandes distances, il aurait pu accrocher un Tour de France à son palmarès avec plus de sérieux. Mais Louis Mottiat était quelqu’un qui aimait la vie et qui profitait de toutes ces facettes. Le Wallon n’avait d’ailleurs jamais terminé la Grande Boucle, mais avait tout de même trouvé le moyen de remporter au moins une étape lors de chacune de ses cinq participations.

Il remportait son premier succès d’envergure en 1913 sur Bordeaux-Paris. La même année, il était passé proche de la victoire sur Milan-San Remo, Paris-Roubaix et Paris-Tours, mais il avait manqué au Wallon la pointe de vitesse nécessaire pour triompher. Sur la plus longue des classiques du calendrier, Mottiat n’avait pas eu ce problème puisqu’il avait gagné avec huit minutes d’avance. En 1914, il remportait les deux épreuves Belges les plus prestigieuses. Disputé dans un froid de canard, le Wallon l’emportait sur Paris-Bruxelles qui n’avait enregistré que 8 arrivants pour 82 partants. Sur le Tour de Belgique, il triomphait sur quatre des sept étapes pour logiquement gagner le général. Arrivé dans la force de l’âge, Louis Mottiat a vu sa carrière se briser en deux par la guerre. Il revenait à 31 ans sur le Tour de Belgique enlevant de nouveau le général. Quelques jours plus tard, il réalisait ce qu’on peut appeler comme le plus grand exploit de sa carrière. Il remportait le Critérium des As, qui empruntait d’abord Bordeaux puis Paris et enfin Bordeaux. Ce fut la plus longue (plus de 1200 km) course en ligne professionnelle jamais disputée de toute l’histoire. Mottiat l’emportait avec plus d’une heure d’avance sur son second.

L’année suivante dans l’autre épreuve marathon Paris-Brest-Paris (1200 km), il était le légitime favori et n’avait pas trahi sa propre réputation. Déconcertant des facilités, il prend le temps de chanter sa joie de vivre tout au long de la nuit pendant que le moral de ses rivaux est au plus bas, il se permettait de commander un repas complet au bord de la route sans pour autant l’empêcher de l’emporter au Parc des Princes après plus de 50 heures à vélo et avec 23 minutes d’avance sur Eugène Christophe. Bien remis de son exploit, le Wallon l’emportait sur Liège-Bastogne-Liège mais il sera battu sous la tempête de neige par Francis Pélissier sur Paris-Tours quelques semaines plus tard. En 1924 pour sa dernière année au plus haut niveau, il réalisait le doublé Liège-Bastogne-Liège et Paris-Tours qu’il convoitait tant. Louis Mottiat portait donc son nombre de succès dans les classiques à sept et reste aujourd’hui le meilleur cycliste que la Wallonie n’ait jamais connue.

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Le formidable cyclisme Luxembourgeois

Kim Kirchen et les frères Schleck ont marqué le cyclisme ces dernières saisons. Les victoires dans les grandes classiques et le port du maillot jaune dans la Grande Boucle y ont été pour beaucoup. Ces familles ont de fortes traditions dans le vélo. Les deux clans sont opposés, même rivaux, Kim Kirchen ne dit pas le contraire : « Au Luxembourg, tout le monde sait que nous ne partageons pas les mêmes vues. Chacun a le droit de penser ce qu’il veut. Nous sommes dans des équipes différentes, on ne se fait pas de cadeau. » En 2008, le Luxembourg vivait de grandes heures de cyclisme avec la domination du trio Luxembourgeois sur le Tour de France. On avait connu Benoit Joachim, équipier dévoué de Lance Armstrong. Aujourd’hui Kim, Fränk et Andy ont continué à perpétuer l’histoire de leur famille.

Dans la famille Kirchen, on demande le père, Erny. Ancien bon coureur amateur, il n’a jamais pu confirmer les espérances placées en lui, il avait gagné 2 étapes du Tour de l’Avenir au sprint. Erny a deux oncles cyclistes. Jim Kirchen, pas le plus glorieux des années, il a tout de même participé à un Tour de France en 1953. Jean est celui qui a le mieux réussi. Plusieurs fois champion national, il a brillé sur le Tour de France décrochant deux 5éme place et remportant son tour national.

Malgré le fait que ce soit un petit pays, le Luxembourg a une forte tradition cycliste. Le premier champion s’appelle François Faber, vainqueur du Tour de France 1909, premier Luxembourgeois à remporter l’épreuve. Mais son cœur est Français d’où le surnom du Géant de Colombes. Il faudra attendre quelques années afin de trouver un successeur. Et pas des moindres, puisqu’il s’agit de Nicolas Frantz, le plus prestigieux coureurs de l’histoire du Grand Duché. Coureur de la puissante équipe Alcyon, il remporta deux  Tour de France grâce notamment à des préparations minutieuses, mais surtout à la formule abusive des contre-la-montre par équipes. Henri Desgrange n’appréciait ce coureur manquant singulièrement de panache. A l’issue de la victoire du Belge De Waele, un « cadavre » selon le père du Tour, il choisissait donc de créer la formule des équipes nationales. Nicolas Frantz est écarté du Tour pendant deux ans avant de revenir mais avec une équipe trop faible. En 1936, les Luxembourgeois réaliseront malgré tout un beau tir groupé avec Pierre Clemens 4, Arsène Mersch 5 et Mathias Clemens 7. Pour un aussi petit pays, la performance est exceptionnelle.

Cette formule a aussi beaucoup pénalisé Charly Gaul l’ange de la montagne, le plus grand des Luxembourgeois. Vainqueur d’un Tour de France, il répéta souvent qu’il en aurait gagné plus sans les équipes nationales. Il avait gagné un Tour de France avec cette formule en 1958, il était tout de même entouré de l’équipe des Pays-Bas, mais il était bel et bien au dessus du lot comme le prouve son exploit à Aix-les-Bains. Son autre fait d’arme est sa victoire sur le Giro 1956 et son exploit au Monte Bondone. Ivan Basso lui rendit un bel hommage cinquante ans plus tard en s’imposant sur les mêmes lieux peu après sa mort. La victoire de l’Ange de la Montagne sur le Giro en 1959 avait non moins de prestige, après sa lutte finale acharnée et victorieuse face à Jacques Anquetil dans le Petit Saint-Bernard.

Cette formule des équipes nationales n’a jamais avantagé le Luxembourg comme le dit Johny Schleck « Les petits pays comme le nôtre n’étaient vraiment pas avantagés. Il y avait quelques coureurs pros au Luxembourg et on était obligé de s’allier avec un autre pays. On faisait comme on pouvait et parfois on remplaçait un pays par un autre. Sur le Tour de l’Avenir [en 1964], nous avions ainsi fait équipe avec des Néo-Zélandais. »

En 1968, le Tour passait même au Luxembourg, le Grand Duché vivra un des plus moments de son histoire avec une victoire à domicile : « On arrivait à Esch-sur-Alzette et c’est Charly Grosskost qui avait gagné. Pour nous, Luxembourgeois c’était super. Déjà quand le Tour de France passe près de chez soi c’est super, mais là d’être dans la course c’était encore mieux. Ça fait plaisir de vivre ça, car le Tour c’est grandiose. » Le Tour passa aussi au Luxembourg en 2002 pour la victoire surprise de Rubens Bertogliati.

Aujourd’hui, le père de Fränk et Andy vit un rêve. Ancien équipier fidèle, Johny n’a jamais pu remporter de grands succès. Il espère que ses fils rattraperont le temps perdu. Du côté des Kirchen, les temps sont moins glorieux, Kim ne retrouvera probablement plus jamais son meilleur niveau de 2008.

Les citations sont issues de Cyclismag

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Les combats d’Emile Masson

Le 2 janvier 2011, Emile Masson Junior s’éteignait à l’âge de 95 ans. Quelques semaines auparavant, j’avais rapidement effectué un article sur l’autobiographie que l’ancien vainqueur de Paris-Roubaix avait écrit dans les années 70 lors de sa reconversion dans le journalisme. Suite aux nombreuses recherches et requêtes dans le blog considérant Emile Masson, j’ai décidé de me lancer dans l’écriture d’un article sur les fabuleuses carrières des deux champions.

L’histoire de la famille Masson est probablement l’une des plus belles de l’histoire du cyclisme. Le père et le fils ne formaient qu’un. Masson Senior était décrit comme un pur-sang. Masson Junior possédait un sens tactique inné, qui lui permit de triompher à de nombreuses reprises. Différents en course, la trajectoire de leurs carrières n’en restait pas moins similaire. Plus que le sang, le nom et la passion, les Masson avaient obtenu les mêmes succès d’étapes sur le Tour de Belgique, le Tour de France et sur Bordeaux-Paris. Sur le plan humain, les deux guerres mondiales avaient coupé leur carrière en deux parties. Et c’est justement cette guerre qui façonnera le mythe des deux champions, autant qu’elle a ruiné de nombreuses années de courses et de succès potentiels.

Emile Masson Senior, le cheval de course

Emile Masson Senior était un pur sang. Symbole de courage, de volonté et de forces, sa persévérance fut récompensée à l’âge de 35 ans pour sa victoire dans Bordeaux-Paris, lorsqu’il avait enfin appris à ne plus rééditer ses erreurs, bien trop nombreuses au cours de ses premières années. Plusieurs anecdotes tirées de son livre l’illustrent bien. Il aurait dû remporter Paris-Tours en 1914. Victime de deux crevaisons de suite dans la première moitié de la course, il avait réussi à reboucher rapidement son retard qui s’élevait à six minutes. Au contrôle ravitaillement, Masson Senior commettait l’erreur de boire trop de cognac. Cette imprudence allait laisser des traces et lui faire perdre sa lucidité. A une époque où le dérailleur n’existait pas en course, les coureurs devaient mettre pied à terre pour changer de braquet. Mais l’alcool qu’il avait consommé avait troublé sa vision. Le père perdait ainsi toutes chances de remporter au sprint une course à sa portée.

Toujours sur cette même épreuve en 1921, le père s’était retrouvé piéger en raison d’un arrangement vicieux avec Louis Mottiat et Eugène Christophe. Un accord de principe avait été établi, il obligeait ces trois coureurs à ne pas compromettre les chances de l’autre. Une fois Mottiat et Christophe partis, Masson se retrouvait coincé. Une fois libéré quand la course était jouée, le père reprenait près de six minutes en trente kilomètres à ses rivaux. L’année suivante, Masson Senior proclamait qu’il aurait gagné avec un meilleur choix de braquet. La liste est encore longue, mais le père avait tout de même touché à la consécration absolue en remporter le GP Wolber en 1923, sorte de championnat du monde officieux.

Force de la nature, Masson senior avait inculqué à son fils sa propre culture du doping, qui avait fait une des forces de son fils. Lors d’un Tour de Belgique 1919, Dieudonné Gauthy offrit deux pilules mystérieuses au père, lors de la dernière étape. Il s’avérait que les pilules étaient efficaces puisque Masson remportait l’étape avec seize minutes d’avance et par la même occasion le classement général. Mais le brave Gauthy avouait à Masson Senior que ses pilules n’étaient constituées que de poudre de réglisse. Comme quoi pour les Masson, le meilleur doping était celui qui affectait le mental.

Emile Masson Junior, au sommet de son art

Le mental ? Le fils en a eu bien besoin tout au long de sa carrière. Le fils était un coureur de grande classe et d’une intelligence tactique très développée. Pour preuve avant guerre, il avait remarquablement construit certains de ses succès. Il remportait son premier succès sur une classique lors de la Flèche Wallonne. Disputé dans un temps de chien, Masson fils avait eu l’intelligence d’anticiper le ravitaillement et d’éviter l’embouteillage au contrôle. Il se retrouvait donc rapidement en tête sans avoir effectué le moindre effort superflu et remportait cette épreuve avec une grande facilité. Dix mois après, dans des conditions apocalyptiques, il s’adjugeait l’étape de Paris-Nice disputée entre Nevers et Saint-Etienne sous une tempête de neige. Il était alors considéré comme le champion du mauvais temps.

Mais sa renommée, Emile Masson Junior allait l’acquérir sur Paris-Roubaix. Auteur de plusieurs erreurs de jeunesse, le fils allait apprendre plus vite que son père et remporter Paris-Roubaix à l’âge de 23 ans. En 1937, il avait été victime d’une fringale impitoyable dans le final de l’épreuve. L’année suivante, il effectuait une démonstration de forces surpuissantes. N’a-t-il pas repris près de deux minutes et demie au groupe de tête en l’espace de huit kilomètres ? Le manque d’expérience allait lui coûter le succès. Sans grands repères sur cette épreuve, Masson Junior était allé sur les bas-côtés et avait crevé alors qu’il était en tête. Erreur de débutant. Dans l’affaire, il perdait plus de deux minutes et s’inclinait de quelques secondes, malgré un retour somptueux qui l’avait vu dépassé près de vingt concurrents en une dizaine de kilomètres.

Des erreurs pendant la course ? Emile Masson n’allait plus en reproduire. Mais la veille de Paris-Roubaix 1939, il mangeait à son insu des haricots avariés. Un peu malade au départ, il allait passer l’essentiel de la journée en queue de peloton morcelé par les éventails. Ce n’est qu’à 60 km de l’arrivée qu’il se sentit enfin prêt. Situé dans un troisième peloton à 2 minutes et demie de la tête de la course, il entreprit progressivement son effort pour recoller à 26 km du but. A peine revenu, Masson Junior démarrait et mystifiait ses adversaires quand une malheureuse crevaison l’arrêta. Il voyait d’abord passer sous ses yeux Roger Lapébie et Majérus, ainsi qu’un peloton de quatorze concurrents devant lui, quand Paul Meunier venait enfin le dépanner. Il restait encore 18 km. Sûr de sa force, Emile Masson revenait rapidement sur le deuxième peloton et les lâchait peu après malgré la résistance de Speicher qui dut rendre l’âme sur une crevaison. Surpuissant, il revenait sur le groupe de tête et à 12 km du but, il était seul en tête. En 6 km, il avait su totalement renversé la tendance. Le plus impressionnant était probablement ce qui allait se passer dans les dix derniers kilomètres. Seul face à au champion du monde Marcel Kint, Maurice Archambaud, Roger Lapébie et Cyrille Van Overberghe, Masson Junior faisait plus que de résister. Il allait même accroitre son avance et franchir la ligne d’arrivée avec 1’30’’ d’avance.  Sa démonstration est considérée comme l’un des plus grands de l’histoire de l’Enfer du Nord. Le journaliste Fons Versnick allait même jusqu’à dire que « Coppi lui-même ne l’avait pas fait une telle impression d’invincibilité ».

La guerre et l’incroyable retour

Au sommet de son faite, le conflit mondial allait couper son élan. Masson Junior fut mobilisé le 12 avril 1939, trois jours après son triomphe éclatant. Fait prisonnier le 12 mai 1940, il est libéré jour pour jour, cinq ans après. Il était durant tout ce temps, un des chefs d’un groupe de 92 sous-officiers qui organisait plusieurs évasions. Un événement marquant allait se passer le jour de sa libération. Lors de leur départ, un drapeau Belge avait été laissé pour compte dans le camp de prisonnier. Emile Masson ne pouvait supporter que ce drapeau soit laissé en terres ennemies. Il avait donc décidé de faire le sacrifice de vider un kilo de café afin de pouvoir transporter cette emblème. Les cinq années de captivité avaient réveillé en lui, une ferveur patriotique sans précédent.

Son retour dans le cyclisme fut très difficile après autant d’années en captivité. Il n’était plus le même coureur. Incapable de rivaliser avec les meilleurs, hors de forme, il avait accumulé les petits soucis en course qui contrariaient tous ses plans : bris de dérailleur, de fourche, de guidons, de selles ou crevaisons. A la surprise générale, Emile Masson Junior allait renaitre lors du championnat de Belgique et sur Bordeaux-Paris en 1946. Peu de monde ne croyait en ses chances. Treize mois après sa libération, il n’avait pu terminer qu’une seule épreuve : Paris-Roubaix 1946 à la 11éme place. Mais le championnat de Belgique avait ravivé sa passion patriotique et c’est véritablement transcendé qu’il venait à bout de Brieck Schotte dans les monts Flandriens pour acquérir son premier titre national. Moins de deux semaines après, Masson Junior triompha dans Bordeaux-Paris qui ne lui avait pourtant jamais réussit. Ce dernier avait chuté puis abandonné en 1938. L’année suivante, il fut mobilisé dans l’armée. Et pourtant, Emile Masson Junior l’emportait  de manière nette et sans discussion. Attentif en début d’épreuve, il remportait la course dans la vallée de la Chevreuse, créant un écart de cinq minutes en l’espace de 70 km. Ce succès prestigieux allait relancer sa magnifique carrière. A la fin de l’année 1946, il recevait symboliquement le Trophée Gentil, récompensant l’exploit de l’année.  Vu les conditions dans lesquelles il avait abordé la saison 1946, nous pouvons même qualifier avec un soupçon de subjectivité, le retour d’Emile Masson, comme le « come-back du siècle ».

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