L’œuvre inachevée de Baronchelli

La carrière de Gianbattista Baronchelli ressemble à un gâchis, à un chef d’œuvre inachevé. Quand il arrivait dans le monde professionnel en 1974, l’Italien possédait un CV envieux. Vainqueur du Baby Giro et du Tour de l’Avenir, le natif de Mantoue avait failli créer l’exploit de battre Eddy Merckx sur le Tour d’Italie 1974. Certes, le Belge n’était pas au sommet de sa forme mais il n’en restait pas moins un grand champion. Malgré un ultime assaut dans les Trois Cimes de Lavaredo, le jeune Italien avait échoué à seulement douze petites secondes du Belge. A 21 ans, il était l’avenir du cyclisme mondial. L’Italie pensait avoir trouvé une nouvelle idole à vénérer, à une époque où Gimondi amorçait son déclin alors que Moser n’avait pas encore la renommée qu’il atteindra dans quelques années.

Des échecs répétés sur le Giro

Après des débuts exceptionnels, le natif de Mantoue n’a jamais pu satisfaire les attentes qui ont pesé à son égard. Ses prochaines participations sur le Tour d’Italie se sont révélées être une succession d’échecs malgré près d’une dizaine de place dans les dix premiers. « Gibi » est déclaré favori du Giro en 1975, en l’absence de Merckx et de Moser qui juge l’épreuve trop montagneuse. Victime d’une maladie virale, Baronchelli essuie son premier échec qui se solde par une 10éme place.  Le Giro 1976 sera une nouvelle déception (5éme place). Malgré sa forme précaire, l’Italien s’aligne sur le Tour de France qu’il décide d’abandonner. A partir de cette date, « Gibi » considérera la Grande Boucle comme une épreuve à  éviter.

Les deux prochaines éditions seront certainement celles qui laisseront le goût le plus amère pour l’Italien. Dans une équipe SCIC en manque de cohésion en 1977, Gibi ne reçoit pas le soutien nécessaire pour pouvoir remporter l’épreuve.  L’année suivante, il est battu par le Belge Johann De Muynck qui l’avait attaqué sur une chute. C’est malheureusement la loi du sport de haut niveau, le Belge avait également perdu l’épreuve deux ans auparavant pour les mêmes raisons face à Felice Gimondi. A 25 ans, le long déclin de cet éternel espoir Italien est déjà amorcé en ce qui concerne les Grands Tours toutefois.

Un redoutable coureur d’un jour

Si les prochaines années, Baronchelli ne fera pas mieux que deux 5éme place au classement général de son Tour d’Italie, il s’affirmera tout de même comme un coureur de course d’un jour de premier choix. Sur le plan national, Baronchelli a démontré les facettes de son talent à de nombreuses reprises sur les semi-classiques Italiennes. Son palmarès qui compte près de cent victoires comprend ainsi de nombreuses épreuves d’un jour du calendrier Italien.  Malgré tout, Baronchelli n’a jamais fait l’unanimité en Italie. On lui a toujours préféré Saronni ou Moser. Si cela n’avait pas toujours été le cas, le palmarès de Gibi aurait pu prendre une ampleur plus importante. Champion du monde, il aurait pu l’être. En 1980, il fut le dernier coureur à avoir résisté à un Hinault surhumain. L’année suivante à Prague, il est échappé en compagnie de Robert Millar dans le dernier tour. Mais derrière, ce sont les Italiens qui mènent une partie de la poursuite en faveur de Saronni, qui anhille toutes les chances de victoires de Gibi par la même occasion. Baronchelli n’a jamais été jugé à sa juste valeur, portant trop souvent cette étiquette de coureur fragile et peu fiable. Pourtant à un niveau plus élevé, Gibi a enlevé le Tour de Lombardie en 1977 et une seconde fois en 1986 de manière rocambolesque.  Ce dernier succès de prestige aurait été favorisé par l’intervention d’Ernesto Colnago, qui aurait sorti les chéquiers pour arranger une dernière victoire de son protégé. Spéculation ou vérité ? Nous ne le saurons peut-être jamais.

Beau, grand, passionnant et authentique, Gianbattista Baronchelli est parfois considéré par certains nostalgiques comme la plus belle pièce du cyclisme Italien de l’époque. Spécialiste des échappées et des évasions spectaculaires, il était l’antithèse de Beppe Saronni et Francesco Moser. Jamais reconnu à sa juste valeur, sa carrière a trop longtemps été perturbé par des ennuis de santé.

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Super Mario dans tous ses états

Mario Cipollini est une légende du sprint, mais à l’instar de Roger Hassenforder, il est également l’homme de toutes les fantaisies. Grand et bel homme, les cheveux gominés en arrière, Super Mario faisait craquer les dames avec ces allures de star de cinéma. Mario Cipollini ne donne pas l’impression d’être un forçat de la route, ni un forcené du cyclisme, il semble tout droit sorti d’un blockbuster Américain. Ce showman maniait parfaitement l’art de la comédie et de la mise en scène. Ces succès étaient à chaque fois acquis de la même manière. Parfaitement emmené par les hommes de son train rouge de la Saeco, que ce soient Francesco Secchiari, Eros Poli, Giuseppe Calcaterra, Gian Matteo Fagnini, Giovanni Lombardi et bien sûr son très fidèles Mario Scirea (9 ans ensemble), Cipollini alignait les victoires comme autant de conquêtes féminines qui tombaient à ses bras. Cipollini était en effet considéré comme le coureur aux succès faciles. On n’aimait guère ses frasques et ses fantaisies dans ce milieu trop conservateur qu’est le cyclisme. Super Mario était totalement anticonformiste, en contradiction avec son sport. Il qualifiait le monde du cyclisme comme un milieu de « recyclage », Cipollini voulait faire avancer le cyclisme à sa manière.

« Le voleur d’étapes »

Super Mario n’était pas un coureur très courageux. Il a abandonné 22 des 27 Grands Tours dont il a pris le départ. Il a trop rarement mis les pieds sur les Grandes Classiques alors qu’on avait entrevu chez lui des qualités intéressantes. En 2002, il terminait le Tour des Flandres à la neuvième position. Une semaine après, il refusait de prendre le départ de Paris-Roubaix. Entre temps, il remportait Gand-Wevelgem avec panache pour une fois. Sous les ébahis de ses adversaires, il avait attaqué à la manière d’un poursuiteur pour combler son retard sur le premier groupe de tête pour gagner cette semi-classique pour une troisième fois. Sa renonciation à la reine des classiques avait confirmé sa réputation de « frileux ». Cipollini était en effet considéré comme ce coureur aux succès faciles. On n’aimait guère ses frasques et ses fantaisies dans ce milieu trop conservateur. Super Mario avait remporté douze succès d’étapes, tous en première semaine, et porter quelques jours le maillot jaune en 1993 et 1997. En 1999, il réalisait l’exploit d’égaler Charles Pélissier en alignant quatre succès d’étapes d’affilée. Cette même année, il se mettait en tête de terminer l’épreuve pour la première fois. Vêtu d’un costume d’empereur Romain en symbole de Jules César, il prend le départ avec un maillot Saeco blanc de la première grande étape Alpestre. Malheureusement, il ne parviendra pas à remplir son objectif à cause d’une chute dans la descente du col de Montgenèvre.

Ses abandons à répétition auront eu raison de la patience des organisateurs qui ne l’inviteront plus de l’épreuve pendant quatre années de suite. Ses retraits lui ont valu l’image d’un coureur paresseux et fêtard. Super Mario ne voyait pas l’utilité de finir des Grands Tours éprouvant. Ses sponsors, son équipe ne l’ont jamais forcé à atteindre Paris, mais juste à gagner des étapes. Comme il l’expliquait, ses abandons à répétition lui ont permis de ne pas entamer son capital physique et de durer dans le temps. Ainsi c’est à 35 ans qu’il réalisait la meilleure saison de sa carrière alors que la grande majorité des coureurs déclinaient.

Frasques et fantaisies

Comme nous l’avons vu précédemment, il avait refusé en 2002 de courir sur Paris-Roubaix malgré sa position de numéro un à la Coupe du Monde. En riposte, ASO n’avait pas sélectionné, ni même repêché sa formation après l’exclusion de la Saeco, malgré son excellent début de saison. Cipo est ulcéré : « J’accomplis ma meilleure saison, ce n’est pas possible que je ne sois pas sur la plus grande course au monde. » Il qualifie cette épreuve comme une dictature et prend sa première des trois retraites sportives au mois de juillet 2002. Ce faux départ annoncé en plein Tour de France a le don d’attirer les feux des projecteurs sur sa personne et résonne comme une petite vengeance au prestige de la Grande Boucle. Il confirme que sa décision a un caractère irrévocable, dégoûté par le manque de reconnaissance des organisateurs du Tour et de ses sponsors qui n’ont pas tenu leurs engagements financiers. Pourtant, il reviendra sur sa décision quelques semaines plus tard après avoir lancé un ultimatum à son sélectionneur Franco Ballerini début septembre en vue du Mondial à Zolder. Ce dernier accepte de faire de Super Mario son grand leader sur cette épreuve. Cipollini sort de sa retraite et revient sur la Vuelta. Il remporte trois victoires d’étapes avant de s’éclipser. Sur ses cinq participations au Tour d’Espagne, le beau Mario a souvent fait parler de lui. En 1994, il est violemment propulsé dans les balustrades par son propre équipier, Adriano Baffi. Anonyme en 1997, il revient en 2000. Il est exclu de l’épreuve pour avoir cogné Francesco Cerezo à l’issue d’un sprint houleux. En 2003, son équipe attribue une wild-card à l’équipe du champion du monde à l’unique condition que son leader se présente au départ. Cipollini prend le départ mais se retire 24h après le départ…

Sur le Tour d’Italie, Il Magnifico a eu néanmoins plus de courage, finissant à cinq reprises l’épreuve sur quatorze participations. Vêtu de son maillot arc-en-ciel, il avait établi un record de 42 victoires d’étapes en 2003, détrônant ainsi le légendaire Alfredo Binda. Cipo alignait chaque année les succès à l’exception de l’édition 2004. Complètement dépassé par la puissance d’Alessandro Petacchi, le Roi Lion s’en prenait ouvertement à ses équipiers, les traitants d’incapables. Ses tenues vestimentaires et sa fantaisie auront également marqué le Tour d’Italie. En 2000, il revêtait un maillot en l’honneur du Vatican, lieu du départ de l’épreuve. En 2001, il s’affichait avec un maillot représentant un corps humain sans chair. L’année suivante il prend le départ avec la combinaison du Tigre.

Tour d’Espagne : cinq participations, cinq abandons, trois victoires d’étapes.

Tour de France : huit participations, huit abandons, douze victoires d’étapes. Porteur du maillot jaune deux jours en 1993 et trois jours en 1997.

Tour d’Italie : quatorze participations, neuf abandons, quarante deux victoires d’étapes, record absolu.

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Le Triplé de Bobet

L’histoire du cyclisme ne retiendra pas Louison Bobet comme le coureur le plus talentueux ou possédant le plus de classe. Pourtant, à force de courage, de volonté et d’opiniâtreté, le Breton a bâti un palmarès de tout premier ordre. Comme l’indiquait son frère Jean, Louison avait fait du cyclisme sa religion, vouant un véritable culte à sa bicyclette et à l’entrainement. Son histoire sur le Tour de France retrace parfaitement sa longue et progressive progression. La preuve, il avait dû attendre sa sixième participation, à l’âge de 28 ans, pour remporter sa première Grande Boucle. Lors de ses premières tentatives, la presse Française avait rapidement et injustement émis de nombreuses critiques à l’encontre du champion Breton. Trop fragile, il était surnommé « la Pleureuse ». En 1947 pour sa première participation, il était l’équipier de luxe du populaire et craquant René Vietto. Victime d’une chute dans le col de Porte, Bobet devait abandonner lors de la 9éme étape, mais il avait tout de même largement contribué aux premiers triomphes de son leader en l’attendant dans le col de L’épine vers Grenoble, afin de conserver le maillot jaune. Un sacrifice qui n’est pas sans rappeler celui effectué treize ans plus tôt par le Cannois pour Antonin Magne.

Une longue attente

La réputation du champion Breton n’était pas à son zénith avant le Tour de France 1948. Mais face à Gino Bartali, il allait restaurer son honneur auprès du public et s’affirmer comme un futur vainqueur du Tour de France. Atteint de furoncles depuis de nombreuses étapes, peu de monde n’apportait de crédit au Breton pourtant maillot jaune, avant la traversée des Alpes. Vers San Remo, Louison Bobet faisait pourtant la différence dans le col de Turini et augmente son avantage sur ses adversaires. Bartali était repoussé à plus de dix minutes. Mais les cols des Alpes renverseront la situation. Celui que l’on surnomme désormais « Il Vecchio » parvient à rétablir la situation à Briançon dans le col de l’Izoard comme il l’avait fait dix ans plus tôt, pour acquérir son second Tour de France. Bobet, trop inexpérimenté et mal conseillé, avait failli tactiquement. D’ailleurs, Alfredo Binda le reconnaissait « si je l’avais dirigé, c’est lui Bobet, qui aurait gagné le Tour, et non Bartali »

Bobet avait franchi une dimension, mais il mettra cinq ans pour confirmer ses qualités. En 1947, il abandonnait prématurément en raison de problèmes de santé. L’année suivante, il perdait un Tour de France à sa portée qu’il n’aurait jamais dû perdre. En effet, lors de l’étape vers Perpignan, Louison Bobet avait commis l’inhabituel imprudence de consommer des boissons glacés sous la chaleur écrasante. Les conséquences seront irréversibles, le malin Ferdi Kübler avait profitait de ses faiblesses passagères pour lui reprendre une dizaine de minutes, avance suffisante pour que le Suisse remporte l’épreuve. Touché dans son orgueil, Louison avait tout tenté dans les Alpes, peut-être trop. Ferdi Kübler lui assénait : « Si tu étais resté tranquille, tu serais second du Tour ». Louison lui rétorquait que « la seconde place ne l’intéresse pas ». Ces paroles démontrent une ambition immense de la part de ce coureur, alors qu’à l’heure actuelle, nos pseudos champions n’osent prendre de risques pour mettre en péril leur position.

Après sa démonstration en 1950, Louison Bobet est désigné favori du Tour de France devant des champions comme Koblet, Coppi ou Bartali. Le Breton a franchi un pallier et il était pressenti pour gagner l’épreuve. L’illusion ne dura que quelques jours. Annoncé un temps vainqueur du premier chrono de l’épreuve, il est finalement relégué au second rang en raison d’une erreur de chronométrage dont a été victime Hugo Koblet. Le magistral rouleur Suisse allait alors passer à l’acte les prochains jours et se révélait intouchable tout au long de l’épreuve.

Trois succès de suite

Pour des problèmes respiratoires, Louison Bobet était absent du Tour de France 1952. Après tant d’années d’échecs et de déceptions, peu de monde misait sur une victoire de Louison Bobet en 1953. Après un Tour d’Italie difficile, on questionnait ses capacités physiques pour briller sur les trois difficiles semaines de juillet et la chaleur étouffante. Après un long temps d’hésitation, il s’alignait avec prudence. En position d’attente, lui et l’équipe de France avait été surpris par l’équipe de Bretagne emmené par le malicieux Jean Robic dans l’étape d’Albi. Le petit Jean ne cachait pas sa satisfaction, ce qui provoquera la réaction immédiate de l’équipe de France le lendemain. Vers Béziers, tous les espoirs du vainqueur du Tour de France 1947 allaient être enterré, notamment en raison d’une chute. Eliminé d’un de ses plus féroces rivaux, Bobet avait patiemment attendu l’étape Gap – Briançon et le passage de l’Izoard pour construire son succès. Conscient du mythe de cette difficulté, Bobet avait abordé seul en tête le passage dans la Casse Déserte et rejoint Henri Pélissier, Gino Bartali et Fausto Coppi dans la légende des plus grands. C’est un nouveau Bobet qui avait remporté le Tour de France. Plus patient, plus tactique, il l’emporta tout de même avec un brin de panache après avoir fait l’unanimité au sein d’une équipe de France tourmentée par ses rivalités internes. Le Breton avait en effet du cohabiter avec Raphaël Géminiani, Nello Lauredi ou encore Antonin Rolland.

Louison Bobet allait enchainer avec un second succès de suite en 1954. Le Breton avait axé toute sa saison et sa préparation pour arriver au sommet de sa forme sur le Tour. Entouré d’une équipe de France solide, le Breton répète le même scénario que l’année précédente. Mis en danger par un coureur d’une équipe régionale, en l’occurrence Gilbert Bauvin, l’équipe de France profitait de sa crevaison pour l’éloigner de la course à la victoire. Plein de sang froid, Louison Bobet parachevait son œuvre en remportant cette édition dans le col de l’Izoard, forgeant un peu plus sa légende dans ce Géant Alpin. Vainqueur avec douze minutes d’avance sur Kübler, le Français allait être sur le toit du monde quelques semaines plus tard en s’imposant sur le circuit de Sollingen.

Son dernier succès dans la Grande Boucle intervient en 1955, auréolé du maillot irisé. Favori numéro un après sa récente victoire sur le Dauphiné Libéré, Bobet est entouré d’une équipe de France solide et expérimenté. Soudé autour de Bobet, les Français adoptent une tactique de course défensive, dans ce qui sera, la plus difficile victoire du Breton sur le Tour de France, en raison d’une induration à la selle. Fatigué après une saison mouvementée, Bobet subit les assauts de Gaul dans les Alpes. Son passif s’élève à plus de dix minutes, mais le double vainqueur du Tour effectue un retour intéressant sur les pentes du Mont Ventoux, se  classant second au général à moins de cinq minutes d’Antonin Rolland. Ce dernier est certes l’équipier de Bobet, mais il annonce clairement qu’il ne fera aucun cadeau à son désormais rival. Mais le maillot jaune n’est pas à la hauteur d’un triomphe sur le Tour, il doit craquer vers Saint Gaudens et laisser son bien au Breton. Plein de maitrise et d’expérience, Bobet parvient à maitriser les derniers assauts de Gaul et Brankart pour remporter son troisième Tour de France.

Après ce dernier triomphe, Bobet ne reviendra sur le Tour de France qu’en 1958 pour une modeste 8éme place. De nombreux ennuis de santé et d’autres objectifs l’avaient contraint à renoncer à la Grande Boucle. Louison dispute le Tour pour la dernière fois en 1959. Le Breton quittait le Tour de France d’une manière originale en déposant son vélo au sommet de l’Iseran, col le plus haut d’Europe.

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La légende des Frères Pélissier

Les Pélissier, c’est toute une histoire de famille. Trois frères, trois champions atypiques, une fratrie de cyclistes unique. Le célèbre Roger Bastide, avec l’aide d’André Leducq et Michel Droit, s’était chargé de réaliser un ouvrage fidèle à ces trois hommes. Pour cela, le journaliste a regroupé dans son ouvrage le maximum de billets d’humeur émis par chacun des Pélissier. Le livre est ainsi composé de petits chapitres qui comprend chacun un ou plusieurs billets d’humeur de la part d’un Pélissier ou parlant d’un Pélissier. Grâce à cette technique originale de narration, le volumineux livre (plus de 300 pages) est beaucoup plus facile et agréable à lire. A travers tous ses écrits, nous pouvons réellement sentir le caractère particulier et différent de chacun des Pélissier. Tous ont en commun des qualités de courage exceptionnelles, mais chacun se distingue de l’autre. Henri avait fait beaucoup parlé de lui à travers ses spectaculaires abandons sur le Tour de France. Francis avait atteint une grande notoriété grâce à son frère mais également de ses triomphes directs ou indirects sur Bordeaux-Paris, alors que Charles s’était mis en avant par son élégance et sa popularité auprès du public.

Type : Biographie
Contenu : la vie des frères Pélissier
Public visé : aux amoureux du cyclisme d’autrefois
Note : 9/10
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Guerra, le magnifique rouleur

Formidable athlète, Learco Guerra fut le grand rival d’Alfredo Binda. Tout opposait les deux champions. Le premier était surnomme la « locomotive humaine » par Emilio Colombo en raison de ses qualités de rouleur exceptionnel alors qu’on prénommait le second comme le « grimpeur assis ». Le Campionissimo affichait un dégoût non dissimulé du fascisme alors que le second était souvent utilisé à des fins de propagande Mussolinienne. Malgré cette opposition, le Lombard s’était mis au service de son rival sur le Tour de France 1930 en raison de sa promesse effectuée avant le départ de l’épreuve. Guerra s’était classé second cette année, battu par l’équipe de France. Il sera de nouveau battu trois ans plus tard par le surprenant Georges Speicher.

Comme de nombreux de ses compatriotes, sa gloire a été principalement Italienne, il a été le premier maillot rose de l’histoire du Tour d’Italie. Cependant, il fut champion du monde en 1931 dans l’unique championnat du monde couru sous forme de contre-la-montre. Il l’emportait après avoir rattrapé huit de ses douze concurrents, ce qui démontre ses qualités incroyables de rouleur. Learco Guerra a également réussi l’exploit de remporter cinq années de suite le titre de champion d’Italie, couronnant ainsi sa domination impitoyable sur les épreuves d’un jour Italiennes.  A cette époque, ce titre se disputait aux points, sous forme de coupe d’Italie en additionnant les différentes places des coureurs sur les différentes courses d’un jour. Guerra connut sa meilleure année en 1934, remportant son unique Tour d’Italie empochant pas moins de dix étapes, avant de remporter le Tour de Lombardie quelques mois plus tard. Plus jamais, il ne retrouvait un tel état de grâce, bientôt le célèbre Gino Bartali allait prendre sa place dans le cœur des Italiens et dans la propagande fasciste. Learco Guerra allait se mettre au service du fabuleux grimpeur Toscan.

Il devenait ensuite le Directeur Sportif de plusieurs champions comme Hugo Koblet, Charly Gaul ou encore Rik Van Looy, avant de décéder en 1963 de la maladie de Parkinson.

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Louis Mottiat, le plus prestigieux Wallon de l’histoire

Louis Mottiat était le coureur de classiques par excellence. Incapable de calculer ses efforts, surtout pas sur des épreuves de longues haleines comme le Tour de France, Louis Mottiat s’est principalement constitué un palmarès de grand spécialiste des courses d’un jour. Aujourd’hui encore, il reste le coureur Wallon le plus prestigieux de toute son histoire, malgré l’apparition de la première guerre mondial et ces cinq années d’inactivité. Incroyablement résistant et performant sur les grandes distances, il aurait pu accrocher un Tour de France à son palmarès avec plus de sérieux. Mais Louis Mottiat était quelqu’un qui aimait la vie et qui profitait de toutes ces facettes. Le Wallon n’avait d’ailleurs jamais terminé la Grande Boucle, mais avait tout de même trouvé le moyen de remporter au moins une étape lors de chacune de ses cinq participations.

Il remportait son premier succès d’envergure en 1913 sur Bordeaux-Paris. La même année, il était passé proche de la victoire sur Milan-San Remo, Paris-Roubaix et Paris-Tours, mais il avait manqué au Wallon la pointe de vitesse nécessaire pour triompher. Sur la plus longue des classiques du calendrier, Mottiat n’avait pas eu ce problème puisqu’il avait gagné avec huit minutes d’avance. En 1914, il remportait les deux épreuves Belges les plus prestigieuses. Disputé dans un froid de canard, le Wallon l’emportait sur Paris-Bruxelles qui n’avait enregistré que 8 arrivants pour 82 partants. Sur le Tour de Belgique, il triomphait sur quatre des sept étapes pour logiquement gagner le général. Arrivé dans la force de l’âge, Louis Mottiat a vu sa carrière se briser en deux par la guerre. Il revenait à 31 ans sur le Tour de Belgique enlevant de nouveau le général. Quelques jours plus tard, il réalisait ce qu’on peut appeler comme le plus grand exploit de sa carrière. Il remportait le Critérium des As, qui empruntait d’abord Bordeaux puis Paris et enfin Bordeaux. Ce fut la plus longue (plus de 1200 km) course en ligne professionnelle jamais disputée de toute l’histoire. Mottiat l’emportait avec plus d’une heure d’avance sur son second.

L’année suivante dans l’autre épreuve marathon Paris-Brest-Paris (1200 km), il était le légitime favori et n’avait pas trahi sa propre réputation. Déconcertant des facilités, il prend le temps de chanter sa joie de vivre tout au long de la nuit pendant que le moral de ses rivaux est au plus bas, il se permettait de commander un repas complet au bord de la route sans pour autant l’empêcher de l’emporter au Parc des Princes après plus de 50 heures à vélo et avec 23 minutes d’avance sur Eugène Christophe. Bien remis de son exploit, le Wallon l’emportait sur Liège-Bastogne-Liège mais il sera battu sous la tempête de neige par Francis Pélissier sur Paris-Tours quelques semaines plus tard. En 1924 pour sa dernière année au plus haut niveau, il réalisait le doublé Liège-Bastogne-Liège et Paris-Tours qu’il convoitait tant. Louis Mottiat portait donc son nombre de succès dans les classiques à sept et reste aujourd’hui le meilleur cycliste que la Wallonie n’ait jamais connue.

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Le formidable cyclisme Luxembourgeois

Kim Kirchen et les frères Schleck ont marqué le cyclisme ces dernières saisons. Les victoires dans les grandes classiques et le port du maillot jaune dans la Grande Boucle y ont été pour beaucoup. Ces familles ont de fortes traditions dans le vélo. Les deux clans sont opposés, même rivaux, Kim Kirchen ne dit pas le contraire : « Au Luxembourg, tout le monde sait que nous ne partageons pas les mêmes vues. Chacun a le droit de penser ce qu’il veut. Nous sommes dans des équipes différentes, on ne se fait pas de cadeau. » En 2008, le Luxembourg vivait de grandes heures de cyclisme avec la domination du trio Luxembourgeois sur le Tour de France. On avait connu Benoit Joachim, équipier dévoué de Lance Armstrong. Aujourd’hui Kim, Fränk et Andy ont continué à perpétuer l’histoire de leur famille.

Dans la famille Kirchen, on demande le père, Erny. Ancien bon coureur amateur, il n’a jamais pu confirmer les espérances placées en lui, il avait gagné 2 étapes du Tour de l’Avenir au sprint. Erny a deux oncles cyclistes. Jim Kirchen, pas le plus glorieux des années, il a tout de même participé à un Tour de France en 1953. Jean est celui qui a le mieux réussi. Plusieurs fois champion national, il a brillé sur le Tour de France décrochant deux 5éme place et remportant son tour national.

Malgré le fait que ce soit un petit pays, le Luxembourg a une forte tradition cycliste. Le premier champion s’appelle François Faber, vainqueur du Tour de France 1909, premier Luxembourgeois à remporter l’épreuve. Mais son cœur est Français d’où le surnom du Géant de Colombes. Il faudra attendre quelques années afin de trouver un successeur. Et pas des moindres, puisqu’il s’agit de Nicolas Frantz, le plus prestigieux coureurs de l’histoire du Grand Duché. Coureur de la puissante équipe Alcyon, il remporta deux  Tour de France grâce notamment à des préparations minutieuses, mais surtout à la formule abusive des contre-la-montre par équipes. Henri Desgrange n’appréciait ce coureur manquant singulièrement de panache. A l’issue de la victoire du Belge De Waele, un « cadavre » selon le père du Tour, il choisissait donc de créer la formule des équipes nationales. Nicolas Frantz est écarté du Tour pendant deux ans avant de revenir mais avec une équipe trop faible. En 1936, les Luxembourgeois réaliseront malgré tout un beau tir groupé avec Pierre Clemens 4, Arsène Mersch 5 et Mathias Clemens 7. Pour un aussi petit pays, la performance est exceptionnelle.

Cette formule a aussi beaucoup pénalisé Charly Gaul l’ange de la montagne, le plus grand des Luxembourgeois. Vainqueur d’un Tour de France, il répéta souvent qu’il en aurait gagné plus sans les équipes nationales. Il avait gagné un Tour de France avec cette formule en 1958, il était tout de même entouré de l’équipe des Pays-Bas, mais il était bel et bien au dessus du lot comme le prouve son exploit à Aix-les-Bains. Son autre fait d’arme est sa victoire sur le Giro 1956 et son exploit au Monte Bondone. Ivan Basso lui rendit un bel hommage cinquante ans plus tard en s’imposant sur les mêmes lieux peu après sa mort. La victoire de l’Ange de la Montagne sur le Giro en 1959 avait non moins de prestige, après sa lutte finale acharnée et victorieuse face à Jacques Anquetil dans le Petit Saint-Bernard.

Cette formule des équipes nationales n’a jamais avantagé le Luxembourg comme le dit Johny Schleck « Les petits pays comme le nôtre n’étaient vraiment pas avantagés. Il y avait quelques coureurs pros au Luxembourg et on était obligé de s’allier avec un autre pays. On faisait comme on pouvait et parfois on remplaçait un pays par un autre. Sur le Tour de l’Avenir [en 1964], nous avions ainsi fait équipe avec des Néo-Zélandais. »

En 1968, le Tour passait même au Luxembourg, le Grand Duché vivra un des plus moments de son histoire avec une victoire à domicile : « On arrivait à Esch-sur-Alzette et c’est Charly Grosskost qui avait gagné. Pour nous, Luxembourgeois c’était super. Déjà quand le Tour de France passe près de chez soi c’est super, mais là d’être dans la course c’était encore mieux. Ça fait plaisir de vivre ça, car le Tour c’est grandiose. » Le Tour passa aussi au Luxembourg en 2002 pour la victoire surprise de Rubens Bertogliati.

Aujourd’hui, le père de Fränk et Andy vit un rêve. Ancien équipier fidèle, Johny n’a jamais pu remporter de grands succès. Il espère que ses fils rattraperont le temps perdu. Du côté des Kirchen, les temps sont moins glorieux, Kim ne retrouvera probablement plus jamais son meilleur niveau de 2008.

Les citations sont issues de Cyclismag

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