Les tournants de la carrière d’Eddy Merckx

Tellement de choses ont été écrites et dites sur le mental et la carrière d’Eddy Merckx. Champion unique, il était la personnification de tous les anciens champions réunis, il était le champion idéal. Coppi était connu pour ses exploits romanesques et insensés. Merckx réalisait chaque mois des exploits de la trempe de l’Italien. Van Looy était la référence incontestée des classiques. Merckx l’avait presque égalé à seulement 23 ans. Merckx était un champion unique. J’avais abordé quelques semaines auparavant, les premières années de la carrière cycliste d’Eddy Merckx. Dans cet article, j’aborderais la saison 1969 du champion Belge, synonyme de tous les drames et exploits.

Un début de saison sensationnel

Merckx n’aimait guère trainer en début de saison. En cette année 1969, le Bruxellois allait vite montrer qu’il était bien le patron du cyclisme mondial. Dès le mois de mars, il remportait son premier des trois Paris-Nice. Symboliquement, il s’imposait lors de l’épreuve chronométrée de la course au soleil devançant notamment un certain Jacques Anquetil. Lors de la dernière étape au sommet du col d’Eze, le jeune Belge résistait aux assauts du Normand mais surtout de Raymond Poulidor. Les médias parlent symboliquement de passation de pouvoir, même si celle-ci avait déjà été réalisée bien avant. Quelques jours après, il survolait de nouveau Milan-San Remo sur un nouveau démarrage à 100 mètres du sommet du Poggio. Le Belge effectue ensuite une descente vertigineuse pour s’imposer une nouvelle fois sur sa classique favorite.

Merckx continue de propager son hégémonie sur un Tour des Flandres couru sous la pluie. L’ambition du Belge est décuplée avant le départ de la course pour différentes raisons. Il n’avait guère apprécié le mauvais que lui avaient joué les Italiens Zandegu et Gimondi l’année passée. De plus après ce nouvel échec en 1968, les journalistes avaient émis de sérieux doutes sur sa capacité à briller sur les Monts Flandriens. Le Bruxellois était-il capable de conquérir la Flandre ? Le Brabançon s’appliqua à tous les balayer de la meilleure des manières afin de faire taire ses détracteurs. Auteur d’une somptueuse échappée en solitaire de 70 km, il repoussait Felice Gimondi à cinq minutes et Marino Basso à huit minutes.

Pour compléter ce que l’on peut appeler un Grand Chelem en ce début de saison, il prit une nouvelle revanche sur Liège-Bastogne-Liège, qui ne lui avait encore jamais réussi. En 1967, il s’était fait ruser par Walter Godefroot qui lui avait grillé la priorité au sprint, alors que le Flamand n’avait quasiment pas collaboré avec le Belge. Eddy Merckx était un coureur généreux, parfois trop généreux. A chaque course classique, qu’il soit dans un grand jour ou non, le Bruxellois tenait à effectuer lui-même la sélection afin de rejeter les plus faibles à l’arrière. L’idée qu’un second couteau puisse s’imposer dans une course classique ne lui convenait guère. Ainsi, à chaque classique où Eddy Merckx était au départ, chaque vainqueur était un coureur d’une grande valeur. Pour revenir à Liège-Bastogne-Liège, le Cannibale avait dû renoncer en 1968 en raison d’une maladie. Pour laver ses échecs, la victoire était impérative pour le Belge. Ce dernier s’appliqua à faire la sélection en personne dans les 100 derniers kilomètres, défiant quiconque qui voudrait s’opposer à sa supériorité. Imbattable, il s’adjuge Liège-Bastogne-Liège devant son équipier Victor Van Shil. Gimondi était repoussé à huit minutes.

Le drame de Savone

Irrésistible, on se demande bien qui pourrait arrêter l’ogre Bruxellois sur le Tour d’Italie. Bien qu’il ait couru ce Giro à l’économie en prévision du Tour de France, Eddy Merckx est intouchable dans l’épreuve au maillot rose. Mais un parfum de scandale souffle autour de ce Giro. Certains contrôles antidopage sont effectués alors qu’il ne respecte pas les normes internationales. On essaie discrètement d’acheter le Giro au Belge, mais ce dernier refuse. Le coup de théâtre qui intervient dans la nuit du 1er et 2 juin à Savone, était peut-être inéluctable. Au terme d’un de ces contrôles antidopage, Merckx est prié de quitter l’épreuve sans avoir le droit de se défendre. L’affaire atteint des proportions gigantesques, le Belge pensait même arrêter sa carrière un moment. Mais il sera finalement gracié quelques semaines plus tard « au bénéfice du doute » et il peut finalement courir le Tour de France avec une détermination sans égale, Savone restera longtemps dans son esprit : «C’est la plus grande injustice de ma carrière, je suis victime d’un complot ».

L’épisode de Savone a profondément marqué Merckx. Il l’a transformé. Merckx n’est plus et ne sera plus ce jeune champion insouciant voir naïf. Anquetil était considéré comme un patron difficile. Merckx sera un véritable dictateur. Devenu parano depuis ce tragique épisode, Merckx n’a plus confiance en beaucoup de monde et c’est en l’amour de sa femme Claudine et de sa famille qu’il parviendra à redevenir un nouveau genre de champion, encore plus impitoyable.

La Belgique a enfin son champion

Après trente années de disette, la Belgique atteint son nouveau champion sur la Grande Boucle. A la surprise générale, Eddy Merckx était le premier coureur à s’élancer du prologue de ce Tour de France, qu’il termine à la seconde place. La presse, les spectateurs et la caravane ont été pris à revers par ce revirement de situation. Le Belge souhaitait partir en premier afin d’éviter toutes sollicitations médiatiques, ce qu’il réussit parfaitement. La première échéance de ce Tour intervient lors de l’étape du Ballon d’Alsace. Seul contre tous, le Cannibale pulvérise l’opposition. A l’usure, en imprimant un train progressif, il annihile tous espoirs dans le camp des adversaires. Sa démonstration est tellement importante qu’avant même d’aborder les Alpes et les Pyrénées, ses adversaires semblent résignés. Merckx emmène le cyclisme dans une nouvelle époque après une démonstration stratosphérique dans l’étape vers Mourenx. Alors qu’il était confortablement leader de l’épreuve, le Belge s’était permis d’effectuer une échappée solitaire gratuite de 140 km pour s’imposer avec huit minutes d’avance sur ses rivaux. L’année dernière, Jan Janssen avait remporté le Tour avec 38 secondes d’avance soit le plus petit écart jamais enregistré. Eddy Merckx l’emporte avec plus de 17 minutes d’avance sur Roger Pingeon.

Malgré les premiers pas sur la Lune de Neil Armstrong, Eddy Merckx parvenait tout de même à rester en haut de l’affiche grâce à sa domination sur le Tour de France. Mais sa carrière allait prendre un nouveau tournant décisif le 9 septembre 1969 sur la piste de Blois. Victime d’une terrible chute, Eddy Merckx se blesse au dos. Le Belge ne retrouvera plus jamais l’aisance qui lui avait permis de réaliser des exploits fantastiques en montagne comme au Tre Cime di Lavaredo ou à Mourenx. Mais grâce à sa force de caractère inouïe, sa carrière a continué à être éclatante pendant encore cinq bonnes saisons. Beaucoup de choses peuvent être racontées à propos du reste de sa carrière. Mais pour mon prochain article, je me concentrerais principalement sur son record de l’heure, qui reste selon moi, la plus grande prouesse de sa carrière.

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