Ferdi Kübler, le pur-sang

Ferdi Kübler n’était certainement pas le coureur le plus élégant du peloton à l’inverse d’un Hugo Koblet. Ferdi Kübler n’avait certainement pas la « super classe » de Fausto Coppi. Il n’empêche que l’Aigle d’Adliswil a remporté au cours de sa carrière quatre fois consécutivement les classiques constituants le week-end Ardennais. Le Suisse fut également à trois reprises le lauréat du Challenge Desgrange-Colombo. Kübler n’était pas touché par la grâce des dieux, mais il avait en lui une détermination hors du commun et un goût du combat inné.

Premier Suisse vainqueur du Tour de France

Après des débuts  dans le cyclisme prometteurs, la carrière sur route du Suisse avait failli tourner court. Lors de son service militaire au début du second conflit mondial, un arbre venait écraser sa jambe, Ferdi s’en sortait miraculeusement. Quelques années plus tard en 1946, lors de la classique Zurich – Lausanne, Kübler chutait lors du sprint final. Il était victime d’une double fracture du crâne, ainsi que d’une fracture du bas et de la clavicule. Cette même année, le champion Suisse perdait successivement son frère et sa mère. Malgré les drames, Kübler trouvait la force de revenir encore plus fort sur le vélo. Pour le premier Tour de France d’après guerre, malgré une guérison physique encore incomplète, Ferdi devenait le premier maillot jaune du Tour de France de l’après guerre à Lille, d’une épreuve qu’il ne terminera pas.

Irrégulier, capable de coups d’éclats et de belles défaillances, Kübler trouvait un semblant de stabilité en 1948, remportant coup sur coup le Tour de Romandie et le Tour de Suisse, les deux courses phares du calendrier suisse. Malgré tout, il était encore considéré comme un clown qui faisait le spectacle un jour avant de s’écrouler le lendemain. Attaquant invétéré, son Tour de France 1949 allait donner raison à ses détracteurs. Malgré une victoire d’étape, le Suisse abandonnait à quelques jours de Paris, le moral touché par ses échecs face à Coppi et Bartali. Après deux abandons répétés sur le Tour de France, peu de monde croyait aux chances du Suisse pour une victoire sur la Grande Boucle en 1950. Mais le retrait des Italiens durant la traversée des Pyrénées va métamorphoser Kübler. Sur l’étape entre Perpignan et Nîmes, le Suisse menait avec son ami Stan Ockers une grande offensive qui allait repousser Bobet et Géminiani à près de 10 minutes. Dans les Alpes, Kübler résistait aux assauts tricolores. Il ne craquait pas face à l’offensive de Bobet – un moment leader virtuel – vers Briançon et Kübler parachevait son succès final lors du dernier exercice solitaire.

Après son prestigieux succès de 1950, l’Aigle d’Adliswil avait préféré laisser la main à son rival Koblet sur le Tour 1951. Kübler ne revenait qu’en 1954 sur la Grande Boucle. Conscient de ses limites en haute montagne face à un Bobet au sommet de son art, le Suisse remportait tout de même le maillot vert du classement par points. Son aventure avec la Grande Boucle prit fin en 1955 de façon pittoresque sur le Mont Ventoux. Comme un fauve, le Suisse se jetait à l’assaut des pentes du Géant de Provence. Geminiani lui conseillait d’être plus prudent : « du calme Ferdi : le Ventoux n’est pas un col comme les autres », ce à quoi le Suisse répondait de manière burlesque « Ferdi, pas un coureur comme les autres non plus. Ferdi, grand champion ». Trop confiant, le Suisse fut victime d’une incroyable défaillance dans l’ascension, qui l’obligera à abandonner, l’orgueil atteint, quelques jours plus tard.

Le doublé des Ardennes

Ferdi Kübler fut le premier coureur à remporter la même année la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, dans ce que l’on appelait encore le week-end Ardennais, car les deux épreuves se disputaient le temps d’un week-end. En 1950, il remportait une Flèche Wallonne enlevée, devançant trois vainqueurs du Tour de France. Dans l’ordre : Gino Bartali, Jean Robic et Louison Bobet. Jamais une grande classique n’avait comporté quatre vainqueurs de la Grande Boucle aux quatre premières positions. Le lendemain, Kübler confirmait son statut de meilleur descendeur du peloton – avec Fiorenzo Magni – en s’évadant du peloton à 23 km de l’arrivée pour aller cueillir Germain Derycke à un kilomètre du but. Plus tard dans la saison, le Suisse confirmait son statut de numéro un dans les classiques en remportant les championnats du monde. Grand favori de l’épreuve, le Suisse sut canaliser ses forces afin de disposer de Magni au sprint.

En 1952, Kübler remportait de nouveau la Flèche Wallonne, malgré un Jean Robic remuant, en réglant un petit groupe de costauds au sprint, tels que Stan Ockers et Raymond Impanis. Le lendemain sur la Doyenne, Kübler est de nouveau présent dans le final avec son grand rival Jean Robic et l’attaquant de la journée Henri Van Kerckhove. Le surprenant Belge parvient à surprendre le Français par une attaque proche du but, mais pas le Suisse. Comme l’an dernier, l’Aigle d’Adliswil allait briser les rêves Belges en remportant pour la seconde fois d’affilée la Doyenne. Après une saison 1953 décevante marquée par un succès inespérée sur Bordeaux-Paris, Kübler revenait en force en 1954. Il franchit la ligne en premier sur la Flèche Wallonne, mais il était justement déclassé pour avoir tassé le Belge Germain Derycke contre les barrières. Le lendemain, le Suisse est surpris comme tous les autres favoris par la victoire du Luxembourgeois Marcel Ernzer. Kübler se classait 3éme mais remportait pour la 3éme fois le week-end Ardennais.

Comme sur le Tour de France, Ferdi empruntera une dernière fois les routes des Ardennes en 1955, abandonnant la Doyenne à mi-course. Sa carrière longue de près de deux décennies, lui a valu en 1983, le titre de sportif Suisse du dernier demi-siècle. Reconverti en homme d’affaires averti, Ferdi Kübler est le plus âgé des vainqueurs du Tour de France encore en vie. Il a aujourd’hui 91 ans.

Cet article a été publié dans Cyclisme Suisse, L'ère Coppi. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Ferdi Kübler, le pur-sang

  1. STERCHI jean dit :

    MESSIEURS.QUEL PLAISIR D’AVOIR PEU FAIRE LE TOUR DU LAC DE BIENNE AVEC KUBLER MOI, QUI ETAIT UN CYCLISTE HOBY BONNE SALUTATIONS STERCHI JEAN NIDAU

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s