L’incroyable saison 1976 de Maertens

Freddy Maertens avait réalisé en 1976 une année exceptionnelle sous la houlette de Guillaume Driessens. En s’adjugeant le titre mondial, le titre de Champion de Belgique, quatre courses classiques, huit étapes du Tour de France, deux au Tour de Suisse, six sur Paris-Nice et encore bien d’autres victoires, il avait dominé la saison 1976 et affolait les compteurs. Le leader de la Flandria comptait en fin de saisons 55 succès, record absolu pour un coureur professionnel, une saison de forcené.

Présent dans les Six Jours en début de saison, Maertens disputait sa première course sur route en Corse. Il remportait deux étapes avant de se retirer la veille de l’arrivée. Il voulait en effet se rendre au Het Volk pour gagner, mais il ne terminait que 13éme. Quelques jours plus tard sur Paris-Nice, il ridiculisait ses adversaires au sprint, remportant six étapes dont une au sommet des Arcs. Au général, il est battu en l’absence de bonifications, seulement 4éme. Sur Milan-San Remo, il crevait dans la descente du Poggio alors qu’il s’apprêtait à revenir dans le sillage d’Eddy Merckx, le futur vainqueur. Maertens aura sa revanche quelques heures plus tard sur la Flèche Brabançonne. Sur les terres de Merckx, le Flamand domine le Bruxellois au sprint. Maertens enchaine ensuite avec une victoire sur l’Amstel Gold Race après une attaque dans le Keutenberg à 30 km de l’arrivée pour couper la ligne avec 4’29’’ d’avance sur Jan Raas. Favori du Tour des Flandres, Maertens et De Vlaeminck se marquent abusivement et se neutralisent. Ils laissent filer la victoire bêtement à Planckaert. Maertens rate une nouvelle occasion de briller sur le Ronde alors qu’il était le plus rapide au sprint. Quarante huit heures après, le Flamand remporte Gand-Wevelgem pour la seconde fois après avoir créé la sélection dans le Mont Kemmel et réglé ses adversaires au sprint. Sur Paris-Roubaix, il part de nouveau avec l’étiquette de favori, mais il ne peut défendre ses chances sur chute. La victoire revient tout de même à un Flandrien, en l’occurrence Marc Demeyer l’équipier modèle qui a parfaitement exploité la rivalité entre Moser et De Vlaeminck.

Les classiques Ardennaises laisseront également un goût d’imparfait à Maertens. Troisième de la Flèche, il est battu par Joop Zoetemelk qui avait attaqué à 50 bornes de l’arrivée. Maertens doit se contenter d’une seconde place sur la Doyenne, prisonnier de la tactique d’équipe. Son équipier Van Springel était en tête  de la courseavec Joseph Bruyère, le futur vainqueur. Dans la côte de la Redoute, Van Springel est lâché. Les Flandria embrayent à l’arrière, mais c’est bien trop tard, Bruyère était déjà largement en tête. La saison des classiques continue cependant pour Maertens malgré les échecs. Il compte bien les effacer à Francfort. Avec le concours fabuleux de Michel Pollentier qui annihile toutes les attaques de Merckx, son leader l’emporte au sprint. Maertens doit courir à Zurich le lendemain mais est convié à une réception le soir de sa victoire Allemande. Le Flamand arrive en Suisse à 3h du matin sans être massés, sans repos. Le départ du Championnat de Zurich est donné à 8h. Maertens prend sa revanche sur Roger De Vlaeminck et le devance au sprint. Il remporte en 24h, dans des conditions « extrêmes » deux classiques importantes. A peine rassasié, le leader de la Flandria remporte les Quatre Jours de Dunkerque pour la troisième fois.

Objectif Tour de France

Après cette formidable série de succès en début de saison, la tête du champion de Lombardisjde est portée sur le Tour de France. Il se classe de manière encourageante 7éme du Tour de Suisse, avant de remporter après 35 km d’échappée solitaire, le titre de champion de Belgique, malgré la bonne prestation d’Eric De Vlaeminck, frère de Roger. Sur le Tour de France, Freddy Maertens effectue une véritable razzia en remportant huit étapes. Il aurait logiquement pu ambitionner mieux, car il avait volontairement vendu une victoire d’étape à Jacques Esclassan afin de calmer les ardeurs de plus en plus pressantes de l’équipe Peugeot, qui auraient pu lui nuire par la suite.  Le dernier jour, Maertens est bêtement battu par le Hollandais Gerben Karstens alors qu’il était encore le plus véloce sur le sprint final. Cela aurait donc pu faire dix victoires d’étapes au total, record absolu.

Huitième au classement général, il affiche des ambitions plus poussées dans le futur. Son classement aurait pu être amélioré, mais Guillaume Driessens lui avait conseillé de lever le pied dans la traversée des Alpes afin d’assurer le maillot vert. C’est seulement dans les Pyrénées que le Flamand a grimpé à son vrai niveau. Septième au sommet du Pla d’Adet, il acquiert la conviction de pouvoir jouer mieux qu’un maillot vert. Dans une étape de fin de Tour de France à Versailles, Maertens s’était échappé avec Ferdinand Bracke pour entrer dans les 5 premiers du classement. Mais il chutait à un moment inopportun et voit passer le peloton. Il crie alors « deux avec moi, les autres poursuivent à fond ». Le Flamand était parvenu à combler son retard et à gagner l’étape !

Le Mondial comme consécration.

Après un excellent premier Tour de France et une saison complète, il est favori des journalistes à l’approche du Mondial à Ostuni à 35 % des voix. Ce championnat du monde doit être la consécration de Maertens, il doit l’emporter sinon il passera encore à côté d’une grande épreuve d’un jour et les médias titreront encore « Maertens ne supporte pas la pression ». Bien aidé par une équipe de Belgique pour une fois soudé autour du favori logique. Zoetemelk et Moser étaient partis dans le final. Mais les Belges avaient maintenu les deux coureurs en ligne de mire, permettant à  Maertens de contrer avec dans sa roue Conti. Le Flamand revient facilement en tête. Rapidement, il se retrouve seul avec Moser qui tente l’impossible pour gagner chez lui. Il propose dixmillions de lire à Maertens, il essaie de profiter de l’aspiration des motos pour partir. Mais rien n’y fait. Maertens est encore là et gagne facilement au sprint. Pour célébrer son titre, le champion du monde se rend au GP des Nations. Il l’emporte en couvrant les 90 km à 44,104 km/h de moyenne. Le record de l’heure est envisagé mais un sombre problème  entre Paul Claeys et Ernesto Colnago va faire avorter le projet.

La malédiction arc-en-ciel

La saison 1977 va en quelque sorte être le début de la fin pour Maertens. Il perd de nouveau le Tour des Flandres, de manière rocambolesque. Il change de vélo dans le Koppenberg. Un commissaire annonce qu’il est déclassé mais qu’il peut continuer la course. Maertens emmène avec lui Roger De Vlaeminck collé à sa roue qui ne lui passe aucun relais. A 1 500 mètres de l’arrivé, le même commissaire annonce qu’il ne sera pas déclassé à l’arrivée… Au sprint, le Gitan l’emporte sans avoir mis un coup de pédales. Maertens est encore le plus fort sur la Flèche Wallonne, il écrase la course et gagne avec 4 minutes d’avance avant d’être déclassé pour un contrôle positif. Le champion du monde se rend quelques jours après sur la Vuelta. Il remporte l’épreuve avec treize succès d’étapes. Sur sa lancée, il poursuit sur le Tour d’Italie. Maertens remporte les huit premiers jours, pas moins de sept étapes. Mais le 28 mai 1977, il est victime d’une chute sur le circuit du Mugello après un sprint houleux face à Rik Van Linden. Ce dernier est déclassé. Maertens est victime d’une fracture du fémur. Cet accident marque le début de la fin pour le champion du monde.

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