L’œuvre inachevée de Baronchelli

La carrière de Gianbattista Baronchelli ressemble à un gâchis, à un chef d’œuvre inachevé. Quand il arrivait dans le monde professionnel en 1974, l’Italien possédait un CV envieux. Vainqueur du Baby Giro et du Tour de l’Avenir, le natif de Mantoue avait failli créer l’exploit de battre Eddy Merckx sur le Tour d’Italie 1974. Certes, le Belge n’était pas au sommet de sa forme mais il n’en restait pas moins un grand champion. Malgré un ultime assaut dans les Trois Cimes de Lavaredo, le jeune Italien avait échoué à seulement douze petites secondes du Belge. A 21 ans, il était l’avenir du cyclisme mondial. L’Italie pensait avoir trouvé une nouvelle idole à vénérer, à une époque où Gimondi amorçait son déclin alors que Moser n’avait pas encore la renommée qu’il atteindra dans quelques années.

Des échecs répétés sur le Giro

Après des débuts exceptionnels, le natif de Mantoue n’a jamais pu satisfaire les attentes qui ont pesé à son égard. Ses prochaines participations sur le Tour d’Italie se sont révélées être une succession d’échecs malgré près d’une dizaine de place dans les dix premiers. « Gibi » est déclaré favori du Giro en 1975, en l’absence de Merckx et de Moser qui juge l’épreuve trop montagneuse. Victime d’une maladie virale, Baronchelli essuie son premier échec qui se solde par une 10éme place.  Le Giro 1976 sera une nouvelle déception (5éme place). Malgré sa forme précaire, l’Italien s’aligne sur le Tour de France qu’il décide d’abandonner. A partir de cette date, « Gibi » considérera la Grande Boucle comme une épreuve à  éviter.

Les deux prochaines éditions seront certainement celles qui laisseront le goût le plus amère pour l’Italien. Dans une équipe SCIC en manque de cohésion en 1977, Gibi ne reçoit pas le soutien nécessaire pour pouvoir remporter l’épreuve.  L’année suivante, il est battu par le Belge Johann De Muynck qui l’avait attaqué sur une chute. C’est malheureusement la loi du sport de haut niveau, le Belge avait également perdu l’épreuve deux ans auparavant pour les mêmes raisons face à Felice Gimondi. A 25 ans, le long déclin de cet éternel espoir Italien est déjà amorcé en ce qui concerne les Grands Tours toutefois.

Un redoutable coureur d’un jour

Si les prochaines années, Baronchelli ne fera pas mieux que deux 5éme place au classement général de son Tour d’Italie, il s’affirmera tout de même comme un coureur de course d’un jour de premier choix. Sur le plan national, Baronchelli a démontré les facettes de son talent à de nombreuses reprises sur les semi-classiques Italiennes. Son palmarès qui compte près de cent victoires comprend ainsi de nombreuses épreuves d’un jour du calendrier Italien.  Malgré tout, Baronchelli n’a jamais fait l’unanimité en Italie. On lui a toujours préféré Saronni ou Moser. Si cela n’avait pas toujours été le cas, le palmarès de Gibi aurait pu prendre une ampleur plus importante. Champion du monde, il aurait pu l’être. En 1980, il fut le dernier coureur à avoir résisté à un Hinault surhumain. L’année suivante à Prague, il est échappé en compagnie de Robert Millar dans le dernier tour. Mais derrière, ce sont les Italiens qui mènent une partie de la poursuite en faveur de Saronni, qui anhille toutes les chances de victoires de Gibi par la même occasion. Baronchelli n’a jamais été jugé à sa juste valeur, portant trop souvent cette étiquette de coureur fragile et peu fiable. Pourtant à un niveau plus élevé, Gibi a enlevé le Tour de Lombardie en 1977 et une seconde fois en 1986 de manière rocambolesque.  Ce dernier succès de prestige aurait été favorisé par l’intervention d’Ernesto Colnago, qui aurait sorti les chéquiers pour arranger une dernière victoire de son protégé. Spéculation ou vérité ? Nous ne le saurons peut-être jamais.

Beau, grand, passionnant et authentique, Gianbattista Baronchelli est parfois considéré par certains nostalgiques comme la plus belle pièce du cyclisme Italien de l’époque. Spécialiste des échappées et des évasions spectaculaires, il était l’antithèse de Beppe Saronni et Francesco Moser. Jamais reconnu à sa juste valeur, sa carrière a trop longtemps été perturbé par des ennuis de santé.

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