Le Triplé de Bobet

L’histoire du cyclisme ne retiendra pas Louison Bobet comme le coureur le plus talentueux ou possédant le plus de classe. Pourtant, à force de courage, de volonté et d’opiniâtreté, le Breton a bâti un palmarès de tout premier ordre. Comme l’indiquait son frère Jean, Louison avait fait du cyclisme sa religion, vouant un véritable culte à sa bicyclette et à l’entrainement. Son histoire sur le Tour de France retrace parfaitement sa longue et progressive progression. La preuve, il avait dû attendre sa sixième participation, à l’âge de 28 ans, pour remporter sa première Grande Boucle. Lors de ses premières tentatives, la presse Française avait rapidement et injustement émis de nombreuses critiques à l’encontre du champion Breton. Trop fragile, il était surnommé « la Pleureuse ». En 1947 pour sa première participation, il était l’équipier de luxe du populaire et craquant René Vietto. Victime d’une chute dans le col de Porte, Bobet devait abandonner lors de la 9éme étape, mais il avait tout de même largement contribué aux premiers triomphes de son leader en l’attendant dans le col de L’épine vers Grenoble, afin de conserver le maillot jaune. Un sacrifice qui n’est pas sans rappeler celui effectué treize ans plus tôt par le Cannois pour Antonin Magne.

Une longue attente

La réputation du champion Breton n’était pas à son zénith avant le Tour de France 1948. Mais face à Gino Bartali, il allait restaurer son honneur auprès du public et s’affirmer comme un futur vainqueur du Tour de France. Atteint de furoncles depuis de nombreuses étapes, peu de monde n’apportait de crédit au Breton pourtant maillot jaune, avant la traversée des Alpes. Vers San Remo, Louison Bobet faisait pourtant la différence dans le col de Turini et augmente son avantage sur ses adversaires. Bartali était repoussé à plus de dix minutes. Mais les cols des Alpes renverseront la situation. Celui que l’on surnomme désormais « Il Vecchio » parvient à rétablir la situation à Briançon dans le col de l’Izoard comme il l’avait fait dix ans plus tôt, pour acquérir son second Tour de France. Bobet, trop inexpérimenté et mal conseillé, avait failli tactiquement. D’ailleurs, Alfredo Binda le reconnaissait « si je l’avais dirigé, c’est lui Bobet, qui aurait gagné le Tour, et non Bartali »

Bobet avait franchi une dimension, mais il mettra cinq ans pour confirmer ses qualités. En 1947, il abandonnait prématurément en raison de problèmes de santé. L’année suivante, il perdait un Tour de France à sa portée qu’il n’aurait jamais dû perdre. En effet, lors de l’étape vers Perpignan, Louison Bobet avait commis l’inhabituel imprudence de consommer des boissons glacés sous la chaleur écrasante. Les conséquences seront irréversibles, le malin Ferdi Kübler avait profitait de ses faiblesses passagères pour lui reprendre une dizaine de minutes, avance suffisante pour que le Suisse remporte l’épreuve. Touché dans son orgueil, Louison avait tout tenté dans les Alpes, peut-être trop. Ferdi Kübler lui assénait : « Si tu étais resté tranquille, tu serais second du Tour ». Louison lui rétorquait que « la seconde place ne l’intéresse pas ». Ces paroles démontrent une ambition immense de la part de ce coureur, alors qu’à l’heure actuelle, nos pseudos champions n’osent prendre de risques pour mettre en péril leur position.

Après sa démonstration en 1950, Louison Bobet est désigné favori du Tour de France devant des champions comme Koblet, Coppi ou Bartali. Le Breton a franchi un pallier et il était pressenti pour gagner l’épreuve. L’illusion ne dura que quelques jours. Annoncé un temps vainqueur du premier chrono de l’épreuve, il est finalement relégué au second rang en raison d’une erreur de chronométrage dont a été victime Hugo Koblet. Le magistral rouleur Suisse allait alors passer à l’acte les prochains jours et se révélait intouchable tout au long de l’épreuve.

Trois succès de suite

Pour des problèmes respiratoires, Louison Bobet était absent du Tour de France 1952. Après tant d’années d’échecs et de déceptions, peu de monde misait sur une victoire de Louison Bobet en 1953. Après un Tour d’Italie difficile, on questionnait ses capacités physiques pour briller sur les trois difficiles semaines de juillet et la chaleur étouffante. Après un long temps d’hésitation, il s’alignait avec prudence. En position d’attente, lui et l’équipe de France avait été surpris par l’équipe de Bretagne emmené par le malicieux Jean Robic dans l’étape d’Albi. Le petit Jean ne cachait pas sa satisfaction, ce qui provoquera la réaction immédiate de l’équipe de France le lendemain. Vers Béziers, tous les espoirs du vainqueur du Tour de France 1947 allaient être enterré, notamment en raison d’une chute. Eliminé d’un de ses plus féroces rivaux, Bobet avait patiemment attendu l’étape Gap – Briançon et le passage de l’Izoard pour construire son succès. Conscient du mythe de cette difficulté, Bobet avait abordé seul en tête le passage dans la Casse Déserte et rejoint Henri Pélissier, Gino Bartali et Fausto Coppi dans la légende des plus grands. C’est un nouveau Bobet qui avait remporté le Tour de France. Plus patient, plus tactique, il l’emporta tout de même avec un brin de panache après avoir fait l’unanimité au sein d’une équipe de France tourmentée par ses rivalités internes. Le Breton avait en effet du cohabiter avec Raphaël Géminiani, Nello Lauredi ou encore Antonin Rolland.

Louison Bobet allait enchainer avec un second succès de suite en 1954. Le Breton avait axé toute sa saison et sa préparation pour arriver au sommet de sa forme sur le Tour. Entouré d’une équipe de France solide, le Breton répète le même scénario que l’année précédente. Mis en danger par un coureur d’une équipe régionale, en l’occurrence Gilbert Bauvin, l’équipe de France profitait de sa crevaison pour l’éloigner de la course à la victoire. Plein de sang froid, Louison Bobet parachevait son œuvre en remportant cette édition dans le col de l’Izoard, forgeant un peu plus sa légende dans ce Géant Alpin. Vainqueur avec douze minutes d’avance sur Kübler, le Français allait être sur le toit du monde quelques semaines plus tard en s’imposant sur le circuit de Sollingen.

Son dernier succès dans la Grande Boucle intervient en 1955, auréolé du maillot irisé. Favori numéro un après sa récente victoire sur le Dauphiné Libéré, Bobet est entouré d’une équipe de France solide et expérimenté. Soudé autour de Bobet, les Français adoptent une tactique de course défensive, dans ce qui sera, la plus difficile victoire du Breton sur le Tour de France, en raison d’une induration à la selle. Fatigué après une saison mouvementée, Bobet subit les assauts de Gaul dans les Alpes. Son passif s’élève à plus de dix minutes, mais le double vainqueur du Tour effectue un retour intéressant sur les pentes du Mont Ventoux, se  classant second au général à moins de cinq minutes d’Antonin Rolland. Ce dernier est certes l’équipier de Bobet, mais il annonce clairement qu’il ne fera aucun cadeau à son désormais rival. Mais le maillot jaune n’est pas à la hauteur d’un triomphe sur le Tour, il doit craquer vers Saint Gaudens et laisser son bien au Breton. Plein de maitrise et d’expérience, Bobet parvient à maitriser les derniers assauts de Gaul et Brankart pour remporter son troisième Tour de France.

Après ce dernier triomphe, Bobet ne reviendra sur le Tour de France qu’en 1958 pour une modeste 8éme place. De nombreux ennuis de santé et d’autres objectifs l’avaient contraint à renoncer à la Grande Boucle. Louison dispute le Tour pour la dernière fois en 1959. Le Breton quittait le Tour de France d’une manière originale en déposant son vélo au sommet de l’Iseran, col le plus haut d’Europe.

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Un commentaire pour Le Triplé de Bobet

  1. Mike dit :

    Bobet est un des plus grands, en plus, il était complet, comme le prouve son fantastique palmarès, en plus de ses 3 Tours de France, il a remporté, entre autres, 1 Tour de lombardie, 1 Tour des Flandres, 1 Milan-San Remo, 1 Paris-Roubaix, 1 Bordeaux-Paris, 1 Grand Prix des Nations, 1 Paris-Nice, 1 Dauphiné et, cerise sur le gateau, il a été une fois champion du monde !!!!!!!! Le plus surprenant, c’est qu’il n’a jamais gagné ni la Flèche Wallonne ni Liège-Bastogne-Liège, 2 courses pourtant faites pour lui. Hommage à cet immense coureur qui alliait classe et courage

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