Alfredo Binda, la Joconde

Derrière Coppi, Alfredo Binda est probablement le plus fameux des champions Italiens. Ce Lombard issu d’une famille de dix enfants, a émigré avec sa famille après la première guerre mondiale, pour s’installer à Nice. Pour ses premiers coups de pédales à vélo en compétition, il gagnait de nombreuses épreuves dans le Sud de la France. En 1922, il remportait trois succès importants et pose de nombreux soucis aux champions Français de l’équipe comme Barthelemy ou Henri Pélissier. L’année suivante, il rencontrait et ridiculisait Costante Girardengo, Gaetano Belloni et Jean Alavoine, dans l’épreuve du Mont Chauve. Pour qualifier sa performance, les journalistes Français titraient « Le poussin a battu les aigles ». Gaetano Belloni a des craintes et confie à Girardengo la méfiance qu’il a en ce coureur.

Le Lombard décide de courir pour la première fois en Italie en 1924. Il est informé d’une prime de 500 lires au premier coureur qui franchira le sommet du Ghisallo. Dans cette célèbre ascension, Binda faisait de nouveau l’étalage de tous ses talents de grimpeurs et lâchait tous ses adversaires, confirmant ainsi les craintes des deux champions Italiens de l’époque. Encore trop juste sur une aussi longue distance, il devait se contenter de la quatrième place. Sa performance aura tout de même été remarquable et Eberardo Pavesi, directeur sportif de la Legnano l’embauche. Cette idylle durera dix ans. En 1925, pour sa première année en Italie il réalisait son rêve de remporter le Tour de Lombardie chez lui. Il la gagnera quatre fois en tout (1925, 1926, 1927 et 1931). En 1926, il l’emportait avec près de 30 minutes d’avance sur son second. Grimpeur exceptionnel, il construisait sa légende sur le Giro en l’emportant pour sa première participation en 1925 devant son rival l’autre Campionissimo, Costante Girardengo.

Payé pour ne pas courir le Giro

Le Lombard ne mettra pas longtemps avant d’hériter de ce surnom donné par Emilio Colombo. Binda était certes battu par Brunero l’année suivante, mais le Lombard avait concédé près de quarante sur une chute lors de la première étape. En 1927, il revenait de manière impitoyable. Il gagnait le général raflant douze des quinze étapes disputées. Cette même année, il remporte toutes les épreuves du calendrier Italien à l’exception de Milan-San Remo. En 1928 et 1929, il effectuait de nouvelles razzias sous les sifflets du public Italien, las de sa domination. Il avait établi un record en remportant huit étapes de suite. C’est alors qu’en 1930, les organisateurs du Giro avaient eu l’invraisemblable idée de payer Alfredo Binda 25.000 lires – le montant perçu du vainqueur – pour qu’il ne prenne pas le départ de l’épreuve, afin de sauver son intérêt. Le Lombard revenait en 1931. Vainqueur de deux étapes et solide maillot rose, il devait cependant abandonner sur chute. En 1932, Binda ne terminait que 7éme. Il remportait son dernier succès au classement général en 1933, édition marquée par les premières longues étapes chronométrées et l’apparition du Grand Prix de la Montagne. Les deux dernières participations du Lombard restèrent t sans éclat, éliminé sur chute en 1934, anonyme pour son dernier Giro en 1935. Au total, Binda est aujourd’hui avec Merckx et Coppi le recordman de victoires dans le Tour d’Italie. Vainqueur de 41 étapes, il n’a été détrôné que par Mario Cipollini en 2003.

A l’international

En 1930, les organisateurs du Tour d’Italie avaient mis la main sur leur portefeuille afin de faire renoncer Binda, de sa participation au Giro. Absent de son épreuve fétiche, le Lombard se rabattait sur le Tour de France. Henri Desgrange avait d’ailleurs mis les moyens nécessaires afin d’attirer le Campionissimo. Le Tour de France 1930 était le premier disputé avec les équipes nationales, après le désastre des Tours précédents et l’implication croissante des marques dans les épreuves. Afin de donner un nouvel élan à son épreuve, le père du Tour avait eu cette idée ingénieuse de faire courir pour la seule et unique fois Alfredo Binda, sur les routes du Tour de France. Ceci également afin de justifier la nouvelle formule promulguée.

La participation de l’Italien n’avait laissé personne indifférent. Lors des premières arrivées groupées de l’épreuve, la confrontation entre les Français et les Italiens avaient fait du bruit. Coups bas, obstructions, déclarations assassines et sprints musclés avaient scellé la mésentente entre Binda et le camp Français. Entre Bordeaux et Hendaye, les Français profitèrent de la chute du Lombard pour l’attaquer et l’écarter définitivement du général. Binda perdit plus d’une heure ainsi que toutes ses ambitions pour le classement général…

Relégué dans les profondeurs du classement, Binda mettra un point d’honneur à remporter l’étape suivante. Il promit ensuite à Learco Guerra de le soutenir dans sa quête du maillot jaune. Dans l’étape de montagne Luchon – Perpignan, le Campionissimo étalait toute sa classe d’escaladeur dans le Portet d’Aspect. Victime d’une chute, il aborder le col avec près de 15 minutes de retard sur le peloton principal. Au sommet du col, le Lombard avait refait son retard et était passé en tête. Alfredo Binda était l’un des premiers grands escaladeurs de l’histoire du cyclisme. D’un style pur, horizontal et immobile, il avait suscité la fascination d’une certain René Vietto qui affirmait avec un brin d’exagération «  Vous lui aurez mis un verre rempli d’eau sur la tête qu’il aurait escaladé le Tourmalet sans renverser la moindre goutte ». Ce style si particulier, avait inspiré le Roi René, qui avait copié le style de son idole.

Forcé de participer à cette épreuve, le Lombard avait par la suite abandonné afin de préparer les championnats du monde. Bien lui en a pris, puisqu’il remportait son second maillot arc-en-ciel à Liège au terme d’un duel effarant face à Georges Ronsse. A domicile, le Belge était à la quête d’un troisième titre mondial, qui allait finalement revenir à l’Italien. Vainqueur à trois reprises, Alfredo Binda co-détient toujours le record du nombre de succès obtenu. En 1927, il réussissait à creuser des écarts démentiels en l’espace de trente kilomètres, s’imposant avec sept minutes d’avance. Pour son dernier triomphe à Rome devant le Duce, il l’emportait devant son compatriote Remo Bertoni de 15 secondes. L’opposition était repoussée à près de cinq minutes. Pour l’ensemble de son œuvre, Alfredo Binda, cette Joconde, avait été qualifié par Henri Desgrange comme le plus grand coureur de tous les temps.

Après sa carrière de coureur, il sera logiquement nommé directeur sportif de l’équipe d’Italie dans les années 40, avec la difficile mission de maximiser les chances de succès Italiens, tout en étant soumis à la contrainte majeure de l’époque : la rivalité entre Coppi et Bartali. Le Campionissimo  avait su faire jouer ses talents d’orateur afin de trouver les compromis nécessaires pour les deux champions.

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3 commentaires pour Alfredo Binda, la Joconde

  1. Binda Germain dit :

    Merci pour cet hommage . ( Descendance d’Alfredo )🙂

    • Bellaria Serge (Alfredo était le cousin de mon grand père Binda Carlo) dit :

      Merci également pour cet article très intéressant !

  2. Laurent Binda dit :

    j ai entendu mon grand père qui racontait des anecdotes lors de repas de famille dont celle ci qui m avait marqué Alfredo voyait son cousin sur le bord de la route ,et il taillait la bavette avec lui puis ensuite rattrapait son retard sur ceux qui étaient passés devant :::::quand on pense que moi on m a retiré les roulettes a l arrière de mon vélo le jour de mes dix huit ans !!!!!!!!!

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