L’étoile Koblet

Par l’élégance de ses gestes, sa bonté et son charisme naturel, Hugo Koblet était une sorte de divinité du cyclisme. En raison de sa pureté sur le vélo, de l’importance qu’il accordait à son apparence physique et de son succès auprès des dames, il fut surnommé « Le pédaleur de charme » par le chansonnier Jacques Grello. Très jeune, sa mère s’inquiétait pourtant de son physique fragile. Hugo Koblet démarrait le cyclisme d’abord sur la route, mais ses entraineurs remarquaient en effet la maigreur aggravée du Zurichois. Ils lui conseillaient alors de délaisser la route pour se consacrer à la piste afin de développer sa masse musculaire. Koblet y développe des qualités de rouleurs remarquables qui lui ont permis de décrocher huit titres de champion national de poursuite de suite de 1947 à 1954. La piste fut à la base de ses succès sur route, car il y développera à la fois un physique solide mais également des qualités d’endurance intéressantes acquises dans les épreuves de Six-Jours.

Premier étranger vainqueur du Giro

En 1950, Hugo Koblet dispute sa première véritable saison sur route et se présente au départ du Tour d’Italie. Peu de monde ne mise sur ce Suisse encore méconnu. Pourtant avant l’épreuve Italienne, il avait fait part de ses qualités de grimpeur sur le Tour de Romandie. Longtemps leader de l’épreuve, le Zurichois avait seulement dû laisser son bien le dernier jour suite à une série de crevaisons pour perdre de 51 secondes sur le Français Edouard Fachleitner. Dans une épreuve Italienne de préparation (Milan-Vicenza), le Suisse fait l’étalage de ses qualités de rouleur exceptionnelles. Victime de problèmes mécaniques, il perd rapidement trois minutes sur les hommes de tête. Après une poursuite forcenée, Koblet parvient à revenir sur le premier peloton mais il est déclassé. Les commissaires estimaient qu’il n’était pas possible qu’un seul homme puisse revenir sur un peloton déchainé sans fraude…

Malgré tout, peu de monde voit en lui un vainqueur possible du Giro, qui n’a jamais été gagné par un étranger. A part peut-être son directeur sportif Learco Guerra, qui croit en son homme : « Je vous jure qu’il peut gagner le Giro ». Après une première semaine de course menée par son équipier Fritz Schaër, Koblet crée la sensation entre Brescia et Vicenza en remportant l’étape et le maillot rose de leader. Ce même jour, Coppi est éliminé sur chute, Bartali devient son rival le plus sérieux mais jamais le Florentin ne sera en mesure de distancer nettement le Zurichois. Koblet gère son avance et devient le premier étranger à remporter le Tour d’Italie. Dans la foulée, il écrase le Tour de Suisse. Le Tour de France sera la propriété de son rival Ferdi Kübler, mais Koblet espère faire ses débuts l’année suivante.

L’exploit sur le Tour

Après un début de saison 1951 discret, Hugo Koblet profite du désistement de son rival Ferdi Kubler pour devenir leader unique de l’équipe Suisse sur la Grande Boucle. Sixième du Tour d’Italie, second du Tour de Suisse, le Zurichois semble tout miser sur le Tour de France, ce qui ne l’empêche pas de réaliser un prodigieux exploit dans l’étape reine des Dolomites en repoussant Bartali à près de cinq minutes. Sur le Tour de Suisse, une série de sept crevaisons l’empêche de battre Kubler, vainqueur de l’épreuve. Malgré tout, ce dernier estime qu’il n’est plus suffisamment frais pour disputer le Tour de France 1951.

Lors de cette édition, Hugo Koblet s’impose comme le véritable seigneur du peloton. Dans les étapes de plaine, il terrorise le peloton par ses accélérations et ses attaques incessantes. Lors de l’étape Brive-Agen longue de 177 km, il assomme littéralement ses adversaires. Parti dans une échappée à 140 km de l’arrivée dans la côte de Leznac, le Zurichois suit son instinct d’attaquant et sème le trouble dans le peloton. A 113 km d’Agen, le Pédaleur de Charme se retrouve seul mais continue d’accroitre son avance malgré la coalition Française et Italienne qui s’acharne pour le reprendre. Koblet compte jusqu’à quatre minutes d’avance, il en conservera 2’35’’ à l’arrivée devant des adversaires écœurés.

Les Pyrénées et les Alpes confirmeront la maitrise du Suisse dans tous les autres terrains. Sans jamais s’affoler, il maitrise les offensives de ses adversaires et donne le coup de grâce lors de l’étape arrivant à Briançon. Le Zurichois surprend ses rivaux en attaquant dans la descente du col du Vars. Son avance augmente rapidement et il avale le col de l’Izoard à une vitesse impressionnante. Revenu à quelques encablures de Coppi, le Suisse crève dans la descente. Il qualifiera cette crevaison comme la « plus belle de sa vie », car elle permit à Fausto Coppi de remporter l’étape en hommage à son frère récemment décédé. Grand seigneur, il parachève son succès à Genève devant les siens, broyant ses adversaires dans l’épreuve solitaire. Son second est à près de 5 minutes. Quelques semaines après son sacre sur le Tour, il confirme sa supériorité contre-la-montre en s’imposant sur le GP des Nations devançant Coppi de 1’42’’.

La lente déchéance de Koblet

Durant son Tour de France victorieux, le Zurichois fut sollicité par les organisateurs du Tour du Mexique en quête d’une participation internationale à leur épreuve. Koblet accepte leur invitation et il se rend en novembre en Amérique. On lui fait courir une étape montagneuse en partant  30 minutes avant les autres concurrents. Seul contre tous, le Zurichois parvient à garder une avance de 30’35’’ sur ses adversaires ! Koblet émerveille les Mexicains, mais il ignore qu’il est en train d’abréger sa carrière sur les pentes surchauffées Mexicaines. Le Zurichois va contracter un mal mystérieux. En 1952, il est donc méconnaissable. Seulement 8éme du Tour d’Italie, il s’aligne sur le Tour de Suisse en quête de rédemption. Sérieusement malade, les organisateurs l’assassinent en l’obligeant à prendre le départ d’étapes trop exigeantes. On lui fait injecter des produits dangereux pour les intérêts publicitaires de l’épreuve. A bout de forces, le Zurichois sera contraint d’abandonner à moitié mort. Des examens révéleront que son nombre de globules rouges est passé à seulement 3 millions, alors qu’un être normal en possède 5 millions. Un déficit qui se révèlera problématique dans l’escalade des cols.

Cependant, le Zurichois peut compter sur sa classe naturelle pour remporter l’année suivante le Tour de Romandie 1953. Koblet revient à un niveau très intéressant sur le Tour d’Italie. Malgré une lourde chute en début d’épreuve, le Suisse bat Coppi de 1’21’’ sur l’épreuve solitaire de Follonica (48,5 km). Quelques jours après, le Zurichois surprend Coppi dans une descente à Auronzo et contrôle son rival vers Bolzano, lieu d’arrivée de l’avant dernière étape de montagne. On dit alors que le Tour d’Italie est dans sa poche, Coppi reconnait même sa supériorité. Mais le Zurichois ne réussit pas à résister à l’assaut de Coppi dans le Stelvio, le toit du Giro. Koblet a perdu de sa virtuosité et le Tour d’Italie. Fort de sa seconde place sur le Giro, le Suisse part favori du Tour de France 1953. Mais mort de fatigue, il chute dans la descente du Soulor. L’année suivante, le Pédaleur de Charme se classe second du Giro après avoir favorisé la victoire de son ami Clérici. Sur le Tour de France, victime d’une lourde chute, il est de nouveau contraint à l’abandon après une lente agonie.

Progressivement, nous allons perdre Hugo Koblet. Comme le disait justement Jean Bobet, le Zurichois sera d’abord incapable de franchir les 2000m d’altitude, puis 1500m, puis les 1000m et ne sera ensuite plus en mesure de franchir la moindre bosse. Koblet s’éclipsait progressivement de la gloire, de la route, du cyclisme puis de la vie. A l’image d’un James Dean, le bel Hugo mourut suite à un accident de voiture au bord de sa superbe Alfa Romeo. Suicide ou accident ? L’enquête effectuée penche vers l’hypothèse de l’accident. Mais l’ouvrage de Jean-Paul Ollivier sur le champion Suisse tend à réfuter cette thèse. Le témoignage de son ami Sepp Renggli soutient que Koblet s’est donné la mort volontairement. Le chef de la police cantonale, M. Boller, aurait tenu les propos suivants en remettant une mystérieuse lettre à Sepp Renggli  « Je ne devrais pas vous le dire, monsieur Renggli, mais Koblet a laissé une lettre avant de mourir dans laquelle il manifestait son intention de se donner la mort ». Ainsi s’acheva la courte mais intense vie du Pédaleur de Charme.

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