Huit secondes chrono

Le Tour de 1989 semble assez ouvert au départ. Parmi les protagonistes, il y a bien évidemment le très controversé vainqueur de l’édition précédente Pedro Delgado, contrôlé positif à un produit masquant interdit par le CIO mais autorisé par l’UCI. Laurent Fignon a retrouvé son meilleur niveau comme l’atteste ses victoires Italiennes sur Milan-San Remo et le Giro. On note également le retour de Greg LeMond sur le Tour de France après deux années d’absence. Au sein de la modeste formation ADR, il n’inspire que peu de garantie au départ. Charly Mottet, Robert Millar, Luis Herrera, Erik Breukink, Claude Criquielion et Stephen Roche sont les principaux outsiders.

Dès le prologue, nous assistons à un coup de théâtre. Delgado commet une erreur de débutant. Il se présente en retard pour le départ du prologue et perd bêtement 2´40″ dès le premier jour. C’est le premier tournant du Tour de France. Le néerlandais et spécialiste de l’effort solitaire Breukink remporte le prologue devant Fignon. Greg LeMond se classe 4éme, mais personne ne croit encore vraiment en lui. Deux jours plus tard, lors du contre-la-montre par équipe à Luxembourg, l’équipe Super U de Laurent Fignon l’emporte fort logiquement. Greg LeMond et ses hommes ne perdent que 50’’, alors que Delgado perd de nouveau plus de 4’ et se retrouve à 7’ au général. Le tenant de titre a probablement dit adieu à un nouveau sacre.

Le second tournant de ce Tour se passe lors de la 5éme étape. 73 km d’effort solitaire entre Dinard et Rennes. L’épreuve de vérité va bien porter son nom. Le temps est mauvais, il pleut. A bord de son vélo doté d’un guidon de triathlète, Greg LeMond devance Delgado de 24’’, Fignon perd 55’’ et ainsi son maillot de leader. L’Américain est le nouveau maillot jaune et on songe enfin à lui pour la victoire finale. Ce sera la montagne qui décidera de cela. Pour le moment, LeMond devance Fignon de 5’’.

Première étape des Pyrénées, quatre cols sérieux à gravir. Arrivée au sommet de Le Cambasque. Un certain Miguel Indurain l’emporte après une longue échappée. Son leader Pedro Delgado a décidé de passer à l’offensive mais n’a repris qu’une trentaine de secondes sur le groupe des favoris qui s’est marqué durant toute l’étape. Isolé dans son équipe, LeMond a compris que la roue à prendre était celle de Laurent Fignon. Dans la deuxième grande étape de montagne des Pyrénées entre Cauterets et Superbagnères, Mottet et Millar se rebellent très tôt dans le Tourmalet. L’équipe de Fignon va mener la chasse comme s’il possédait le maillot jaune. LeMond profite de l’aubaine et Delgado poursuit sa tactique agressive. L’Espagnol démarre au pied du col d’Aspin et fait la jonction avec le duo Mottet-Millar. LeMond ne bouge pas un instant et reste au marquage de Fignon. Devant l´échappée prend de l´avance. Delgado ne se soucie pas trop de l´étape mais veut effectuer un rapprochée sérieux au général. Chose faite avec succès cette fois puisqu’il reprend plus de trois minutes à ses adversaires. Robert Millar remporte l´étape l’Espagnol. Derrière, une véritable guerre des nerfs a commencé entre Fignon et LeMond. Le Parisien n’est pas dans un très grand jour mais parvient à lâcher LeMond dans Superbagnères et Fignon reprend le maillot jaune pour 7’’.

Les Alpes débutent avec un chrono en côte de 39 km avec deux cols de première catégorie à gravir. Le Néerlandais Rooks remporte l’étape. Lemond termine seulement 5éme mais reprend plus de 45’’ sur son rival Français. Lemond reprend le maillot jaune pour 40’’. Delgado est 4éme. Le prometteur Charly Mottet a affiché ses limites, le Tour de France semble trop compliqué pour lui. La deuxième étape Alpestre arrive à Briançon. L’Izoard est au programme. Le futur champion olympique suisse Richard gagne après une longue échappée. Les favoris n’ont pas jugé nécessaire d’attaquer, pourtant Laurent Fignon a un certain  intérêt à passer à l’offensive. Dans la descente de l’Izoard, LeMond surprend le Parisien et lui reprend 13’’. C’est peu d’un point de vue comptable, mais beaucoup psychologiquement car en montagne, le Français est censé lui être supérieur et lui reprendre du temps.

L’étape suivante amène le peloton à l’Alpe d’Huez. Au terme d’une échappée au long cours, le Néerlandais Gert-Jan Theunisse m’emporte et perpétue la tradition Hollandaise. Derrière chez les favoris, le trio LeMond, Fignon et Delgado sont sortis du peloton. Le Parisien a tenté de lâcher son adversaire mais l’Américain est coriace. Cependant à 4 km du sommet, LeMond s’écroule. Il perd son maillot jaune et 1’19’’ au classement général. Fignon endosse le maillot de leader pour 26’’ mais ce n’est peut-être pas suffisant en vue du dernier chrono. Il attaque donc lors de l’étape de Villard de Lans. Dans de la côte de Saint Nizier, il attaque seul. Le Parisien fait le trou rapidement, au point d’avoir une minute d’avance avant la dernière difficulté du jour. Dans la seule côte de Villard de Lans, Fignon perd plus de la moitié de son avance. Mais au général, celui-ci est passé à 50’’ ce que tous les suiveurs jugent nettement suffisants pour triompher à Paris. LeMond a une réaction d’orgueil le lendemain et passe à l’offensive. Il remporte l’étape mais n’a rien repris à son rival.

Nous connaissons la suite à l’issue de ce dernier chrono entre Versailles et Paris. Sur un tracé de 25 km, très peu de monte imagine LeMond reprendre 2’’ au kilomètres à un rouleur comme Fignon. Mais ce dernier souffre d’une induration à la selle, alors que LeMond a parfaitement préparé son affaire avec ce fameux guidon triathlète. Malgré tout, les chances de l’Américain sont maigres. Paul Koechli son ancien entraineur aux méthodes scientifiques, disait qu’il était impossible pour LeMond de refaire son retard. Mais le cyclisme n’est pas une science exacte. LeMond remporte l’étape et le Tour de France pour 8’’. A l’arrivée, le contraste est saisissant entre le vainqueur éclatant de joie et le Parisien anéanti par sa défaite.

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Un commentaire pour Huit secondes chrono

  1. Michaël Labiouse dit :

    Ce tour 89 restera a jamais un véritable thriller cycliste, et personellement j’aurais préferé que Fignon le gagne mais bon….
    Encore une fois, félicitations pour la qualité de tes articles

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