Tour de France 1966

Le Tour de France 1966 est marqué par l’absence du tenant du titre Felice Gimondi. Raymond Poulidor est le nouveau grand favori de l’épreuve car Jacques Anquetil ne semble plus avoir son meilleur coup de pédales pour trois semaines de course. Malgré tout, la France attend un duel entre ses deux champions. Au cours de la deuxième étape – déjà – le ton monte entre les deux champions. Le Limousin accuse Anquetil d’avoir profité de sa chute pour l’attaquer. « On n’attaque pas un homme à terre » s’insurge Poupou.

Le deuxième temps fort de cette Grande Boucle intervient entre Bordeaux et Bayonne. Pour protester contre l’apparition des contrôles antidopage, le peloton vindicativement emmené par Jacques Anquetil et Rik Van Looy protestent en première ligne. Ces événements sèment quelque peu la zizanie avant les premières étapes de montagne. Le modeste Italien Tomasso De Pra remporte alors la première étape de montagne à Pau et s’adjuge le maillot jaune. Mais l’événement marquant de la journée, c’est cette échappée d’une vingtaine de coureurs qui a pris une grosse marge de sept minutes en vue de la victoire finale. Parmi ses coureurs, on retrouve notamment Jan Janssen et Lucien Aimar. Poulidor est resté dans le peloton à marquer Jacques Anquetil. Le Normand savait qu’il n’était plus en mesure de remporter la Grande Boucle. Il a bluffé avec Poulidor pour favoriser la fuite de son équipier Aimar, et Poupou s’est – de nouveau – fait avoir comme l’an dernier tel un débutant. Antonin Magne est dépité et ne comprend pas son coureur. Pierre Chany titre « Poulidor dans le lasso d’Anquetil ».

Poulidor est bien l’homme le plus fort de ce Tour de France. Quelques jours plus tard, on retrouve entre Pau et Luchon, les deux rivaux lançaient ensemble dans une grande offensive. Mais celle-ci ne prend pas l’ampleur espérée et aucune différence importante n’est faite. Dans le premier test solitaire, il devance Anquetil de sept secondes, preuve du déclin du Normand. Arrive ensuite les Alpes, Poulidor doit refaire un déficit de près de six minutes sur les premiers. A Briançon dans la grande étape Alpestre, Julio Jimenez effectue un numéro mais Poulidor ne reprend qu’un temps limité à ses rivaux qui avoisine la minute. Entre Briançon et Turin, une offensive de Poulidor lâche Aimar dans le col de Coletta, mais Anquetil reconverti en équipier de luxe ramène son poulain sur le Limousin. Au sommet, le Normand fait signe à Aimar d’attaquer. Ce dernier que beaucoup considèrent comme le meilleur descendeur de tous les temps, creuse des écarts importants. Poulidor et Janssen sont surpris. Aimar bénéficie du concours des premiers attaquants de la journée, alors que Poulidor est isolé derrière. A l’arrivée, Lucien Aimar brandit le maillot jaune et a fait le break. Janssen est à 1’35’’ alors que Poulidor est repoussé à plus de 4 minutes. Les qualités de visionnaire d’Anquetil ont encore eu raison de Poulidor. Le Normand tire sa révérence sur le Tour quelques jours plus tard à Saint-Etienne suite à une bronchite.

Entre temps, Poupou fait le maximum pour refaire son retard, mais il se heurte au trident de l’équipe Ford emmené par Anquetil suivi de Jimenez et Aimar. Ces derniers brisent le rêve du Limousin. L’épisode le plus burlesque de ce Tour de France arrive lors de l’étape de Montluçon. Dans la côte de Montaigue, Poulidor arrive à lâcher Aimar, avec notamment des rouleurs. Avec le concours de rouleurs comme Schutz et Altig, le Tour est peut-être en train de basculer. Mais l’incroyable survient alors. Altig se laisse décrocher pour favoriser le retour du maillot jaune, alors qu’il n’était guère son équipier. Encore une fois, Poulidor aura manqué d’autorité et de tact pour mettre la situation en sa faveur.

Lucien Aimar a remporté son premier et dernier Tour de France à 25 ans. Descendeur hors pair, il est encore considéré comme le meilleur descendeur de tous les temps. Dans son ouvrage intitulé « Forcenés », Philippe Bordas rendait hommages à ce Sudiste qui dévalait parfois la pente à 140 km/h. Sur le Tour de France 1973, Lucien Aimar avait perdu huit minutes sur les hommes de tête dans le col du Turini, théâtre d’un exploit de Louison Bobet. Mais dans la seule descente, le Hyérois en avait repris huit ! Preuve d’un talent inné de descendeur hors du commun. L’élève d’Anquetil ne rééditera jamais sa performance du Tour de France 1966. Peu sérieux, il n’avait guère l’âme d’un leader et on peut penser que sans Anquetil, Lucien Aimar n’aurait pas remporté ce Tour de France. Ironie de l’histoire, quelques semaines après son triomphe, au championnat du Monde, Rudi Altig devenait champion du monde. En tête, on pense que Poulidor et Anquetil vont se jouer le titre, mais il se marque dans le final. Derrière, Altig revient du diable vauvert bien aidé par … Aimar et l’Allemand remporte au sprint ce championnat du monde. Un échange de bons – ou mauvais – procédés !

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