La carrière brisée de Roger Rivière

Après la conquête du temps et de l’heure sur piste, Roger Rivière s’était fixé un autre objectif encore plus ambitieux sur route cette fois : gagner le Tour de France. La carrière sur route de Roger Rivière s’est décomposée en deux parties. Après des débuts chez les amateurs prometteurs, le Stéphanois a attendu deux saisons pour enfin se consacrer totalement à la route. En juin 1956, il participe dans la catégorie des amateurs à la Route de France. Le Stéphanois remporte deux étapes, il améliore surtout à l’âge de 20 ans, le record officieux dans le col du Tourmalet. Après sa montée exceptionnelle, on croit qu’il va facilement remporter l’épreuve mais il chute dans la descente qui suit. Il remporte l’étape mais diminué, il doit se contenter du quatrième rang au général, après une nouvelle chute dans la descente de l’Aubisque cette fois. Le 8 août 1956, le champion de France de poursuite se rend sur le Tour de l’Europe. Une nouvelle chute l’handicape sur les routes Croates. Le Stéphanois perd un quart d’heure dans l’affaire, mais dans les cols des Dolomites, Rivière parvient à rétablir son handicap avant de parachever son triomphe sur l’ultime chrono.

De l’ombre pour Anquetil

La carrière amateur de Roger Rivière s’est révélée prodigieuse. A ses talents connus de rouleur, le Stéphanois avait démontré qu’il pouvait également grimper les cols. Après avoir remporté tout ce qui lui était possible sur piste en 1957 et 1958, il effectue ses vrais débuts professionnels sur route en 1959 à 23 ans. Le Stéphanois affiche directement ses ambitions : « je crois pouvoir tenir tête aux grimpeurs sur leur terrain et lutter contre Anquetil dans les grandes courses contre la montre ». Comme souvent, les prédictions de Rivière s’avèrent bonne. Sur Paris-Nice-Rome, au terme d’un duel acharné au couteau, le Normand ne devance le Stéphanois que d’une petite seconde sur les 25 km d’exercice solitaire. Dans les cols, Rivière avait battu sur cette même épreuve le record du col de la République. Quelques semaines plus tard, il confirmait ses qualités d’escaladeur dans la course de côte du Mont Faron en repoussant Federico Bahamontes de 1’14’’ et Charly Gaul de 2’59’’ ! Pierre Chany était élogieux à son propos, pour sa première saison professionnelle complète « il roule aussi bien que Jacques Anquetil, grimpe aussi bien que Bahamontes, sprinte comme Hassendorfer. ». Le célèbre docteur Italien Frattini compare le Stéphanois à Fausto Coppi : « Roger Rivière gagnera toutes les courses ».

Au mois d’avril, Roger Rivière revient sur piste pour quelques exhibitions et quelques records supplémentaires. Sans préparation spécifique, il se présente le 24 avril 1959 au Tour d’Espagne. Mais le Stéphanois n’est pas au mieux de sa forme, il souffre du genou et d’une intoxication. Souffrant, il propose donc son aide à son équipier Pierre Everaert, leader de l’épreuve durant trois journées. Lors de la 11éme étape, Roger Rivière prend la poudre d’escampette avec Van Looy, la Vuelta est peut-être en train d’être renversée quand soudain, Rivière est victime d’une série de deux crevaisons. Isolé dans la « Pampa » Espagnole, le Stéphanois doit attendre plus de 10 minutes avant d’être dépanné. Découragé, le Stéphanois perdit un quart d’heure dans l’affaire et toute chance de succès, se classant 6éme au général final. Quelques semaines plus tard, Rivière se rend sur le Dauphiné Libéré. Il termine 3éme du classement général mais a été défaillant en montagne. A l’approche du Tour de France, il ne se classe que 4éme du GP de Forli (contre-la-montre) derrière Baldini, Anquetil et Bono. Le Stéphanois abandonne ensuite les championnats de France.

Au départ du Tour de France, les médias pensent que Roger Rivière est hors du coup. Mais ce dernier leur affiche un sérieux démenti lors de la première épreuve chronométrée de l’épreuve sur 45,33 km, qu’il remporte de 21’’ devant Baldini et 58’’ sur Anquetil. Cependant, le Stéphanois se montre défaillant en montagne dans le col du Tourmalet, trop présomptueux, il a voulu suivre les accélérations de Gaul et Bahamontes. Rivière est de nouveau piégé dans les Cévennes prisonnier de la tactique d’équipe, car Anquetil figure dans l’offensive de la journée. Il perd 4 minutes et ses ambitions de victoire sur le Tour. Dans le Puy de Dôme, la supériorité de Bahamontes est énorme. Les Alpes confirmeront ce jugement. Rivière et Anquetil se marquent, « l’autre ne veut pas mener » pestent mutuellement les deux rouleurs. Désintéressés par le maillot jaune, les deux Français pensent plus à faire perdre le Tour au régional Henry Anglade. Cependant Rivière confirme son statut de meilleur rouleur du Tour de France en devançant Anquetil dans le dernier exercice solitaire de 1’38’’ sur 69 km, mais les sifflets l’attendront justement au Parc malgré sa 4éme place.

Le drame du « Parjure »

La prestation de Roger Rivière lui confirme de ses possibilités de remporter la Grande Boucle. En fin de saison, le Stéphanois a l’idée de remporter le GP des Nations déserté par Anquetil. Un cinglant échec l’attend. En tête dans les premiers pointages, Rivière s’écroule en toute fin de parcours et ne se classe que second, un grand camouflet. En 1960, ce sera tout pour le Tour. L’année débute mal fin février en Algérie. Victime d’une chute, son début de saison  est perturbé. Sur Paris-Roubaix, il tente l’impossible sur Paris-Roubaix en partant dès le km 20 avec Louison Bobet, mais l’échec sera lourd. Rivière remporte le chrono des Quatre Jours de Dunkerque, mais ne rassure pas. Sa 11éme place sur le Dauphiné Libéré confirme cette mauvaise tendance malgré un nouveau succès chronométré. « J’ai axé toute ma saison sur le Tour de France » répète t-il pour se défendre, malgré sa méforme et sa nouvelle défaite au GP de Forli, il est le leader unique pour le Tour de France. Anquetil ayant axé sa saison sur le Tour d’Italie.

Au départ du Tour de France, le Stéphanois n’est pas à 100 % de sa forme. On lui diagnostique un claquage sur le bas de la colonne vertébrale. Le docteur du Tour de France, Pierre Dumas est assez dubitatif quant aux chances de Rivière sur ce Tour « s’il gagne, il aura prouvé qu’il est un grand champion ». Son grand rival sur cette épreuve est l’Italien Gastone Nencini. Le duel commence à Caen sur la première étape chronométrée. Le Stéphanois prend le dessus sur l’Italien. Anglade prend le maillot jaune l’étape suivante. Mais vers Lorient, Rivière amorce une offensive avec Nencini, Adrianssens et Junkermann. Le groupe rallie l’arrivée avec près de 15 minutes. Anglade crie de nouveau à la trahison et prédit que Rivière perdra le Tour de France car il tentera de suivre de manière suicidaire Nencini dans une descente…

En montagne, Rivière gagne la première étape des Pyrénées au sprint devant Nencini. Mais le Stéphanois est victime de problèmes à l’estomac le lendemain. Dans Peyresourde à 1 km du sommet l’Italien le lâche, il perd 1’06’’ à Luchon. Ce n’était cependant qu’un mauvais jour et il reste en ballotage favorable. Avec seulement 1’38’’ de retard sur l’Italien, Rivière peut se contenter d’attendre les 83 km d’effort solitaire pour porter l’estocade. Mais le Stéphanois veut humilier l’Italien sur tous les terrains, y compris le sien : la descente. A la veille de la fameuse étape entre  Millau et Avignon, le Stéphanois ne cesse de répéter « Demain le Rital, je me le paie ! ». Cette étape est à priori sans grande difficulté, mais elle présente des signes inquiétants. Les cols à escalader sont les suivants : le Col de l’Exil, le Col du Glas  (renommé d’Uglas) et le Col du Perjuret, qui signifie « Parjure » en ancien Français. Un drame se prépare. Au sommet du Perjuret qui est perché à  1031 m d’altitude, Rivière sent son rival en délicatesse et démarre dans la descente. Le Florentin réagit et le contre dans son exercice favori. Le Stéphanois tente l’impossible en jouant avec le virtuose Italien dans la descente. Le drame se produit bientôt. Dans sa folie passagère, Rivière heurte un muret et tombe 15 mètres plus bas.

Le verdict est cruel : il ne remontera plus jamais sur un vélo en compétition et restera en grande partie invalide jusqu’au restant de sa vie. C’est une tragédie pour un homme comme Roger Rivière, aussi talentueux, ambitieux et plein de rêves. Être invalide a le sens d’une mort littéral pour le Stéphanois. Un calvaire qu’a parfaitement illustré par Jean-Paul Ollivier par la citation du poète Paul Eluard “Un homme est mort qui continue sa lutte”. Il attendra plus de quinze années avant de rendre l’âme, le 1er avril 1976, donnant à sa mort un mauvais goût de farce.

Cet article, publié dans Cyclisme Français, L'ère Anquetil, Tour de France, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

7 commentaires pour La carrière brisée de Roger Rivière

  1. charpenay dit :

    je pense que vous pouriez au moin avoir un peu de coeur et de ne pas montres certaines photos qui peuvent faire du mal, roger riviere a vecu hernormement de belles choses dans sa vie ,sans pour autant toujours montrer les photos de sa chute ,et la fin de sa carriere,et sa mort ne nous a pas laisser un mauvais gout comme vous pouvez l ‘ecrire mais une peine henorme qui a change la vie de ses proche

  2. lemonnier dit :

    riviere laisse un enorme souvenir pour ceux de ma generation il aurait damer le pion a anquetil ou en tous cas il aurait ete son egal injustice totale ainsi que pour gerard saint

  3. Foucault dit :

    Pour moi, il fut le meilleur de sa génération, bien plus doué qu’Anquetil, dans tous les domaines.

  4. charpentier dit :

    Bravo pour ces souvenirs de roger riviere il ne faut pas qu il tombe dans l oubli.

  5. molinie monique dit :

    Roger Riviere est un tres grand champion. Le plus grand ,je pense .Il aurait merite sa place au palmares des plus grands. j’avais 14 ans quand l’helicoptere l’a amene au centre de reeducation de Lamalou les Bains ou j’etais en vacances et j’ai beaucoup pleure car je pensais qu’il allait gagner le Tour de France cette annee la. Salut Champion

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s