Mario Cipollini : Milan-San Remo, le rêve de sa vie

Malgré un parcours sans difficulté d’envergure, Milan-San Remo est la course d’un jour qui attire le plus les coureurs Transalpins. Nombreux sont les grands coureurs Italiens à s’être cassés les dents devant ce grand monument et la tranquillité apparente de son tracé. Des champions précoces tels que Felice Gimondi ou Francesco Moser ont du attendre leur 32 ans et d’innombrables tentatives infructueuses avant de pouvoir remporter l’épreuve. Pour les Italiens, la Primavera peut devenir une véritable obsession, qui peut paralyser le coureur aux moments clefs de la course. Ainsi, Moreno Argentin n’a jamais remporté l’épreuve et lorsqu’il s’envole dans le Poggio en 1992, Il Maestro craque dans la descente malgré ses talents d’acrobates inestimables. Mario Cipollini a également du attendre de longues années avant de triompher sur la Via Roma. Pour le Toscan, Milan-San Remo était le rêve d’une vie.

UNE OBSESSION

La Primavera est une affaire de famille chez les Cipollini. Le frère ainé, Cesare, rêvait aussi de l’emporter. Très prometteur dans les catégories amateurs, l’ancien gregari de Beppe Saronni n’a jamais pu confirmer tous les espoirs placés en lui. A 15 ans, Mario assiste pour la première fois à l’épreuve en tant que spectateur pour encourager son grand frère. Il promet alors qu’un jour, il remporterait cette course. Deux ans plus tard, son idole de jeunesse, Francesco Moser l’emporte. Milan-San Remo attise la fascination du beau Mario et toute sa carrière, il sera à la recherche de ce succès.

Le grand sprinteur Italien a du attendre sa quatorzième participations avant de trouver la gloire. C’est la somme de ses treize échecs précédents qui lui a permis de l’emporter enfin en 2002. Super Mario a attendu 35 ans avant de pouvoir maitriser tous les éléments de la course. Souvent considéré, à tort, comme une classique pour sprinteurs par excellence, Milan-San Remo offre une réalité tout autre. Comment expliquer alors que Freddy Maertens, Robbie McEwen, Eric Léman ou Djamolidine Abdoujaparov n’aient jamais triomphé sur la Via Roma ? Milan-San Remo est une épreuve rendue spécifique par la succession des Capi qui provoquent chaque année l’incertitude dans le rang des sprinteurs. Le Toscan a ainsi capitulé à plusieurs reprises dans la Cipressa. Lorsqu’il fut assez résistant pour avaler les difficultés, il a du subir la loi du puncheur Giorgio Furlan en 1994 ou encore de son grand rival Erik Zabel sept ans plus tard. Une défaite particulièrement difficile à accepter. L’Italien s’étant plaint d’un coup de coude de Joe Planckaert, il accuse par la même occasion son ancien poisson pilote, Gian Matteo Fagnini, de lui avoir volontairement barré la route durant le sprint. Sur le podium, Zabel veut lui offrir des fleurs pour le réconforter, « J’avais eu envie de les lui mettre à la figure » pensera t-il plein d’amertume sur le podium.

DONNER UN NOUVEL ELAN A SA CARRIERE

L’accumulation de ses échecs avait fait la joie de ses détracteurs, toujours prêts à souligner sa désinvolture, ses folies passagères et ses abandons systématiques sur le Tour de France. Pour certains, Cipollini n’était pas un champion, il se baladait avec l’image d’un voleurs d’étapes, il était le coureur aux succès faciles. Cible favorite des journalistes, il avait acquis ce statut de « gravure de mode ».  Afin de donner une nouvelle dimension à sa carrière, Cipo devait s’imposer sur la Primavera pour confirmer qu’il est non seulement le meilleur sprinteur de l’histoire du cyclisme mais également pour prouver qu’il est un grand coureur.

Dans sa quête de rédemption, le fantasque Italien a décidé de quitter la formation Saeco fin 2001, pour rejoindre la modeste Acqua & Sapone dont il sera l’unique leader. Durant les dernières années, Mario avait du cohabité avec d’autres leaders, il n’a donc pas eu le soutien nécessaire pour l’emporter. Peu de monde juge cette décision judicieuse, mais finalement le pari fonctionne. Profitant de la malchance de plusieurs grands leaders dont Erik Zabel et Erik Dekker, les équipiers de la formation au maillot zébré, parviennent à emmener Super Mario sur la voie royale dans la Via Roma. Cipollini entre au paradis et met fin à une série de treize échecs consécutif sur Milan-San Remo.

Ce succès donne un nouvel élan à la carrière du champion Italien. Quelques jours plus tard, il se transcende pour aller chercher une 9éme place sur le Tour des Flandres. Mieux encore, il remporte dans la foulée Gand-Wevelgem à la manière d’un Flahute, répondant ainsi de la meilleure manière à tous ses détracteurs. Par la suite, il cumulera six succès d’étapes sur le Giro et trois sur la Vuelta, avant de conquérir le titre mondial à Zolder. C’est paré de ce maillot arc-en-ciel que Super Mario espère remporter une nouvelle fois la Primavera. Exploit seulement réalisé par Beppe Saronni (1983), Felice Gimondi (1974), Eddy Merckx (1972 et 1975) et Alfredo Binda (1931).

LE RECORD DE BINDA

Une deuxième victoire consécutive sur la Via Roma ferait alors définitivement entrer le Toscan parmi les grands champions de l’histoire du cyclisme. Ce jour là, Mario Cipollini fait forte impression notamment lors de la montée du Poggio. Malheureusement trop esseulé, il ne pourra rien face à un autre grand champion Italien, Paolo Bettini, splendide vainqueur de l’épreuve. Le champion du monde ne termine que 4éme. La légende, il l’écriera quelques semaines plus tard sur le Tour d’Italie. Cipo l’emporte sur deux arrivées massives pour porter son total à 42 victoires d’étapes repoussant ainsi le record inaccessible d’Alfredo Binda (41).

Cet exploit est un chant du cygne, la dernière trace qu’il laissera au cyclisme mondial. Il se présente en 2004 pour un quinzième Milan-San Remo. Irrémédiablement lâché dans la Cipressa, son déclin s’amorce. Pour la première fois de sa carrière, il ne remporte aucune étape du Giro qu’il quittera par la petite porte. Il Magnifico tentera une dernière fois de se relancer sur sa course fétiche au début du printemps 2005. Une nouvelle fois défait, cette fois, par Alessandro Petacchi, son successeur désigné, Super Mario quitte pour la première fois le cyclisme professionnel, quelques jours avant le départ du Tour d’Italie.

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