Girardengo, le premier Campionissimo

Costante Girardengo est le cinquième enfant d’une famille qui en compte sept. Issu d’une famille pauvre et dans le besoin, le jeune Italien utilisait la bicyclette pour faire « survivre » sa famille contre l’avis de ses parents. A l’âge de 17 ans, il s’achetait son premier vélo. Peu de temps après, il décidait de défier le marathonien Dorando Pietri dans un duel entre l’homme et la bicyclette. Costante remportait le duel sans problèmes et empochait la juteuse récompense. Passé professionnel en 1912, le Transalpin avait aligné les succès à la chaine tout au long de sa carrière. Deux Tours d’Italie dont trente succès d’étapes, six Milan-San Remo, trois Tours de Lombardie et pas moins de neuf championnats d’Italie…

Celui que l’on surnomme « Gira » était devenu le premier Campionissimo, surnom intronisé par le célèbre Emilio Colombo. Dans des conditions apocalyptiques, Girardengo triomphait pour la première fois dans Milan-San Remo en 1919 dans une lutte acharnée contre l’homme et les éléments. C’est une saison de rêve pour Gira, qui s’imposait également sur le Tour d’Italie – neuf succès d’étapes – mais aussi sur le Tour de Lombardie après un nouveau duel aux couteaux face à Gaetano Belloni. A la fois rival et ami, « Tano » avait rendu ses triomphes plus glorieux, il rendait un bel hommage à son ami en fin de carrière : « Girardengo était plus courageux que moi. Il avait une volonté de fer. Moi, je ne suis jamais devenu un super champion, mais dans mon cœur, il reste gravé le nom de quelques jolies femmes.» La Primavera était sa classique, il a seulement fallu attendre Eddy Merckx pour que son record de succès ne tombe.

Girardengo avait su dompter le peu professionnel Belloni, mais lors de la fin de sa carrière, il était tombé sur un émigré de Varèse sur sa route, un certain Alfredo Binda. Sur le déclin, Gira allait tenter de contester l’énorme suprématie du Lombard avec souvent beaucoup de mérite. Sur la Primavera en 1928, les deux Campionissimi s’étaient directement affronté dans le final de l’épreuve à l’image de deux boxeurs. Les deux champions occupaient chacun les deux bords de la route, se défiant à distance, refusant l’aide de son rival. A l’arrivée, Girardengo triomphait à l’âge de 35 ans pour son dernier succès notoire.

Le premier Campionissimo était quelqu’un de rusé. Lors du Tour de Lombardie en 1921, seul face aux deux frères Pélissier, il avait utilisé un stratagème original pour venir à bout de son rival Henri, l’ainé des deux frères : il avait attrapé par le maillot le grand Francis et l’avait fait tomber. Ainsi, il n’avait eu aucun mal à manœuvrer Henri dans le sprint final ! Sa rivalité avec le Français s’était manifestée avant guerre, lors du Tour de Lombardie 1914, l’Italien accusant le Français de l’avoir entrainé dans une chute. Les deux champions ne se sont malheureusement que trop peu croisés. Les rares apparitions de l’Italien sur les terres Françaises s’étaient mal déroulées avec plusieurs abandons sur le Tour de France et Paris-Roubaix. Henri Desgrange, pourtant peu tendre avec Henri Pélissier, affirmait que le Campionissimo n’était pas armé pour gagner hors de son pays. Gira infligera un démenti cinglant au père du Tour de France, en devançant dans un sprint de 400 mètres Henri Pélissier dans le Grand Prix Wolber, aux apparences de championnat du Monde.

Après de longues années dans le peloton loin des premières places, le premier Campionissimo stoppait sa carrière après 25 ans d’activité signe d’une longévité exceptionnelle. Durant toutes ces années, Gira avait accumulé près d’un million de kilomètres à bicyclette et remportait plusieurs centaines de succès sur route ou sur piste. En dehors du cyclisme, Girardengo a défrayé la chronique avec son amitié avec un célèbre bandit de l’époque : Sante Pollastri. Recherché par la police, Pollastri avait toujours réussi à leur échapper. Mais lorsqu’un policier comprit l’amour du bandit pour le cyclisme, il réussit à l’arrêter près de l’arrivée d’une course où Pollastri attendait le passage de son ami. Sante fut ainsi victime de sa passion pour la petite-reine

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