[Cyclismag] Bugno réveille l’Italie

L’Italie a traversé une période difficile à la fin des années 80. Sans champions, en perte d’identité, la Botte tergiverse et se cherche un véritable leader. Considéré comme un éternel espoir avant son année 1990 fantastique, Gianni Bugno allait devenir ce mini-campionissimo dont l’Italie avait besoin. Ne nous voilons pas la face, le dopage a eu une grande importance sur la surprenante explosion de coureur, principalement dans les courses par étapes. Soigné et préparé par les médecins Italiens les plus sulfureux de l’époque, il symbolisait avec Claudio Chiappucci le renouveau du cyclisme Italien mais aussi les progrès de la médecine Transalpine. Mieux préparés, les formations issues de la Botte allaient rafler l’essentiel des succès lors de la première partie des années 90, Miguel Indurain était l’exception qui confirmait cette règle.

A la tête du cyclisme mondial en 1990, Bugno n’allait jamais confirmé les espoirs placés en lui. Il n’avait pas cet état d’esprit des champions, cet instinct de tueur qui les différencie des autres coureurs. Bugno manquait de confiance en lui, il n’a jamais eu l’audace nécessaire pour défier en face à face Miguel Indurain, se rangeant derrière le Mastodonte Espagnol comme une victime expiatoire.

Pour illustrer mes propos, je publie un article particulièrement intéressant issu de Cyclismag. Retrouvez le en intégralité ici

LE GRAND EXPLOIT : EN ROSE DE BOUT EN BOUT

Au départ du Giro, Gianni Bugno fait à peine partie des outsiders. Le grand favori est Laurent Fignon, vainqueur sortant. Pourtant, à l’issue du contre-la-montre inaugural, c’est Bugno qui est en rose, devançant des spécialistes comme Thierry Marie ou Lech Piasecki. Dès la deuxième étape, sur les pentes du Vésuve, il augmente son avance et ses adversaires commencent à prendre conscience de la performance de l’Italien. Cyrille Guimard, le directeur sportif de Fignon, s’interroge déjà sur la suite des événements : « Je le croyais trop lourd, inadapté aux courses par étapes, mais je commence à croire que je me suis lourdement trompé…« 

Une chute dans un tunnel va mettre hors-jeu Fignon qui se retirera quelques jours plus tard. Dès lors, Bugno n’a plus personne pour réellement le menacer. Le leader de l’épreuve avait remporté une victoire de prestige à Vallombrosa puis augmente son avance lors de la 9e étape contre-la-montre. Par la suite, sur les pentes du Pordoï, Bugno ouvre les 20 kilomètres d’ascension. Charly Mottet l’accompagne et remporte l’étape sans que son compagnon d’échappée ne lui demande un seul relais. Le maillot rose semble lui avoir offert la victoire. Son succès sera complété par une dernière victoire d’étape contre-la-montre. A l’issue des trois semaines de courses, son dauphin, Mottet, est à pus de 6’30 ». Le troisième à plus de 9′. En portant le maillot rose tout au long de la course, il rejoint Girardengo, Binda et Merckx.

Bugno ne veut pas s’arrêter là et voir déjà plus loin : « Si le Giro vient de m’installer dans le cœur des foules, le Tour m’aidera dans un avenir plus ou moins proche à frapper les imaginations.« 

UNE SAISON DE RÊVE

En plus du Giro, Gianni Bugno démontre l’étendue de ses talents sur tous les terrains. Son premier exploit a lieu lors de Milan-San Remo. Dès les premiers kilomètres, le peloton se coupe en deux. Plusieurs favoris sont piégés, Fignon, LeMond, Rooks, Kelly ou Rominger, l’équipier de Bugno, récent lauréat de Tirreno-Adratico. A 30 kilomètres de l’arrivée Bugno et Canzonieri s’échappent, puis le premier lâche son compagnon dans la Cippressa et résiste dans le Poggio pour s’offrir la victoire. Ce succès redonne espoir à l’Italie qui n’avait remporté aucune classique en 1989.

Vainqueur de deux étapes sur le Tour de France (dont celle de l’Alpe d’Huez) et septième à Paris, Bugno profite de l’été pour assoir sa domination sur la Coupe du Monde en remportant la Wincanton Classic et terminant 5e du GP de Zürich. Prétendant à la victoire lors du championnat du Monde, il se contentera de la médaille de bronze. Premier des favoris, il s’est laissé piéger comme tous les autres par le duo belge Dhaenens et De Wolf.
A la fin de l’année, il remporte la Coupe du Monde et est numéro un mondial au classement FICP. La saison de Bugno et de tous ses compatriotes marque le renouveau de l’Italie qui cherchait des successeurs à Moser et Saronni depuis quelques saisons. Bugno est la nouvelle idole de l’Italie même si certains lui reprochent son attitude au Pordoï.

AVANT 1990 : UN ÉTERNEL ESPOIR

Bardé de titres de champions d’Italie chez les jeunes, Gianni Bugno s’était surtout distingué sur les semi-classiques italiennes en remportant le Tour des Appenins (1986-1987-1988), la Coupe Sabatini (1987), la Coupe Agostoni (1988) ou les Trois vallées Varésines (1989). Avant de remporter Milan-San Remo, il avait donc montré de sérieuses prédispositions pour les classiques, en terminant également deuxième du Tour de Lombardie et de Gand-Wevelgem en 1989.

Sa victoire dans le Tour d’Italie est plus inattendue. Deuxième du GP de la montagne sur le Giro 1986, il avait remporté une étape du Tour de France en 1988. En 1989, il terminait 23e du Tour d’Italie (une victoire d’étape) et 11e du Tour de France. Ces performances ne confirmaient pas les espoirs qu’il avait suscité au moment de passer pro. Il était même sujet de nombreuses moqueries, notamment lorsqu’il perdit Milan-Turin dans une descente et que Francesco Moser déclara : « Avant ce jour, je n’avais jamais vu un coureur descendre aussi lentement que Gianni Bugno. » Ce dernier souffrait en fait d’un dérèglement de l’appareil auditif qu’il soigna durant l’hiver 1989 à base d’ultra-sons et de musique de Mozart. C’est à cette époque toujours, qu’il découvre certaines allergies alimentaires qui l’entraînent à ne plus manger de pâtes.

Psychologiquement, Bugno décide également de se lâcher : « Au seuil de ma cinquième année de professionnalisme, j’avais compris (…) que j’avais personnellement plus rien à perdre. A l’inverse, je risquais de gâcher ma carrière en demeurant timoré comme je l’étais. » Son attaque dans Milan-San Remo agit ainsi en déclic.

Enfin, en 1989, Bugno avait également commencé sa collaboration avec le professeur Conconi.

L’APRÈS 1990 : L’OMBRE DU DOPAGE

Jamais Bugno ne rééditera ses performances de 1990. Ambitieux, il se lance à la conquête du Tour de France mais bute sur Miguel Indurain. Il monte néanmoins sur le podium en 1991 (2e) et 1992 (3e). Ces deux années sont « sauvées » par un titre mondial à chaque fin de saison. 1993 marque le début du déclin pour l’Italien. Sur l’Amstel Gold Race, il n’arrive pas à sauver sa campagne de classiques, battu dans un sprint à deux par Rolf Jaermann. Sa victoire dans le Tour des Flandres en 1994 ne relance pas sa carrière. Il quitte cependant le monde professionnel sur un petit coup d’éclat en 1998. Il remporte une étape du Tour d’Espagne qui lui permet de participer une dernière fois au championnat du Monde.

La suite de la carrière de Bugno aura aussi été marquée par des affaires de dopage. En 1994, il est contrôlé positif à la caféine. Le comité olympique italien le menace d’une suspension de deux ans (une peine extrêmement lourde pour l’époque) ramenée à trois mois par l’UCI. En 2002, il est condamné à six mois de prison avec sursis pour achat et détention d’amphétamines, des faits datant de 1999 alors qu’il était dans l’encadrement de l’équipe Mapei. Il a également collaboré avec les sulfureux docteurs Conconi et Cecchini.

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