Le faux mythe Armstrong

De nombreuses choses ont été dites au sujet de Lance Armstrong, le recordman de victoires finales sur le Tour de France. Des informations tantôt fausses, tantôt vraies, qui ne font que renforcer la complexité de ce personnage. Malgré les choses négatives que l’on peut dire à son encontre, Lance Armstrong est un immense champion. Il s’est dopé, comme la grande majorité de ses prédécesseurs, mais le Texan se distingue par une culture du mensonge exceptionnelle et par moment aberrante. Passons au crible, les différentes idées reçues propagées par le coureur Américain et ses différents soutiens.

1. Une perte de poids importante lui a permis de remporter le Tour de France.

Le principal intéressé avance qu’il a réussi à remporter le Tour de France grâce à une perte importante de poids, d’une dizaine de kilogrammes. Comme si son témoignage ne suffisait pas, il s’appuie sur des paroles de demi-dieux pour mieux faire avaler la pilule, « Eddy Merckx m’a dit que j’avais le potentiel pour gagner le Tour de France un jour… à condition de maigrir ». Bernard Hinault surenchérit « Il a maigri de dix kilos » pour expliquer ses progrès dans les cols. En vérité, le poids d’Armstrong n’a pas évolué de ses débuts professionnels à 2005, année de son dernier sacre sur le Tour de France. Lors de sa victoire au Mondial d’Oslo en 1993, le Texan affichait 75 kg dans la balance. selon le docteur Ed Coyle Lors de trois de ses sacres (2002, 2004 et 2005), Armstrong affiche au départ 77 kg selon l’Equipe de février 2009. Aucun signe de perte de poids significative n’a été identifié tout au long de sa carrière.

2. Sa fondation caritative contre le cancer.

Le cancer de Lance Armstrong a longtemps été son alibi contre le dopage. Sa maladie a également été précieuse dans sa quête de popularité. Ainsi, Lance Armstrong est passé à l’affiche de nombreuses publicités notamment pour Nike, et se fait passer pour un bon samaritain avec sa fondation Livestrong, dont il est la figure de proue. Armstrong fait croire qu’il est généreux, il fait croire qu’il sacrifie sa fortune personnelle car il est le plus grand donateur de la fondation. A vrai dire, Lance Armstrong touche 200.000 dollars pour une heure de conférence pour sa fondation selon son agent Bill Stapelton dans Texas Monthly, une somme totalement déraisonnable quand on la compare aux autres fondations contre le cancer. Lors de sa retraite sportive, le Texan tenait une conférence par semaine. Je vous laisse faire les calculs.

3. Les fameux records d’Armstrong.

Dans son autobiographie « Il n’y pas que le vélo dans la vie », Armstrong affirme qu’il est le plus jeune champion du monde. En vérité, il est devancé par Karel Kaers et Jean-Pierre Monséré. Il serait le plus jeune vainqueur d’étape sur le Tour, mais en réalité, il n’est que le sixième. Il serait d’après lui le plus vieux vainqueur du Tour de France, mais à vrai dire, il n’est que le quatrième. Johan Bruyneel, son directeur sportif, dans son livre « We might as well win » décrivait les capacités supposées aérobiques surhumaines et hors du commun de Lance Armstrong. Sa VO2MAX s’évalue à 71,50 selon le Belge. A titre d’information, Greg LeMond, Miguel Indurain ou encore Bernard Hinault en possédaient une de plus de 90…

4. Une préparation minutieuse

Armstrong est un miracle de la nature. Un champion survivant qui puise dans les épreuves du passé pour bâtir ses succès. Le Texan s’est construit une image de forcené de l’entrainement, de véritables stakhanovistes de la petite-reine. On se rappelle des reportages sur France Télévisions, où l’on voyait l’Américain grimpeur à plusieurs reprises le même col, refaire à plusieurs reprises chaque virage important. Mais tout ceci n’était que du pipo comme le confirmait Johann Bruyneel dans l’Equipe de juillet 2007 : « On a trop fait la culture du secret. En revanche, vis-à-vis de nos adversaires, ça a marché. On a crée un mythe. On a fait qu’il était tellement plus fort, plus spécial… J’ai lu qu’il montait huit à dix fois l’Alpe d’Huez, honnêtement je ne l’ai jamais vu. Pour le chrono du Tour, il ne l’a monté qu’une fois et demie. Mais on s’arrangeait pour faire savoir autre chose. » Cette image a longtemps suivi et suit toujours l’Américain, qui s’appuie sur la méconnaissance des gens, pour envoyer du rêve.

5. Armstrong n’a jamais été contrôlé positif.

C’est l’argument de fer de Lance Armstrong. Mais rappelons que cela ne veut strictement rien dire. Marion Jones ou Ivan Basso n’ont jamais été contrôlés positifs. Ce faux argument ne tient pas, puisqu’Armstrong traine plusieurs casseroles. En 1999, il est contrôlé positif aux corticoïdes et ne doit son salut qu’à une ordonnance antidatée de son médecin, nous y reviendrons. Lors de ce même Tour, il a été contrôlé positif six ans plus tard à l’EPO. Rappelons qu’à l’époque que les systèmes de détection d’EPO étaient encore peu fiables.

Armstrong se sert de ce faux-argument pour prétexter qu’il est inattaquable. En réalité, il peut se faire attaquer. Un témoignage seul n’a pas de valeur juridique. Mais un ensemble de témoignages constitue des preuves testimoniales, comme le précisait le Docteur de Mondenard, qui le rendent donc vulnérable. Et ces témoignages se sont succédés à la vitesse de la lumière ces dernières années. Le couple Andreu a révélé que le Texan avait avoué l’usage de produits dopants peu après la découverte de son cancer. Son ancienne masseuse, Emma O’Reilly, tient des propos accablants à l’encontre de l’équipe US Postal. Stephen Swart, un ancien équipier, l’accuse d’avoir encouragé le dopage. Jonathan Vaughters a dénoncé un dopage généralisé chez l’US Postal. Jean-Emmanuel Ducoin, rédacteur en chef de l’humanité, certifiait que des poches de sang du Texan était caché dans le consulat des Etats-Unis à Bordeaux lors du Tour de France 2003. Mike Anderson, ancien assistant personnel du coureur, affirme avoir découvert des stéroïdes dans la salle de bains de l’Américain en février 2004. A tous ces témoignages, la plupart effectués sous serment, on peut ajouter les récentes attaques accablantes de Floyd Landis. Les preuves sont donc présentes pour attaquer Lance Armstrong

6. Protection de l’UCI

Pourquoi aucune sanction n’a jamais été prise à l’encontre de Lance Armstrong. Tout simplement parce qu’il a bénéficié de la bénédiction de l’UCI pour l’ensemble de ses actes. Commençons par le Tour de France 1999. L’Américain est contrôlé positif aux corticoïdes, un produit interdit. Il est sauvé in extremis par un certificat médical antidaté de son médecin, qui l’a permis de le blanchir. Pourtant sur le procès-verbal de la visite médicale établi avant le départ du Tour, il est inscrit « néant » dans la colonne « médicaments pris ». L’article 43 de l’UCI est violé. Lance Armstrong aurait du être suspendu du Tour de France 1999. Mais il se murmurait que 500.000 dollars avaient été versés à l’UCI pour faire taire les évidences, selon un ancien membre de l’encadrement de l’US Postal.

Un an plus tard, toujours sur le Tour de France, des produits médicaux sont découverts dans les poubelles de l’US Postal. Devinez ce que veut faire l’UCI ? La haute instance du cyclisme annonce qu’elle veut récupérer ses produits pour … les détruire.

Que pensez aussi des autres versements de Lance Armstrong à l’UCI ? 25.000 dollars en 2001, 100.000 dollars en 2005. Quand on demande le motif au Texan, il répond de manière totalement ironique : « je le fais pour combattre le dopage ». Ainsi, il n’est pas étonnant d’entendre Floyd Landis annonçait que le premier versement a servi à étouffer un contrôle positif d’Armstrong sur un Tour de Suisse. Il n’est pas plus surprenant que l’UCI ait défendu à corps et âmes son héros lors de l’annonce en 2005 de ses échantillons d’urines positifs à l’EPO sur le Tour 1999. Hein Verbruggen s’était opposé catégoriquement à une enquête, voyant cette annonce comme une attaque lâche de la part des Français, « C’est une affaire qui sort de France et ce n’est pas par hasard. »

Pour son retour à la compétition, l’UCI ne s’est nullement offusquée au retour de l’Américain qui se devait de justifier la sombre affaire de 1999. Le Texan ne l’a jamais fait, l’UCI a été loin de lui en tenir rigueur, son préside Pat McQuaid en premier « le retour de Lance Armstrong est une bonne chose pour le Tour de France et le cyclisme en général. C’est un grand champion et le meilleur ambassadeur du sport cycliste. C’est un héros sportif ». Rien que ça. Notons que le retour de l’Américain n’a pas été fait dans les règles car un coureur doit se soumette au passeport biologique pendant six mois avant de pouvoir courir. Armstrong a informé à l’UCI son intention de retour le 1er aout 2008. Il n’était donc seulement éligible seulement pour le 1er février 2009. Pourtant durant le mois de janvier 2009, Lance Armstrong a pu faire son retour et sa promotion sur le Tour Down Under, qui a connu un franc succès.

7. Menaces

« Quand je pense à Armstrong, et à l’empreinte qu’il laissera au cyclisme, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est cette agressivité… » Paul Kimmage.

Pour justifier les propos de cet ancien coureur, l’un des premiers à avoir dénoncé l’étendue du dopage dans le cyclisme, de multiples exemples reviennent faire surface. A Christophe Bassons, apôtre de la lutte antidopage, Lance Armstrong exprimait toute sa colère à son encontre sur le Tour de France 1999, « rentre chez toi et trouve un autre métier ». Le Français a finalement craqué face à l’omerta. Menaces et harcèlements, tels sont les marques de fabrique d’Armstrong. Harcèlement moral à l’encontre d’Emma O’Reilly, son ancienne masseuse. Menaces non dissimulées envers son ancien docteur, Prentice Steffen, au courant de ses pratiques. Harcèlement téléphonique pour faire craquer le couple Andreu. Le cas le plus révoltant se trouve être celui de Greg LeMond, qui avait émis des doutes sur son compatriote lors de l’annonce de sa collaboration avec le docteur Ferrari. Immédiatement, le triple vainqueur du Tour a été évincé de la firme Trek, avant de voir sa famille menacée. Quelques années plus tard, le clan Armstrong révèle en public des événements sombres de la jeunesse de Greg LeMond, victime d’attouchements sexuels lors de son enfance.

Filippo Simeoni subira des pressions aussi intenses. Le Texan s’est littéralement acharné sur l’Italien, l’empêchant de prendre une échappée victorieuse lors de la 18éme étape du Tour de France 2004. « Je te détruirai, j’ai cent fois plus d’argent que toi, tu ne pourras pas te défendre judiciairement » tels étaient les mots de l’Américain. Finalement, l’histoire se réglera à l’amiable pour faire taire les vérités, 100.000 dollars en échange du silence. Le porte-monnaie de l’Américain lui a été d’une grande utilité face à toutes ces affaires menées à son encontre. Armstrong offrira 20.000 dollars pour faire taire des propos compromettants de Greg Strock, un de ses anciens équipiers dans les équipes amateurs. Un « don » de 1,5 million de dollars avait été effectué au Docteur Einhom qui l’avait soigné en 1996 et recueilli certains de ses aveux. Deux jours avant cette transaction, Frankie Andreu avait relaté ces mêmes aveux dans le cadre du procès face à la SCA Promotions. La compagnie d’assurance avait attaqué l’Américain pour escroquerie, elle avait refusé de payer les cinq millions de dollars prévus dans le contrat initial en 2001, pour une sixième victoire historique sur le Tour de France.

8. Des fervents soutiens

Ce qui est aussi frappant autour de Lance Armstrong, c’est le soutien indéfectible qu’il bénéfice de la part des médias et d’autres personnalités, alors que dans le même temps ces derniers font la chasse aux sorcières, se déclarant être contre le dopage. « On lui dresse carrément le tapis rouge ! » s’exclamait le Docteur de Mondenard pour son retour au premier plan en 2009. Armstrong a donc pu revenir sur le Tour de France 2009 comme si rien ne s’était passé, sans avoir donné la moindre explication sur les événements de 1999. D’ailleurs, certains champions historiques de la petite-reine s’étaient mis du côté du Texan en 2005. Florilège :

Laurent Fignon : « Cette histoire est trop vieille. 1999 ? J’en ai rien à foutre. Ca va servir à quoi ? »

Eddy Merckx, l’homme qui a présenté Armstrong au docteur Ferrari : « C’est du journalisme à sensation. Armstrong m’a toujours affirmé ne jamais s’être dopé. Entre (ce qu’écrit) un journaliste et la parole de Lance, je fais confiance à Armstrong. »

Jean-René Godart : « J’ai été très peiné de voir qu’on a voulu l’incriminer de tricherie de dopage, six ans après. C’est honteux alors qu’il n’a jamais été contrôlé positif, jamais, jamais, jamais. »

Enrico Caprani, porte parole de l’UCI : « Il est vrai que peut-être dans quelques années ce test sera approuvé, mais on ne pourra pas changer en 2001 les résultats du Tour 2000 ».

Conclusion

Au final, que peut-on dire ? Lance Armstrong est un champion, il n’y a rien à redire sur cette affirmation. Il a remporté sept Tours de France, il a effectué un come-back sportivement exceptionnel en 2009, qui mérite le respect et l’admiration. Mais ce qui est insupportable, ce n’est pas son dopage, c’est son mythe et sa légende qui ont seulement été bâtis sur des mensonges, sur la violence. Non, Armstrong n’a pas gagné le Tour de France en perdant du poids. Non, Armstrong n’est pas ce grand samaritain, il se sert de Livestrong pour tirer des bénéfices personnels. Non, il n’a pas révolutionné l’approche du Tour de France. Non, il ne détient pas tous les records qu’il prétend détenir.  Oui, Armstrong est passible de sanctions pour l’ensemble de son œuvre, mais l’UCI n’a jamais levé son petit doigt contre son champion. C’est dans ce sens que Lance Armstrong a dupé le monde du cyclisme

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2 commentaires pour Le faux mythe Armstrong

  1. clash dit :

    Bravo et merci pour cette appréciable mise au point ! J’y ai retrouvé toutes les bases de l’article que je brûle d’écrire lorsqu’enfin Armstrong tombera. J’ignore si ce jour est proche vu les soutiens dont il dispose (jusqu’au niveau politique aux USA), mais j’y crois encore… un peu.

  2. Greg 86 89 90 dit :

    Ce qui est sûr et certains c’est que Mac Quaid et Verbruggen connaissaient le dopage d’Armstrong en 1999, L’UCI a validé les documents qui ont servis à l’Enquête de l’Equipe pour prouver le dopage d’Armstrong en 1999 avec ses 6 échantillons positifs à l’EPO :

    http://www.uci.ch/Modules/ENews/ENewsDetails.asp?source=SiteSearch&id=NDU4Mg&MenuId=15217&CharValList=628%3B611%3B&CharTextList=&CharFromList=&CharToList=&txtSiteSearch=&SelChar214=628&SelChar208=611&LangId=2

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