Les problèmes de la lutte antidopage

Dernier pavé sur ma position sur le dopage. Après avoir étudié rapidement les problèmes sur la définition du dopage et toute l’hypocrisie à son sujet, il est temps de faire un point sur cette lutte antidopage à l’heure actuelle. Pour cela, mon article va principalement porter sur  la lettre anonyme écrite par un coureur majeur à l’occasion des championnats du monde de Melbourne.

Le problème du passeport biologique

L’anonyme s’en prend plus particulièrement au passeport biologique. « Une sorte de terrorisme a obligé les équipes pro à financer le passeport biologique. On en a profité pour envahir notre intimité sans nous donner le droit de nous exprimer. Ils ont oublié que nous sommes des hommes. » Il rappelle plus tard que les équipes dépensent 5 millions d’euros pour ce passeport, un véritable racket en règle : « Les équipes pro dépensent plus de 5 millions d’euros pour le passeport. Pourtant, les contrôles ne sont pas si chers. Où va le reste ? Le panel d’experts a l’obligation de sortir des noms, peu importe comment et quand, afin de prouver que le passeport fonctionne. L’UCI a besoin de sortir des noms chaque année. Sinon, elle n’aura pas l’argent. C’est une honte. »

L’UCI a besoin de noms pour garder la crédibilité dans sa semi lutte antidopage. Les contrôles sont loin d’être infaillibles, mais le passé a montré qu’ils étaient suffisamment efficaces pour faire tomber les noms dérangeants. Riccardo Ricco, Leonardo Piepoli, Bernhard Kohl, Stefan Schumacher ou encore Thomas Dekker n’ont pas mis longtemps avant d’être exclus par la patrouille. L’éviction de ses coureurs embarrassants a permis au cyclisme de garantir la fiabilité de sa lutte antidopage notamment grâce à l’AFLD mais l’UCI n’a pas voulu aller plus loin pour pouvoir faire le grand ménage tant espéré., en refusant de soutenir la lutte entamée par les laboratoires Français Rappelons que plus d’une trentaine de cas suspects ont été détectés lors de ce fameux Tour de France 2008. La lutte ne se fait qu’à moitié du côté de l’UCI, un trop grand nombre de coureurs exclus et suspendus affecterait de manière bien trop importante ses intérêts économiques. « L’UCI est dans une politique de quasi-tolérance du dopage » affirmait même Daniel Delegove. En effet, nous pouvons nous demander pourquoi l’UCI a refusé d’appuyer l’AFLD pour la ré-analyse des échantillons des différentes épreuves de la saison 2008…

Le cas Pellizotti : complot ?

L’anonyme revient au passeport biologique dont il doute de la fiabilité, « Je suis capable de voir mes valeurs sur le système de contrôle ADAMS. Mais je n’ai aucune garantie qu’ils soient réels. Ils pourraient facilement être manipulés. » et mettant en avant les incohérences du système actuel « Des coureurs sont placés sur une liste noire et doivent donner des explications à un panel d’experts. Mais comment le font-ils ? Il existe trop d’incohérences. Par exemple, tous les résultats prélevés cette année à Paris-Nice étaient plus élevés que la normale. Tous. Pour tout le monde. » Un abus d’autoritarisme peut alors exister et pour illustrer ce propos nous pouvons nous appuyer sur l’exemple de l’Italien Franco Pellizotti, interdit de départ du Tour d’Italie dont il était un des grands outsiders. Pour rappel, seules deux de ses valeurs sanguines ont été jugées anormales par seulement trois des neuf experts du conseil médical de l’UCI. Depuis, le cas de l’ancien leader de la Liquigas ne cesse d’être ajourné par les hautes instances et depuis plus de cinq mois, il attend son jugement. Le problème du passeport biologique, c’est que l’UCI rapporte souvent des faits qui datent depuis huit, neuf ou dix mois voir plus. Pour Pellizotti, l’affaire est tombée début mai 2010 alors que les valeurs anormales datent de juillet 2009… Dès lors, comment le coureur peut se souvenir des circonstances exactes à l’époque des faits ? Comment peut-il prouver son innocence ? L’anonyme de Melbourne renchérit  « Personne n’a jamais été capable de prouver son innocence. »

L’hypothèse d’un complot a été soulevée par son équipe. A ce sujet, rappelons les positions du grand patron de l’UCI, Pat McQuaid : « Il existe aujourd’hui un schisme entre deux cultures. La culture anglo-saxonne et ce que j’appellerais la culture mafieuse de l’Europe occidentale (Belgique, France, Italie, Espagne, ndlr). Cette culture de l’Europe occidentale, d’une certaine manière, je ne dirais pas qu’elle excuse le dopage mais par la façon qu’ils ont d’aborder la vie, ils acceptent certaines pratiques. La culture anglo-saxonne fonctionne totalement à l’inverse. » Le président de l’UCI a déjà choisi son camp, ainsi il n’était pas étonnant de le voir accorder son soutien total envers Bradley Wiggins dont sa subite progression était sujette à de nombreuses réflexions. Apparemment, Pat McQuaid est au courant à l’avance du résultat des contrôles antidopage. Il n’est pas plus étonnant de constater que la grande majorité des cas de dopage révélés par l’UCI concerne justement ces coureurs issus d’une « culture mafieuse » …

Un milieu de recyclage

Le dopage a toujours eu une longueur d’avance sur l’antidopage. Combien d’années ont-ils fallu pour enfin détecter l’EPO ? Comment de décennies pour enfin détecter les corticoïdes ? Don Catlin, spécialiste Américain de la lutte antidopage, fait part de son opinion sur la question et il admet que la traque des tricheurs est loin d’être gagnée, « chaque fois que l’on dépistera le dernier produit dopant, ce sera pour s’apercevoir qu’un autre à pris la relève ». Ainsi va le cyclisme et le sport en général. Le docteur de Mondenard affirmait par ailleurs qu’il existait encore une vingtaine de produits dopants encore indétectables. La lutte semble loin d’être gagnée contrairement à ce que nous font penser les différents apôtres de la bienfaisance.

Quoi qu’on en dise, le cyclisme est toujours ancré dans cette culture du dopage. Comment le cyclisme pourrait-il faire une révolution culturelle alors que ce sport est un milieu recyclé et imprégné de dopage. Les champions sont dopés. La plupart des directeurs sportifs l’étaient. Personne ne s’indigne de la présence de Bjarne Riis à la tête de l’équipe Saxo Bank et d’Andy Schleck. Kim Andersen, contrôlé sept fois positif lors de toute sa carrière, peut tranquillement exercer ses fonctions au sein des plus grandes équipes de la planète. Les exemples de ce genre affluent. La lutte antidopage semble être vue d’un mauvais œil par de nombreuses personnes, les anciens champions ne s’en cachent d’ailleurs. Francesco Moser affirme que le cyclisme propre est une illusion. Des champions comme Bernard Hinault ou Eddy Merckx affirment ouvertement leur soutien contestable envers Lance Armstrong. Le cyclisme est dans un cercle vicieux. Le vélo est un sport intoxiqué par le dopage, il ne sera jamais totalement éradiqué comme le dit  le fameux Pierre Chany « Si vous ne voulez plus de dopage, supprimez la compétition ».

Le problème de la lutte antidopage actuelle, c’est qu’elle est dirigée par l’UCI et par des personnes trop concernées par tous les intérêts économiques autour du cyclisme. L’UCI  n’est guère intéressée par le cyclisme et ses traditions, cette haute instance est uniquement intéressée par l’argent. Ainsi, de nombreuses épreuves historiques sont en train de disparaitre ou d’être dévaluées par d’autres épreuves nouvelles, « pompes à frics ». Dans cette même logique économique, l’UCI ne peut pas se permettre de dévoiler trop de cas de dopage, la crédibilité du sport cycliste serait alors bien trop entachée et son objectif de mondialisation compromis. Combien de noms auraient pu tomber si l’AFLD avait eu les mains libres pour re-tester les échantillons du Giro et de la Vuelta 2008 ? L’UCI ne pouvait pas se permettre un tel scandale, elle l’a évité en refusant l’aide de l’AFLD, l’UCI est le cancer du cyclisme car elle n’effectue qu’une semi lutte antidopage. Pour que cette dernière soit efficace, elle doit être confiée à des organismes moins préoccupés par les différents intérêts financiers, par des organismes neutres et qui ne sont pas liés directement au cyclisme. Mais tant que l’UCI restera aux commandes du sport cyclisme, nous assisterons chaque année au même cirque programmé.

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