Enquête sur 36 histoires du Tour de France

Dans un ouvrage de 300 pages, le docteur Jean-Pierre de Mondenard s’attaque au mythe préfabriqué du Tour de France. Connu pour ses positions radicalement antidopage, il évoque dans son livre, sans langue de bois, les faux mythes de la Grande Boucle. Comme il l’écrivait à la fin de son œuvre, il lance de nombreuses piques aux pseudo-exports du Tour de France qui s’autoproclament spécialistes de cyclisme. Le Docteur de Mondenard ne va pas se faire que des amis. Ils égratignent ouvertement certaines légendes comme Pierre Chany, Jacques Augendre ou encore des pseudos-journalistes comme Gérard Holtz.

Son ouvrage révèle de nombreuses vérités cachées. Ainsi, on apprend que les vélos du début du 20éme siècle pesait 11 à 13 kg, pas 25 comme le prétendaient certains experts. Le premier col escaladé par le Tour de France n’est pas le Ballon d’Alsace (1 178m) mais le Grand Bois (1 161m) en 1903. Eugène Christophe n’est pas celui qui a porté le premier maillot rose, il s’agit sans doute de Philippe Thys. Le premier prix récompensant les grimpeurs n’a pas commencé en 1933, mais en 1908 avec le premier prix des côtes. Mieux encore, l’expression « forçats de la route » n’a pas été inventée par Albert Londres, car il ne l’a jamais utilisé dans son article. C’est Maurice Genin, en 1908, qui était le précurseur. On y apprend que Tom Simpson n’est pas le premier coureur décédé sur le Tour…

Certains points restent cependant imprécis dans ce livre. Le docteur de Mondenard ne tient pas la vérité absolue. Il nous présente Charly Gaul, comme un coureur obsédé uniquement par le Tour de France. C’est faux, de 1956 à 1961, il a participé au Giro en terminant au pire à la 4éme place (en 1957 et 1961). Il a remporté deux fois le Tour d’Italie et a terminé à deux reprises troisièmes. Pour un coureur qui ne fait que le Tour de France. L’auteur nous ressort la même rengaine à propos de Lucien Van Impe lors de son Tour de France victorieux. Le Belge avait pourtant terminé second du Midi Libre et avait gagné le maillot du meilleur grimpeur sur le Dauphiné. Le docteur remet en cause le terme d’éternel second qui qualifie Poulidor en mettant en avant des statistiques. Poulidor est le 17éme cycliste de l’histoire qui a le plus gagné. Mais il omet que ce ne sont pas seulement les statistiques qui lui ont valu ce surnom, mais son accumulation de manque de réussite sur la Grande Boucle : quatorze participations, aucun maillot jaune. Autre défaut, le docteur affirme que Greg LeMond est le premier coureur à avoir utilisé le guidon triathlète. C’est faux, il s’agit d’un autre Américain, Ron Kiefel qui l’a utilisé avec succès lors du Tour de Trump quelques semaines auparavant.

Un dernier point sur lequel je ne suis pas du tout l’auteur. Sa défense acharnée de Roger Walkowiak. Selon le docteur, il a été un vainqueur de grande classe. Pour le montrer, il s’appuie sur les propos peu objectifs de son directeur sportif. Il met en valeur sa deuxième place sur le Dauphiné Libéré. L’auteur précise que le vainqueur de ce Dauphiné était Louison Bobet mais il ne précise pas que le troisième de l’épreuve était un dénommé Marcel De Mulder, loin d’être une grande référence. Des coureurs comme Nello Lauredi ou Jean Dotto ont bien remporté cette épreuve, sans pour autant avoir été en mesure de jouer un rôle aussi important. L’auteur avance que Walko a devancé trois anciens vainqueurs du Tour. Mais il omet de préciser que Bahamontes ne venait pas pour gagner le général, il ne précise pas que Gaul et Nencini sont arrivés sur le Tour de France exténués par le Tour d’Italie ultra éprouvants. De Mondenard met l’accent sur la 24éme place du dernier chrono du Tour, « épreuve de vérité », précisant que cette contre-performance était dû à une trop grosse débauche d’efforts la veille. Mais une des qualités essentielles d’un « coureur de grande classe » sur le Tour n’est-il pas de pouvoir récupérer de ses efforts au mieux entre chaque étape ? Pour finir, point le plus grotesque de l’argumentation de l’auteur, qui nous avance la vitesse élevée de l’épreuve et le faible nombre d’abandons comme un élément prouvant la qualité des participants. Ces chiffres n’ont-ils pas pour origine la difficulté moindre du parcours, avec la traversée des Pyrénées escamotée, par rapport aux années précédentes ?

Ce qui peut paraitre agaçant dans ce livre, c’est qu’on a l’impression que l’auteur cherche plutôt à écorcher les réputations de certains grands noms du cyclisme, plutôt que de nous informer. Certains arguments du docteur manquent de pertinence. Sa volonté d’avoir raison est absolue. Ainsi, pour se donner raison, on peut le voir citer un journaliste fameux pour confirmer la véracité de ses propos. Puis ensuite dix pages plus loin, il va se mettre à déglinguer. Ce livre n’en reste pas moins intéressant, à conseiller à tous les fans de scandales ou de dopage.

Type : Controverse
Contenu : la « vérité » sur le Tour de France
Public visé : spécialisé, amateur de scandales et dopage.
Note : 8,5/10
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Un commentaire pour Enquête sur 36 histoires du Tour de France

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