Définition du dopage : le flou

Qu’est-ce que le dopage ? La première définition légale du dopage en France date de 1965 sous l’impulsion du docteur Dumas. Est considéré comme dopé : « Quiconque aura en vue ou au cours d’une compétition sportive, utilisé sciemment l’une des substances déterminées par le règlement d’administration publique, qui sont destinées à accroître artificiellement et passagèrement ses possibilités physiques et sont susceptibles de nuire à sa santé ». Nous nous heurtons à une première ambigüité. Comment déterminer avec pertinence cette liste de produits interdits ? Comment délimiter cette frontière entre ce qui est autorisé et interdit ?

Les différents cas de dopage ces derniers jours ont de nouveau montré l’incohérence à propos de cette liste de substances interdites. Le clenbutérol fait aujourd’hui beaucoup de bruits. Quelle est sa principale fonction ? Brûler les graisses et augmenter la masse musculaire. D’un autre côté, la créatine est un produit autorisé. Il est considéré comme un complément nutritionnel, ingurgiter vingt grammes de créatine revient à avaler quatre kilos de viande rouge, la créatine rend possible l’augmentation de la masse musculaire. La créatine permet donc  une augmentation artificielle importante de la performance physique en effort anaérobie. Pourtant l’un des produits est autorisé, l’autre non. Mais quelle est la véritable différence en matière de performance des deux produits ? L’incompréhension est d’autant plus grande que les très faibles concentrations de clenbutérol retrouvées dans les urines de Contador, mais également de Fuyu Li quelques mois plus tôt, peuvent être liées à une contamination alimentaire. L’Italien Alessandro Colo avait d’ailleurs vu sa peine réduite d’une année pour avoir prouvé que son contrôle positif avait été du à une contamination alimentaire.

Nous pouvons trouver d’autres exemples concrets autour de l’EPO. De nombreux substituts ou produits complémentaires de cette dernière sont autorisés par le code mondiale de l’antidopage. On peut commencer par citer les caissons d’hyperbare. Ils permettent de reproduire les effets de l’altitude, pouvant parfois la faire varier jusqu’à dix mille mètres d’altitude. Ces caissons permettent de produire les mêmes effets que l’EPO : augmenter le volume de globules rouges dans le sang, de manière tout à fait artificielle. Pourtant, l’UCI ne les a pas interdit et des cyclistes célèbres comme Frank Schleck, Lance Armstrong ou encore Christophe Bassons, apôtre de la lutte antidopage, en ont été de fervents utilisateurs. Autre produit que l’on peut associer à l’EPO : l’Hydroxyéthylamidon (HES) qui défraie la chronique avec les contrôles positifs d’Ezequiel Mosquera (second de la dernière Vuelta), Oscar Sevilla (ancien second de la Vuelta) et David Garcia (équipier de Mosquera). Là encore, l’incohérence règne autour de ce produit dans les instances antidopage. Quelques semaines auparavant, Oscar Sevilla a été suspendu pour un contrôle positif à ce produit. Par la suite, c’est Mosquera et son équipier, qui sont pris la main dans le sac par cette substance. Nous apprenons quelques heures après avec étonnement que ce produit est autorisé par l’UCI. Ainsi, Sevilla voit sa suspension levée et Mosquera ressort indemne de cette affaire. Incompréhensible, c’est bien le mot pour décrire cette imbroglio. Rappelons que l’HES peut-être utilisé comme un complément à l’EPO, il a pour effet de le masquer et de faire descendre le taux d’hématocrite…

Le dernier exemple de produit que je veux soulever, pour démontrer cette liste d’incohérence sans fin du code mondial de l’antidopage, est le suivant : la cocaïne. C’est un anesthésique beaucoup utilisé à la fin du 19éme siècle et au début du 20éme dans les courses sur piste de longue haleine, comme les Six-Jours ou le Bol d’Or. Il a également été prisé par de nombreux routiers lors des prochaines décennies car il permettait de repousser la fatigue ou de développer un sentiment d’invulnérabilité. La cocaïne est un des produits phares que l’on retrouve dans le pot belge. Pourtant malgré toutes ses vertus, la cocaïne n’est pas présente dans la liste des substances prohibées. C’est ainsi que Tom Boonen, malgré trois contrôles positifs à cette substance peut toujours courir, sans avoir écopé de suspension de la part de l’UCI. Pour revenir à la clenbutérol, Fuyu Li contrôlé positif à la même substance, avec les mêmes quantités que le triple vainqueur du Tour, a été suspendu deux ans. De son côté, Alberto Contador pourrait s’en sortir. Son compatriote Ezequiel Mosquera ainsi que ses compères hispaniques sont autorisés à courir de nouveau.

Incohérence quand tu nous tiens.

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2 commentaires pour Définition du dopage : le flou

  1. Ping : Les problèmes de la lutte antidopage | Histoire et Légende du cyclisme

  2. Bernard Bachelart dit :

    Ces « incohérences » sont en réalité au moins partiellement logiques. Le Clenbutérol agit comme une hormone et n’est pas équivalente à une protéine comme la créatine.
    En quoi passer dans une tente à hypoxie (et non pas caisson hyperbare, qui aurait plutôt l’effet inverse) est-il fondamentalement différent d’un séjour en altitude?
    La consommation de cocaïne en dehors des compétitions, ce qui fut le cas de Tom Boonen, n’a aucun effet sur les performances lors des compétitions.

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