Jalabert, numéro un mondial

Jalabert, le puncheur

La chute de Laurent Jalabert à Armentières sur le Tour de France 1994 est le premier tournant d’envergure dans la carrière du champion Français. Cet accident changera radicalement le coureur. Dès le début de la saison 1995, le Mazamétain remporte Paris-Nice puis dans la foulée Milan-San Remo succédant ainsi au palmarès Français de l’épreuve un certain Laurent Fignon. Vainqueur de la première grande classique de la saison, Jaja s’est imposé en puncheur, survivant à l’accélération foudroyante de Maurizio Fondriest au sommet du Poggio avant de le déposer au sprint. Le Français continue sur sa lancée, il remporte quelques jours plus tard le Critérium International, puis se classe second du Tour du Pays Basque. Plus puncheur que jamais, il remporte la Flèche Wallonne la même saison, une performance qu’il rééditera en 1997. Triomphant au sommet du Mur de Huy, Jalabert a connu moins de réussite dans l’autre classique Ardennaise du calendrier. Le Suisse Mauro Gianetti aura été le premier coureur à avoir brisé les rêves d’un doublé Ardennais au Mazamétain. Mais sa véritable bête noire reste Michele Bartoli. C’est l’Italien qui anéantira les plus belles chances de victoires de Français. En 1997, le Toscan réussit à se jouer de la présence de deux hommes de la formation ONCE. Remarquable de lucidité, Bartoli achève son succès dans la côte d’Ans. Jalabert prendra sa revanche quelques mois plus tard sur le Tour de Lombardie, dominant son rival dans son domaine de prédilection, chose rare. L’année suivante, malgré tout, le scénario se répète sur Liège-Bastogne-Liège. Cette fois, le puncheur Transalpin avait fait la différence en partant en solitaire à une trentaine de kilomètres de l’arrivée.

L’homme des grands tours

En 1995, Laurent Jalabert s’affirme comme un coureur de courses par étapes de trois semaines. Il termine à une intéressante sixième place sur le Tour de France après un exploit titanesque lors de l’étape de Mende. Impuissant face à Miguel Indurain, il sera néanmoins intouchable sur le Tour d’Espagne. A la manière d’un Cannibale, il remporte les trois classements les plus importants de l’épreuve ainsi que cinq étapes. Ultra dominateur, il signait un exploit Merckxien dans l’étape entre Salamanque et Avila, repoussant ses adversaires à près de cinq minutes après un raid de 80 kilomètres. Il allait confirmait son statut de patron lors de l’étape de la Sierra Nevada. Harcelé par ses adversaires, le Français parvient tout de même à s’enfuir seul dans les derniers lacets de l’ascension. A une centaine de mètres de la ligne, il reprend l’Allemand Bert Dietz, mais le laisse franchir la ligne en premier. Le geste d’un grand seigneur.

Ses performances dans les Grands Tours 1995 ne seront plus jamais égalées, malgré sa volonté d’inscrire le nom au palmarès de la Grande Boucle. La pression était certainement trop forte pour ce coureur qui ne retrouvera plus jamais l’état de grâce de sa saison de gloire. Ses nombreux échecs sur le Tour de France sont nombreux et retentissants. En 1996, il est en perdition dès les premières difficultés dans l’étape des Arcs et abandonne. Anonyme quarante troisième l’année suivante, son rêve prend des tournures de calvaire dès le Col du Tourmalet. Quand il retente sa chance en 1998, c’est fort de trois victoires d’étapes sur le Tour de Suisse et d’un succès prestigieux sur la Classique des Alpes et fièrement vêtu du maillot de champion de France acquis à Charade. Troisième du général à la sortie des Pyrénées, le podium semblait à sa portée. Mais ce Tour qui se dispute dans un parfum de scandale aura raison des nerfs du Mazamétain. Il abandonne lors de la 17éme étape en signe de protestation envers les patrons de la Grande Boucle « Les organisations sont des néo-nazis ». Cet épisode laissera des séquelles entre sa relation et celle avec le Tour de France ou plutôt ses organisateurs. Absent en 1999, son histoire reprendra l’année suivante, une participation ponctuée par le port du maillot jaune pendant deux journées. Lors de la sixième étape, il est attaqué lors d’une pause pipi. Sous les ordres de Manolo Sainz, l’équipe ONCE ne défend pas le maillot jaune pour des raisons peu valables. Frustré, Jalabert s’en prend à son directeur sportif. Le divorce est consommé, Jalabert quittera l’équipe qui l’a vu se transformer en grand champion.

Quant à l’autre Grand Tour restant, le Tour d’Italie, avec seulement deux participations, dont une prématurée en début de carrière, Jalabert n’aurait pas eu beaucoup d’occasions de briller sur cette épreuve. Cependant lors de sa participation en 1999, il remporte trois victoires d’étapes ainsi que le classement par points, rejoignant ainsi Eddy Merckx et Djamoldine Abdoujaparov parmi les coureurs ayant remporté le classement par points des trois grands tours. Incapable de jouer les premiers rôles contre la horde des grimpeurs Italiens menait par Marco Pantani, le Français se classera au final à une honorable 4éme place.

Numéro un mondial

Malgré l’absence de succès de prestige après 1995 dans les Grands Tours, Laurent Jalabert a tout de même dominé outrageusement le classement UCI dans la deuxième partie des années 1990. Numéro un mondial en 1995, 1996, 1997 et 1999, le Mazamétain a su profiter de ses nombreuses qualités pour accrocher ce titre honorifique récompensant tous ses efforts de la saison. Régulièrement aux avant-postes dans les classiques, malgré quelques manques à son palmarès, Laurent Jalabert a également brillé à de nombreuses reprises dans les courses par étapes d’une semaine de type moyenne montagne. Ainsi, il remporte à trois reprises la Course au Soleil de 1995 à 1997, il ne doit céder sa couronne qu’en 1998, déchu par le talentueux Frank Vandenbroucke. Le Panda a également été victorieux sur les routes de Romandie ou du Pays Basque, mais il n’a plus jamais réussi à passer le cap de la haute montagne avec autant d’aisance qu’en 1995. Pour compléter sa palette de coureur complet, signalons qu’il est devenu champion du monde de l’exercice chronométré en 1997 à San Sebastian devant son public, dans un duel à distance colossal face à l’Ukrainien Serguei Honchar. Malgré de nombreux succès et une régularité irréprochable durant ses années de règne, Laurent Jalabert n’a jamais eu une grande popularité en France. Ainsi en 2001, lors son passage dans l’équipe CSC Tiscali, le Mazamétain allait entamer la reconquête de l’hexagone.

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