Anquetil et le Tour

Premier vainqueur du Tour de France à cinq reprises, Jacques Anquetil s’est aligné huit fois au départ de la Grande Boucle avec souvent des succès qui alimentaient la controverse. Ses différentes confrontations avec son grand rival de l’époque Raymond Poulidor susciteront la passion des spectateurs Français et renforceront la légende de Maitre Jacques.

Le Normand n’a que 23 ans lorsqu’il s’aligne pour la première fois sur le Tour de France. Ses qualités de rouleurs ne sont désormais plus à prouver après quatre succès consécutifs sur le Grand Prix des Nations. Le doute subsiste cependant sur ses aptitudes à bien figurer au classement général et envahit une équipe de France privée de ses deux grands leaders Louison Bobet et Raphaël Geminiani. Mais les Français vont pourtant totalement survoler l’épreuve, en faveur d’une tactique reposant sur l’attaque à outrance, remportant ainsi treize étapes et éliminant les plus dangereux grimpeurs au classement général, comme Bahamontes et Gaul, dès les étapes de plaine. Jacques Anquetil prend le maillot jaune à l’issue de la dixième étape pour ne plus le rendre. Le Normand remporte cinq étapes et survole les différents exercices solitaires. En montagne, il se contente de limiter les dégâts avec réussite. Malgré une légère défaillance dans l’Aubisque, il possède à Paris près de quinze minutes d’avance sur son second.

Contesté et impopulaire

L’année qui suit son premier sacre, le Normand retrouve Louison Bobet dans son équipe et un Raphaël Geminiani revanchard au sein de l’équipe Centre Midi, après son éviction de l’équipe de France. La cohabitation et les tensions sont difficiles à supporter et de son propre aveu, Anquetil passe une des périodes les plus difficiles de sa carrière. Constamment harcelé par ses adversaires mais aussi dans sa propre équipe, chaque étape devient pour lui usante moralement et physiquement. Il s’écroule en fin de Tour dans le col de Porte puis le lendemain, Anquetil chute dans le col de la Faucille et crache du sang. Exténué et victime d’une combustion pulmonaire, il se retire lors de la 23éme étape alors qu’il pointait en sixième position au général.

Le Normand espère donc se reprendre en 1959, mais encore une fois, les rivalités dans l’équipe de France prennent le dessus sur le côté sportif. Les fortes personnalités que sont Bobet, Anquetil et Rivière n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente. Non seulement, ils se neutralisent mais ils en profitent également pour enterrer sans gêne les ambitions de victoire d’un autre Français, Henry Anglade (Centre Midi) au profit de l’Espagnol Federico Bahamontes. Ecœurés, le public du Parc des Princes accueille l’équipe de France avec un bronca mémorable. Voici le début de la longue impopularité de Jacques Anquetil.

Dès l’année suivante, il fait une croix sur le Tour de France, il préfère s’aligner sur l’épreuve de trois semaines Italiennes, qu’il remporte, devenant le premier Français vainqueur du Giro. Anquetil absent du Tour de France 1960, c’est donc Roger Rivière qui emmène l’équipe de France. Grand favori, sa chute dans la descente du col de Perjuret mettra à terme définitivement sa prometteuse carrière. La dramatique fin du recordman de l’heure permettra à Anquetil d’effectuer un retour en grâce en 1961. Porteur du maillot jaune du premier au dernier jour, il est pourtant sifflé lors du dernier jour au Parc des Princes. Vainqueur dans aucune des étapes en ligne, le public et l’organisation lui reprochent d’avoir manqué de panache et d’avoir tué la course. Le Normand ne le montre pas, mais il est  profondément meurtri.

Et voici Poulidor

Sa rancœur et la barrière qui le séparent du public s’amplifieront encore en 1962, année marquée par le retour des équipes de marques. Ils croisent directement pour la première fois sur le Grande Boucle le regard de Raymond Poulidor. Le Tour de France 1962 sera difficile pour le Normand. Contesté dans sa propre équipe, il ne possède pas le statut de leader absolu en raison de la présence de Rudy Altig, récent vainqueur de la Vuelta, mais aussi pour son état de forme jugé incertain. Son équipe semble lui tourner le dos, Raphaël Geminiani, son directeur sportif en premier. Il parvient néanmoins à rétablir la situation à la faveur des exercices solitaires, sans briller en montagne où Poulidor signe ses premiers exploits. A Paris, les sifflets le toucheront de nouveau malgré un troisième maillot jaune, alors que les acclamations vont vers son rival Limousin, ce qui suscitera une certaine jalousie de la part du Normand.

Les victoires du Normand, avec il est vrai, peu de panache ne font pas la joie du public et des organisateurs. Ainsi en 1963, les organisateurs décident de durcir la course en proposant un parcours plus montagneux. Cela ne suffit pourtant pas à faire perdre Anquetil qui résiste aux assauts dans les cimes de l’Aigle de Tolède à savoir Federico Bahamontes. Une ovation l’accueille enfin à juste titre à Paris tandis que Poulidor décevant sur ce Tour, est sifflé par le public.

Mais le paroxysme de cette rivalité sera atteint en 1964, qui est encore et toujours considéré comme l’édition la plus belle de la Grande Boucle. Poulidor est revanchard et il ne craint plus son adversaire dans l’exercice individuel et dans aucun autre secteur de la course comme le prouve ses paroles osées « Me voici libéré : désormais, je n’aurai plus peur de lui ». En revanche, Anquetil sort d’un Tour d’Italie éprouvant subissant une perte de poids de quatre kilos. Ce cinquième et dernier Tour de France, il le gagnera au mental, au bluff et grâce à certains concours de circonstances parmi lesquels on peut citer le manque de clairvoyance tactique de Poulidor mais également une certaine incompétence de la part de son mécanicien.

Pourtant à mi Tour de France, Anquetil passe proche de la correctionnel. Lors de la journée de repos, le Normand, toujours peu soucieux de sa diététique, se permet de dévorer un méchoui la veille de la première étape des Pyrénées. « Il nous prend carrément pour des cons ! », preste Henry Anglade. Avant le Tour, un mage nommé Belline prédit sa sur les pentes Andorrane. Et en effet, dans le Port d’Envalira, Anquetil est totalement défaillant, scotché sur la route. Il agonise et zigzague sur la route. Il ne devra son salut qu’aux poussettes illégales mais non sanctionnées de Louis Rostolland et de l’aide surprenante de certains coureurs comme Huub Zilverberg. Au sommet, Geminiani lui donne un bidon de champagne : « Ou il s’envole, ou ça le crève » . Dans la descente, Anquetil lance un défi à la mort et rattrape son passif de quatre minutes sur ses rivaux. Alors qu’il aurait pu gagner le Tour sur cette étape, Poulidor perd de nouveau plus de deux minutes sur son rival à la suite d’un ennui mécanique. Il mène la révolte le lendemain entre Pau et Luchon, mais c’est dans le Puy de Dôme que le Tour de France va prendre des allures résolument dramatiques.

« Les Siamois » d’Antoine Blondin

Sur les pentes du col Auvergnat, les grimpeurs ailés (Jimenez et Bahamontes) sont déjà hors concours, mais leurs exploits seront totalement éclipsés par l’intensité du duel entre Anquetil et Poulidor. Les deux champions sont au coude à coude, roulant côte à côte, se bousculant de l’épaule.

Soudain, surprise à l’approche du dernier kilomètre. Le maillot jaune cède progressivement un mètre, puis deux, puis trois avant de totalement s’écrouler. A bout de forces, les deux protagonistes n’ont plus que leur hargne et leur courage pour terminer cet interminable kilomètre. « Jamais je n’ai autant souffert sur un vélo » s’exclama le Limousin. Le Normand, exténué, déclare peu après avoir franchi la ligne : « Si Poulidor m’avait pris le maillot jaune, je rentrais à la maison, ce soir ». Et ce jour-là, Poulidor échouait à seulement quatorze secondes du paletot jaune. Désormais, il ne reste plus qu’une chance à Poupou pour battre son rival, le contre la montre entre Versailles et Paris, le dernier jour. Jamais l’épreuve de vérité n’aura aussi bien porté son nom. Mais cette fois, le maillot jaune tient tête à son challenger, ce qui ne sera pas le cas 25 années plus tard…

Enfin pour son dernier Tour de France, le duel Anquetil – Poulidor continue. Le Normand perd rapidement ses illusions, il n’est plus le même athlète que par le passé comme l’atteste sa défaite pour sept secondes face à Poulidor lors du contre la montre à Vals les Bains. Conscient de son incapacité à gagner le Tour, le Normand va s’appliquer à faire perdre son rival. Trop préoccupé à marquer son rival défaillant à qui il avait promis la guerre pour l’avoir attaqué à terre, Poulidor laisse sept minutes à Lucien Aimar. « La tête de Poulidor dans le lasso d’Anquetil » titre Pierre Chany dans l’Equipe. Malade, Anquetil se retire à Saint-Etienne le 11 juillet 1966, sortant par la petite porte après dix ans de carrière sur la Grande Boucle.

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3 commentaires pour Anquetil et le Tour

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  3. lemonnier dit :

    anquetil a surtout eu un destin eminemment favorable saint et riviere elimines sur chute ou accident f anastasi sur maladie gaul sur manque d equipe baldini sut probleme de poids jacques a du se sentir bien seul

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