Portrait de Greg LeMond : ses mauvaises facettes (1/2)

Pionnier du cyclisme Américain, Greg LeMond a, avec sa manière, révolutionné le sport cycliste. D’une manière simpliste et caricaturale, nous pouvons distinguer deux personnages chez l’Américain : le bon et le mauvais. Dans cette première partie du portrait de celui qui est le précurseur de la petite reine outre-Atlantique, nous nous intéresserons à ses mauvaises facettes, celles qui ont été vivement critiquées – à juste titre ou pas – que nous pouvons compter au nombre de quatre : son côté prononcé sur l’argent venant d’un esprit de businessman, son attentisme en course, sa préparation dilettante et un certain anticonformisme par rapport aux traditions Européennes. A l’issue de cette présentation, pouvons-nous dire que Greg LeMond a contribué à tuer le Cyclisme ?

Greg LeMond est un champion orgueilleux. Fier d’être Américain, il n’a jamais caché ce sentiment durant son passage en Europe, ce qu’on lui reprochait assez souvent et injustement. LeMond est venu en Europe avec son identité Américaine, ses idées et sa conception du cyclisme. Très vite, il se révélera être à contre courant par rapport aux pratiques traditionnelles du Vieux Continent. Il est vrai que les Européens fonctionnaient avec un esprit très conservateur dont le leitmotiv et la justification de leurs actes étaient le refrain : « c’est ce que faisaient les anciens ». Ainsi Greg LeMond se trouvait en désaccord avec les codes du peloton et ne s’en cachait point. Il n’accordait qu’une importance très secondaire dans tout ce qui concernait la diététique, à la manière Jacques Anquetil. Cela expliquait souvent les nombreux kilos superflus qu’il devait porter à chaque début de saison. Les prises de vitamines étaient également quelques choses de très courants dans le cyclisme des années 80, ces méthodes étaient proscrites chez l’Américain, qui de son propre aveu et de celui des différents membres de son encadrement, ne prenait pas à ce genre de choses. Le sexe était également un sujet délicat dans le cyclisme, certains champions comme Felice Gimondi ou Sean Kelly se donnaient de longue période d’abstinence sexuelle qui durait plusieurs mois. L’Irlandais clamait d’ailleurs « mon vélo passe avant ma femme ». Le vélo avant tout, tel était le crédo des Européens.

Son anticonformisme était très mal vu dans le Vieux Continent. Ainsi en avril 1987, lorsque Greg LeMond fut victime d’un accident de chasse, les médias Européens en profitaient pour de nouveau attaquer l’Américain et son train de vie. Greg LeMond cultivait l’envie de satisfaire une vie normale. Ainsi, lors de la Coors Classic 1986, la plus prestigieuse épreuve Américaine de l’époque, on voyait l’Américain jouer au golf lors de la journée de repos. La presse s’emparait de l’affaire, Bernard Hinault son équipier mais rival en profitait pour tirer une fois de plus sur son adversaire. Le Blaireau estimait que l’Américain n’était pas professionnel. Cette envie de vivre une vie normale peut d’ailleurs être mise en comparaison avec Jan Ullrich, dont la mentalité était proche, et se reflétait au cours des saisons. L’Américain n’avait que deux objectifs majeurs durant sa carrière : le Tour de France et le Championnat du Monde. LeMond n’a jamais brillé outre mesure en dehors de ces périodes, son palmarès ne contient d’ailleurs aucun succès dans les grandes classiques de printemps. Ainsi, avant ses deux derniers succès sur le Tour de France, l’Américain n’avait jamais levé les bras de la saison.

Tel un sniper, LeMond ciblait précisément ses objectifs comme le font la plupart des coureurs phares de nos jours, mais dans les années 80, ses programmes étaient contraires aux mœurs de l’époque qui voulaient qu’un champion soit présent sur l’ensemble de la saison et pas seulement sur quelques épreuves. Outre la spécialisation, LeMond a développé la stratégie de l’attentisme à son paroxysme. « Un suceur de roue » comme le clamait plusieurs de ses adversaires. Peu de prises d’initiatives, peu de collaboration dans les différents coups auxquels il participait, l’Américain s’est rapidement construit cette mauvaise réputation qui ne l’a plus lâché.

Enfin, nous pouvons nous intéresser à son esprit businessman. Ainsi, il était très soucieux de son image, Greg LeMond multipliait les sourires et les belles paroles auprès d’un grand public parfois dupé, notamment lors de la fameuse étape de l’Alpe d’Huez en 1986, d’une mise en scène ridicule de Bernard Tapie. Comme souvent dans le sport, une trop grande abondance de l’argent amène de multiples dérapages. Le cyclisme n’a pas échappé à la règle. L’inflation des salaires a placé les coureurs cyclistes dans une certaine zone de confort financièrement. On peut saluer cet effet, mais dans le même temps, elles ont apporté leurs conséquences néfastes, ces augmentations de salaires ont provoqué progressivement l’absence des grands leaders dans les grandes épreuves et un certain esprit de désinvolture chez eux. Miguel Indurain n’a donc jamais gagné de grandes classiques au printemps, pas plus qu’Armstrong – durant ses années de règne – Jan Ullrich ou Alberto Contador. L’augmentation généralisée des gains et des primes, c’est une supposition, n’a-t-il pas suscité la volonté des tricheurs à aller encore plus ? Entendons nous bien, le dopage était certainement présent dans les années 80, mais ce fléau n’avait pas l’ampleur qu’on pouvait retrouver dans la première partie des années 90 marquée par l’arrivée de l’EPO.

Une fois que les enjeux économiques sont devenus trop importants, le cyclisme est entré dans une nouvelle ère, celle des dérapages incontrôlables et incontrôlés qui nous ont amené à la situation actuelle. Greg LeMond a été un des précurseurs à cette explosion des revenus, mais il serait injuste de tout placer dans le dos de l’Américain qui n’a fait qu’obéir à une logique financière dictée par Bernard Tapie. Venu dans le cyclisme, sans la moindre envie de faire avancer ce sport, la seule motivation de cet homme d’affaires n’était que l’argent, ne se souciant point en aucun cas des principes éthiques. Ainsi, Greg LeMond fut l’un des premiers coureurs à avoir « casser » son contrat avec son équipe actuel pour toujours pouvoir signer dans une équipe avec une offre plus lucrative. Ces faits se sont reproduits non pas une fois, mais à plusieurs reprises durant sa carrière. Peu de champions avaient aussi souvent que lui changé d’équipes pour des offres plus juteuses économiquement. Laurent Fignon flairait le coup en 1983, annonçant que l’Américain quitterait la formation de Guimard pour un meilleur contrat, ce qui se passait. A l’intersaison, l’Américain signait un contrat de deux millions de francs par an chez La Vie Claire du patron Français. Les coureurs les mieux payés touchaient alors seulement un million de francs annuel, soit deux fois moins…

Son contrat initial de trois ans a ensuite été rompu pour une offre plus alléchante chez Toshiba en 1987. L’Américain allait encore précipitamment changer d’équipe chaque année passant de Toshiba vers PDM, puis ADR pour enfin atterrir dans l’équipe Z de Roger Legeay. Un contrat qui s’élevait à dix millions de francs par an. En l’espace de six saisons, les plus hauts salaires sont donc passés d’un million de francs à dix millions, soit une hausse de 1 000 %… L’aspect financier a toujours été important voir obsessionnel pour Greg LeMond. D’ailleurs le début de la grande discorde qui oppose depuis près de dix ans le pionnier Américain à Lance Armstrong n’est-il pas autant d’ordre économique qu’éthique ?

Cet article, publié dans Année 80, Cyclisme Américain, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s