Les occasions manquées de Poulidor

Malgré quatorze participations sur la Grande Boucle, Raymond Poulidor n’a jamais pu l’emporté malgré une série de huit podiums. Pire encore, il n’a jamais porté le maillot jaune. Poupou, le chouchou des Français, avait pourtant largement le potentiel pour réaliser ses deux objectifs. La faute à des erreurs tactiques et techniques flagrantes, et à un manque de réussite évident.

Raymond Poulidor est l’un sportif Français le plus populaire de tous les temps d’où l’expression « Poupoularité » qu’on lui donnait affectueusement. Au cours des années 70, un sondage le désignait comme étant la personnalité préférée des Français devant le Général De Gaule et l’Abbé Pierre. A cette même période, on avait hésité à inscrire le mot Poulidor dans les dictionnaires Français. L’expression Poulidor désignait avant tout celui qui finissait toujours second. Mais plus encore, Poulidor était un champion loyal, il ne cherchait aucune excuse à ses défaites malgré ses innombrables déboires et reconnaissait volontiers le mérite de l’adversaire. Avec le temps, sa popularité est encore intacte. Aujourd’hui encore, Raymond Poulidor signe plus d’autographes que n’importe quel coureur du peloton au cours de ce fameux mois de juillet.

Lorsque Poulidor s’alignait pour la première fois sur le Tour en 1962, il avait déjà 26 ans. Arrivé chez les professionnels sur le tard, son directeur sportif Antonin Magne refusait qu’il dispute la Grande Boucle en 1961 en raison de la présence de Jacques Anquetil à la tête de l’équipe de France. Fort d’un succès de prestige sur Milan-San Remo, non sans tumultes, son mentor estimait qu’une place de leader devait lui revenir. Les deux rivaux allaient se retrouver l’année suivante. Le Normand l’emportait pour la troisième fois. Le Limousin victime d’un accident quatre jours avant le départ avait la main cassée. Rapidement hors du coup dès les premières étapes, il réalisait cependant son premier exploit dans le col de Porte pour remporter sa première étape sur le Tour. Courageux, Poulidor était acclamé par le public du Parc des Princes pour sa 3éme place. Mais ce public ne lui réservait pas le même accueil l’année suivante. Le Limousin était conscient de son échec : « En 1963, J’étais favori, j’avais montré de quoi j’étais capable mais je me suis effondré, dans les Alpes surtout, pour terminer huitième. »

Poulidor le plus fort

Vainqueur du Tour d’Espagne en 1964 et en nette progrès dans les contre la montre, Raymond Poulidor abordait le Tour de France avec une confiance absolue : « Me voici libéré : désormais, je n’aurai plus peur de lui ». Le Limousin se montrait comme étant l’homme le plus fort sur ses trois semaines acharnées de course, mais une suite de bavures allait lui coûter la victoire finale. Tout d’abord à Monaco, le Limousin pensait avoir remporté l’étape et levait les bras, mais il avait sprinté un tour trop tôt. Au final, c’est Anquetil qui l’emportait et qui empochait la minute de bonifications – Poulidor perdait le Tour pour cinquante cinq secondes – qui allait s’avérer déterminante par la suite.

Dans l’étape avec l’escalade du fameux Port d’Envalira, Poulidor était victime d’un incroyable retournement de situation. Face à un Anquetil défaillant pointé à quatre minutes au sommet de la difficulté du jour, le Limousin trop prudent perdait tout le bénéfice de sa montée dans la descente. Pire encore, à 25 kilomètres de l’arrivée à Toulouse, il brisait ses rayons de sa roue arrière. Son mécanicien bondissait de la voiture pour changer sa roue. Il tentait de le relancer mais le faisait tomber. Dans son infortune, Jacques Goddet interdisait tout véhicule à s’intercaler entre le groupe Poulidor et Anquetil, ce qui causait la perte – 2 minutes 36 de passif – et la rage de Poupou qui allait néanmoins répondre victorieusement et de manière nette à Luchon.

Quelques jours plus tard, sur le chrono vers Bayonne, Poulidor démontrait de nouveau sa supériorité dans un chrono qu’il aurait du gagner. Mais un incident mécanique et une nouvelle mauvaise manœuvre de son mécanicien lui faisaient perdre l’étape pour seulement trente sept secondes. La dramaturgie atteignait son paroxysme sur le Puy de Dôme. Une erreur de braquet du Limousin lui faisait probablement perdre toute chance de prendre le maillot jaune. Il avait escaladé l’ascension avec un pignon de 25 dents, alors que celui à 26 dents était plus efficace sur ses pentes. Poulidor avait affirmé avoir reconnu le col, mais lors de sa reconnaissance, le col était fermé. Il n’a jamais pu apprécier la difficulté de cette montée ce qui lui coûtait, entre autre, cette défaite sur le Tour 1964.

Une série d’erreurs et d’infortune

Sans sa bête noire en 1965, Poupou était désigné favori. Les journaux titraient alors « Poulidor contre Poulidor ». Confiant, l’éternel second ne voyait pas le danger venir quand le jeune Italien Felice Gimondi montait plusieurs offensives victorieuses en début de Tour, qui lui permettait de grappiller trois minutes. Un écart que le Limousin s’avérait être incapable de combler, malgré ses efforts en montagne. Battu sèchement sur le dernier chrono entre Versailles et Paris, Poupou admettait avec modestie la supériorité de son adversaire. Mais le plus fort et le plus constant dans les points clefs de la course était bien Poulidor.

Le protégé d’Antonin Magne commettait une nouvelle erreur tactique fatale sur la prochaine édition entre Bayonne et Pau. Il laissait partir un groupe de coureurs dangereux, où figurait notamment Lucien Aimar, l’équipier d’Anquetil ou Jan Janssen. Trop préoccupé à marquer son rival défaillant à qui il avait promis la guerre pour l’avoir attaqué à terre, Poulidor laissait sept minutes à des adversaires dangereux. Antonin Magne se montrait atterré par la faiblesse tactique de son poulain. Cet écart, Poulidor ne sera de nouveau pas en mesure de le boucher alors qu’il était le plus fort physiquement.

En 1967, Poulidor abordait son premier Tour de France sans Antonin Magne. Poupou chutait dans l’étape du Ballon d’Alsace et perdait toutes illusions de victoire finale. De ce fait, le Limousin se mettait au service de Roger Pingeon et comme un frère, il le guidera sur la voie royale pour conquérir le maillot jaune. De nouveau à terre l’année suivante, Poulidor abandonnait à Albi.

Faites Attention Eddy Merckx Arrive

Après avoir subi la loi de Jacques Anquetil, Raymond Poulidor ne pouvait pas plus par la suite contester la supériorité d’Eddy Merckx. Troisième en 1969 puis septième l’année suivante  – victime d’un zona – le Limousin était inexistant face au Belge. Blessé en 1971, le Cannibale en 1972 puis Luis Ocaña l’année suivante, lui barraient de nouveau la route au maillot jaune. Malgré son optimiste déclenché par ses deux victoires en début de saison sur Paris-Nice face au Cannibale et sa supériorité dans l’ascension du col d’Eze, Poupou ne faisait pas le poids face à ses rivaux. Il décidait alors d’être plus offensif en 1974, Poulidor assurait le spectacle et se permettait même de lâcher nettement Eddy Merckx dans le Mont du Chat et sur le col de Peyresourde pour l’emporter au sommet du Plat d’Adet quelques kilomètres plus loin. A 38 ans, Poulidor mettait en difficulté le Roi Eddy et forçait l’admiration.

En 1975, Poupou souffrait d’une bronchite et doit abandonner lors de la 19éme étape alors qu’il était dans les profondeurs du général. Ses détracteurs le disent alors perdus et bon pour la retraite. Le Limousin répondait avec hargne « Je reviendrai l’an prochain pour monter sur le podium ». A la surprise générale, celui qu’on appellait désormais le « quadragêneur » se hissait sur la dernière marche de ce podium après une empoignade farouche avec Raymond Deslile en fin de Tour de France.

L’Anecdote

Lors du test du pendule qu’avait fait passer Antonin Magne à Poulidor, l’ancien vainqueur du Tour, dans les années 30, avait remarqué quelque chose d’anormal. Il lui prédisait que Poulidor avait des capacités physiques exceptionnelles, mais qu’il allait être malchanceux au mois de juillet. C’était malheureusement une prédiction vraie et pleine de fatalité.

Cet article, publié dans Cyclisme Français, L'ère Anquetil, Tour de France, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s