Magni, le troisième homme

« On n’a rien sans peine », telle était la devise de l’infatigable combattant Fiorenzo Magni, troisième larron du cyclisme Italien de l’après-guerre, derrière Fausto Coppi et Gino Bartali. A une époque où regorgeaient les grands champions cyclistes, le Toscan avait réussi à se forger un palmarès exceptionnel, mais pourtant il reste encore aujourd’hui assez méconnu malgré ses nombreux succès. Fervent amoureux de la petite-reine, rien ne pouvait venir interrompre cette passion tout au long de sa vie, y compris la mort de son père alors qu’il avait 17 ans.

Dans l’ombre des géants

A son palmarès prestigieux, on peut retrouver trois succès dans le Tour des Flandres mais également dans le Tour d’Italie qu’il remportait dès sa deuxième participation en 1948. Une victoire sujette à une forte controverse. Limité en montagne, Magni avait pu bénéficier d’aides et des poussettes illicites dans les cols, ne récoltant au final qu’une pénalité dérisoire de 120 secondes. Il l’emportait néanmoins pour 11 secondes devant Ezio Cecchi, un succès qui marquait pour l’Italien, le début d’une période faste. Grimpeur honnête, très bon rouleur, il se distinguait des autres coureurs par une ténacité et des qualités d’acrobates très au dessus de la moyenne qui lui ont permis d’établir le record de victoires sur l’épreuve Flamande. Un véritable exploit quand on repense aux conditions de préparation et de courses – climats apocalyptiques pour ses deux dernières victoires – auxquelles il était confronté. A cette époque, le Tour des Flandres n’attirait guère les Italiens. Du coup, le champion Italien était contraint de venir en train sur l’épreuve avec le strict minimum : un seul vélo, un équipier, mais pas de masseur, ni de mécanicien, ni de directeur sportif, ni de voiture suiveuse. De quoi renforcer la légende du premier Lion des Flandres.

Parmi ses nombreux succès lors de cette période prolifique, on trouve trois Tours du Piémont, trois Trophées Baracchi ainsi que trois titres de Champion d’Italie sur route. Novateur, Magni était le premier coureur à avoir amené des sponsors hors marques de cycles dans le cyclisme en 1954 avec Nivea-Fuchs. Il avait ensuite effectué ses trois dernières saisons sous ce maillot, remportant notamment son dernier Tour d’Italie en 1955 à l’âge de 35 ans – record absolu – devant le jeune et dérangeant Gastone Nencini, profitant de l’aide non dissimulée de Fausto Coppi.

Les regrets

La plus grande déception de Fiorenzo Magni restera certainement de n’être jamais montée sur le podium du Tour de France. En cinq participations, il accumulait les places d’honneur, atteignant son apogée en 1950. Porteur du maillot jaune après la traversée des Pyrénées, il était contraint de se retirer du Tour avec son leader Gino Bartali, suite à un accrochage avec Jean Robic et des supposés incidents avec certains supporters Français lors de la grande étape des Pyrénées. Il se murmurait que Gino le Pieu ne supportait pas de voir Magni triompher. Longtemps après leur fin de carrière, le malheureux exprimait encore sa grande déception alors que Bartali brillait surtout par son mutisme.

Le titre de champion du monde l’a également toujours fui. Il faut dire que les équipes d’Italie à cette époque étaient rarement très solidaires et soudés, en raison des tensions entre les hommes forts de la Botte. Cependant, Magni passait proche du maillot irisé en 1952 à Leudelange au Luxembourg. Alors qu’il était sur le point de remporter la course au sprint, il était victime d’un bris de selle qui l’avait empêché de sprinter correctement. Quelques semaines plus tard, la réussite le fuyait de nouveau sur le Tour de Lombardie.  Encore en tête de la course, un signaleur l’envoyait sur une mauvaise route et précipitait sa défaite.

La carrière du champion Italien s’était terminée par une note aussi triste qu’héroïque sur le Tour d’Italie 1956. Victime d’une chute dans la descente de la Volterra lors de la 12éme étape, le triple vainqueur de l’épreuve se retrouvait à terre avec une clavicule fêlée. Quelques jours plus tard, il se fracturait l’humérus. Malgré tout, il continuait avec un héroïsme rarement égalé. En souffrance dans les ascensions et dans les descentes, il ne pouvait plus tirer sur ses avant-bras, ni freiner de sa main gauche. Pour diminuer sa souffrance, son mécanicien avait eu l’ingénieuse idée de nouer une chambre à air à son guidon et de placer l’autre extrémité entre ses dents. Une image forte du Tour d’Italie qui venait de nouveau affirmer la détermination de ce champion. Lors de l’étape du Monte Bondone en fin de Tour d’Italie survolée par Charly Gaul, Magni faisait fi de la douleur puis bataillait contre les températures extrêmes et la neige. Troisième de l’étape apocalyptique, il finissait second du Giro à plus de trois minutes du Luxembourgeois. Sans ses malheurs, un quatrième succès sur le Tour d’Italie lui serait probablement revenu.

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