Décès de Laurent Fignon

Laurent Fignon nous a quitté le 31 août 2010 à 50 ans, battu par le cancer. C’est une nouvelle dramatique pour le monde du cyclisme qui perd une de ses plus grandes personnalités, une figure charismatique et unique. D’abord coureur cycliste, il est ensuite devenu un champion incontestable avant une reconversion dans les années 2000 d’organisateur de grandes épreuves (Paris-Nice) et pour finir de commentateurs.

Quand Laurent Fignon arrive dans le monde du cyclisme professionnel, il a l’image d’un coureur atypique. Son look, son niveau d’études et son attitude le distinguent du reste du peloton. Ses cheveux longs et ses lunettes rondes lui donnaient le surnom d’intello. Bachelier, Fignon était diplômé au contraire de la grande majorité du peloton. Anticonformiste, fier et rebelle, il n’aurait pas fait l’unanimité au cours de sa carrière notamment auprès des journalistes qu’il a souvent snobés.

Le champion Parisien est le lien entre deux époques. L’ancienne incarnée par Bernard Hinault, la dernière génération des forcenés de la petite reine. Gagner avec panache avait alors tout un sens. Gagner sans la manière ou rater volontairement certains grands rendez-vous étaient alors considérés comme des transgressions, des manquements. Près d’une décennie plus tard, Miguel Indurain a par la suite été l’initiateur de l’ère glaciaire de notre sport par ses attitudes : un mépris des grandes courses d’un jour, le refus de gagner avec panache, le calcul absolu. Le Navarrais inaugurait ainsi une nouvelle ère perpétuée par la suite par des coureurs comme Jann Ullrich ou Lance Armstrong.

Laurent Fignon a vécu dans le croisement de ces deux générations. Quand à 22 ans, il remporte son premier Tour de France en 1983, le Parisien entre déjà dans la légende du cyclisme Français. Son statut de champion était encore à confirmer en raison de l’absence de grande concurrence. Mais lors de la prochaine édition, il terasse le quadruple vainqueur de l’épreuve avec une insolence déconcertante décrite comme de l’arrogance « Hinault m’a bien faire marrer quand il a attaqué au pied de l’Alpe ». Une insolence confirmée quelques jours plus au sommet de Crans Montana. Plein de fraicheur, il se permet de bluffer durant la majeure partie de la montée avant de planter ses derniers rivaux dans le dernier kilomètre.  Il écrase le Tour de France 1984 de toute sa classe, dominant les grimpeurs sur leur terrain et les rouleurs sur le leur.

Après la gloire, le Parisien vivra quatre saisons de galère. Souvent victime de pépins physiques ou de blessures, il partira à la recherche désespérée de son meilleur niveau. On l’enterrera une centaine de fois. Malgré quelques coups d’éclats, il ne retrouve pas sa splendeur et il faudra attendre 1989 avant de le revoir au sommet de son art. En remportant Milan-San Remo puis le Tour d’Italie, Laurent Fignon construit le chef d’oeuvre de sa carrière qu’il aurait pu achever le 23 juillet par une victoire dans le Tour de France pour seulement 8 secondes. Nous connaissons l’histoire. Mais Laurent Fignon n’est pas le coureur qui a perdu le Tour pour 8 secondes, il est celui qui en a gagné deux.

Fignon traine malheureusement cette image depuis cette défaite, mais on oublie qu’il est avant tout un gagneur et que son palmarès est remarquable, digne d’un grand champion. C’était un gagneur, ni deuxième, ni troisième, seule la première place compte pour lui : « Mieux vaut risquer la victoire que d’assurer une défaite paisible ».

La maladie est ensuite venu le défier en juin 2009. Fignon l’a dit, il n’avait pas peur de mourir et il s’est battu durant tout ce temps avec un courage exceptionnel, il a défié le cancer. Malgré le stade aggravée de sa maladie, il a tout de même tenu à tenir sa place de consultant et de commentateur durant trois rudes semaines. Malgré tout, je regrette une chose et lui aussi le regrette. Son cancer a attiré la pitié de nombreux de ses détracteurs et de nombreux suiveurs « ignorants ». Comme il le dit, ce sont dans les regards et les sentiments des autres qu’il voit sa maladie. La pitié des gens est un sentiment horrible. C’est malheureusement ce qu’il a suscité chez de nombreuses personnes et aujourd’hui, beaucoup le pleureront de manière lâche.

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Un commentaire pour Décès de Laurent Fignon

  1. james dit :

    Beau résumé. Je n’aimais pas beaucoup Fignon quand il courrait (j’étais plus dans le camp Hinault) mais j’ai appris à apprécier l’homme en lisant son livre et en l »écoutant à la télé…

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