Le caractère atypique de Pavel Tonkov

Le « tsar » était le surnom donné à Pavel Tonkov. A travers la carrière du champion Russe, de ses hauts et ses bas, on comprend pourquoi il a hérité de ce surnom. Son ancien directeur sportif, Ernesto Colnago disait bien de lui : «Tonkov est un homme. J’ai connu beaucoup de coureurs, mais celui-là, c’est un homme ». Réputé pour sa timidité, il s’exprime avec une petite voix et avec un minimum de mots, dégageant ainsi l’image d’un coureur froid, dont les médias Italiens et Espagnols allaient s’appuyer pour le dénigrer ouvertement et le faire passer comme un voleur de victoires.

Le caractère bien trempé de Pavel Tonkov se fait remarquer dès ses 20 ans. Alors récent champion du monde junior 1989, il souhaite intégrer une équipe professionnelle en Europe et affrontent les rudes dirigeants de la fédération Soviétique. Pour s’être rebellé, Tonkov sera renvoyé de l’équipe nationale et envoyé à l’armée, son avenir cycliste semble compromis et ce n’est qu’en 1991 qu’il reviendra sur son vélo, sous les encouragements de Viktor Kapitonov, ancien champion Olympique en 1960.

L’antihéros

La personnalité de Pavel Tonkov est décrite comme sombre par les journalistes Italiens, qui n’apprécient guère la singularité et les déclarations de ce champion comme lors de sa victoire sur le Giro 1996 : « Ceci est un sport de chevaux, et nous, nous nous faisons traiter de chevaux. Ils te mettent les œillères et « allez ». Ne pas penser, ne pas regarder, ne pas chercher à comprendre. Moi, à l’inverse, je pense, et je regarde et souvent, je ne comprends pas. Et je me demande: à quoi ça sert? Cela avant de sentir sur la figure les coups de la croix que je porte au cou et elle danse pendant que je pédale ». Par la même occasion, il n’hésite pas à qualifier les supporters qui courent à côté des coureurs comme « des gens stupides, saouls et qui ne pensent qu’à passer à la télé. »

Aux yeux des journalistes Italiens, il apparait comme une personne froide, et il a par la suite été diabolisé lors de son duel face à Pantani. Ce côté antihéros était l’opposé de l’image de Pantani. L’Italien était le Pirate, le Russe le Cosaque. Il s’attire encore plus les foudres des médias Transalpins à la fin du Tour d’Italie 1998 lorsqu’il est battu à la surprise générale par son rival sur le dernier contre la montre décisif de l’épreuve. Dépité, il affirmera sur le champ : « Pantani rouleur, quelle surprise ! Vraiment je ne le crois pas ! Non, vraiment je ne croyais pas que le maillot rose avait un rôle aussi déterminant. Bien, cela voudra dire maintenant qu’il pourra tenter de battre le record de l’heure. » De nouveau critiqué et bafoué par les journalistes au cours de carrière, il a été présenté comme étant un voleur de victoires que ce soit en Italie et en Espagne. Il est ainsi battu au sommet de l’Angliru par José Maria Jimenez en 1999, l’Espagnol ayant été bien aidé par les motos suiveuses. En 2004, quand les journalistes Italiens le mettaient déjà à la retraite, il ira les saluer par un bras d’honneur lors de sa victoire à Sarnonico. « Ce geste, je l’ai fait pour réclamer justice », expliquera-t-il.

Un coureur à réaction

L’image que l’on retiendra de la carrière du tsar, est peut-être celle qu’il a dégagée lors du contre la montre de 62 km entre Vincenza et Marostica. Maillot rose, il prend le départ de ce chrono avec la pression dans le ventre et un mauvais échauffement. A mi parcours, le maillot rose est virtuellement sur les épaules de Abraham Olano. A ce moment, le Russe enlève son casque et son masque posé sur son visage depuis le début de sa carrière pour réaliser les 30 km les plus rapides de sa carrière et conserver ainsi son maillot rose.

Autre anecdote intéressante sur le Tour d’Espagne 1997. Cité parmi les favoris, il perd rapidement près de 30 minutes dans les premières étapes. Démoralisé, il souhaite abandonner l’épreuve, c’est alors que son directeur sportif, Beppe Saronni lui lance : « Tu gagnes une étape et tu peux voir ton fils ». Transcendé à l’idée de voir son fils qui vient tout juste de naitre, le Tsar s’impose au sommet de Valgrande Pajares et quelques jours plus tard l’étape reine de l’épreuve au Lac de Covadonga.

Pavel Tonkov arrêtera sa carrière sur le Tour de Lombardie 2005 au sein de l’équipe LPR. Ces équipiers ont estimé que cela avait été un honneur de courir avec lui cette saison. Harcelé par les journalistes lors du départ, le tsar répondra modestement «Non, maintenant ce n’est plus moi le champion, ne me prenez plus en photo». Pavel Tonkov a rendu son trône.

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