La carrière sportive de Pavel Tonkov 1/2

Deuxième coureur Russe à avoir remporté un Grand Tour peu après Evgueni Berzin et quelques années avant Denis Menchov, Pavel Tonkov a remporté le Tour d’Italie en 1996, une course dont il est devenu un grand spécialiste et une des grandes figures pendant plus d’une décennie. Je retrace le portrait de celui que l’on surnommait le tsar en deux parties. D’une part sa carrière sportive Puis dans la deuxième partie de ce portrait, j’insisterais sur la psychologie et le caractère de ce champion, totalement atypique et fascinant à mes yeux.

Ses aptitudes

La montagne a toujours été son terrain privilégié. Réputé comme étant un « diesel », il est très à l’aise dans les longues montées et dans les faibles températures mais ne supporte guère les changements de rythme. Spécialiste des courses par étapes, notamment sur 3 semaines, sa préférence est toujours allée vers le Tour d’Italie, où ses qualités de récupération ont souvent fait la différence en dernière semaine. Son style n’était certes pas spectaculaire mais efficace. Sobre, il était indéchiffrable en course, le Russe entretenait à chaque fois le mystère sur sa condition physique et son état de fraicheur en course comme le confirme Ernesto Colnago : « Pavel Tonkov est un homme que l’on ne voit jamais. Pas de coup d’éclat chez lui. Et surtout, rien qui puisse le distinguer. Il se fond comme un caméléon dans les couleurs du peloton »

Des débuts prometteurs

A l’image de nombreux jeunes de l’est à cette époque, ce sont les différents exploits du fameux « Bernard Hinault de l’est », un dénommé Sergueï Soukhoroutchenkov, champion olympique à Moscou en 1980, qui ont poussé le jeune Russe sur le vélo. Intégrant l’équipe nationale de l’Union Soviétique en 1987, il va rapidement devenir le meilleur coureur de sa génération comme en atteste son titre mondial à Bergame la même année. Mieux encore, il va être considéré à seulement 20 ans comme le meilleur coureur Soviétique. Un certain Cyril Guimard, détecteur de talent émérite, ne cache pas son enthousiasme à propos de ce jeune Russe, alors qu’il était encore inconnu, il tient des propos très flatteurs : « Celui-ci n’a que 20 ans et il est le numéro un absolu du monde cycliste amateur russe. En Russie, on le considère comme le plus grand espoir de sa génération. Tonkov a toutes les qualités pour aller très loin dans ce sport ».

C’est en 1992 qu’il passe professionnel peu après sa victoire sur le Tour du Chili devant son modèle, Sergueï Soukhoroutchenkov. Il signe tout d’abord au sein de l’équipe RUSS-Baïkal, qui succède à Alfa Lum. Tonkov remporte la Semaine Bergamasque devant d’autres grands espoirs, tels Belli, Sheffer ou Armstrong.  C’est alors que la formation Lampre le recrute contre … 16 bicyclettes Colnago. Il achève sa saison sous ce nouveau maillot, en brillant sur le Tour d’Italie : septième et meilleur jeune.

Homme du Giro

Comme le démontre sa victoire sur le Semaine Bergamasque et son premier Giro, c’est sur les courses par étapes que le tsar va briller. Pour sa première saison professionnelle en 1993 au sein d’une grande formation, il va à la fois goûter aux classiques et aux courses par étapes. Les classiques Flandriennes tournent rapidement au fiasco (il ne reviendra plus jamais), mais il se montre à l’aise sur le Giro avec une prometteuse cinquième place et la place de meilleur jeune malgré son travail d’équipier pour Maurizio Fondriest. Sur sa lancée, il brille sur le Tour de Suisse remportant le maillot du meilleur grimpeur, mais un grave accident de la route en juillet va interrompre sa progression. Sa jambe droite est endommagée, il mettra près trois saisons pour totalement s’en remettre. Malgré tout, cela ne l’empêche pas d’occuper le devant de la scène avec une quatrième place sur le Tour d’Italie remportée par celui qui deviendra son rival, Evgueni Berzin.

De nouveau battu sur « sa » course l’année suivante (sixième), il remporte tout de même peu de temps après le Tour de Suisse 1995, sa première grande victoire qu’il forge dans l’ascension d’Albula. Un tournant dans sa carrière : « Après cette victoire, une chose devrait changer. Désormais j’ai senti le goût de la victoire. » La culture de la victoire est désormais en lui. On le dit alors comme un potentiel outsider pour son premier Tour de France, mais le Russe déchante rapidement et abandonne malgré une bonne prestation vers La Plagne. Il reviendra quatre ans plus tard, sa dernière participation ponctuée par une deuxième place au sommet de l’Alpe d’Huez mais le décès de son beau-père le sortira de l’épreuve…

Sa victoire

Il se disait que Pavel Tonkov serait le premier vainqueur Russe du Tour de France. Mais jamais, il ne répondra à cette attente. Courant pour des formations Italiennes, sa priorité était le Tour d’Italie, qu’il enlèvera une fois en 1996 au sein de l’équipe Panaria.  Avec un départ royal à Athènes, l’épreuve s’annonce sous un duel entre le « tsar » Tonkov et « Eugenio » Berzin, mais ne tient pas ses promesses. Il faut attendre la fin de la deuxième semaine pour avoir du mouvement. Au sommet de Prato Nevoso, Tonkov fait coup double et devance ses rivaux Berzin, Ugrumov et Olano. Par la suite, il sera mis en difficulté à deux reprises. Une fois sur le chrono de 62 km entre Vincenza et Marostica. Une seconde fois dans le Passo Pordoi, victime d’une glycémie, il cède son maillot rose à Abraham Olano.  Le Russe retrouve son coup de pédale dans le Passo Mortirolo l’avant dernier jour, pour triompher enfin sur les routes Italiennes.

Un succès, son seul, son dernier. Les occasions pour renouveler l’exploit se sont présentées mais la réussite n’a jamais été en sa faveur. Entouré d’une grande équipe Mapei en 1997, le tsar part favori et justifie son statut en remporte le contre la montre en côte de Saint-Marin et endosse le maillot rose. En délicatesse en montagne face à Luc Leblanc, il commet le jour suivant une erreur tactique fatale qui permet à Ivan Gotti de reprendre deux minutes, que le Russe sera incapable de reprendre. A Milan, il termine second avec un retard de 1’27’’. En 1998, il est contraint de céder face à un Pantani en état de grâce, le Montecampione sera le tombeau des ambitions du Russe.

Fin de carrière mouvementée

Cette défaite au goût amer, on y reviendra plus tard, sera très mal vécu par le Russe, qu’on ne retrouve plus en pareille position pour gagner un Grand Tour, enchainant les places d’honneur mais souvent hors des podiums. Mapei ne supporte pas cette situation et met fin à la collaboration. Tonkov passe dans l’équipe Mercury en 2001, mais cette équipe ne peut participer aux Grands Tours. Il claque la porte et revient au sein de la formation Lampre en 2002 avec laquelle il remporte une étape au sommet du Passo Marmolada mais avec seulement une cinquième place au général. En 2003, Pavel signe chez CCC-Polsat, première équipe de l’est à être admise en première division, cette équipe veut obtenir sa participation au Giro et Pavel veut faire parti de ce projet. L’équipe obtient son invitation sur le Tour d’Italie mais ne paie pas le salaire de son leader.

Le tsar changera encore à deux reprises d’équipes pour un total de six transferts en six saisons. Son dernier fait d’arme est d’avoir remporter l’équipe au sommet de Sarnonico sur le Tour d’Italie 2004 au sein de l’équipe Vini Caldirola. Une victoire ponctuée d’un bras d’honneur, dont on reviendra sur les raisons plus tard. Pavel Tonkov quitte le cyclisme à l’issue du Tour de Lombardie 2005 alors qu’il court chez LPR.

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