Gino Bartali et le Tour de France

Vainqueur du Tour de France en 1938 et 1948, Gino Bartali est à ce jour le seul coureur à avoir remporter la Grande Boucle avec dix années d’intervalle. Véritablement considéré comme une divinité dans son pays, Gino le Pieux a joui d’une popularité immense durant toute sa carrière, éclipsant Fausto Coppi dans le cœur de nombreux Italiens.

Dans une Italie encore égarée dans les méandres du fascisme, Bartali était le plus grand champion cycliste. Déjà vainqueurs du Tour d’Italie à deux reprises (1936 et 1937), le formidable grimpeur Toscan se voit contraint, sous l’autorité des fascistes, de disputer pour la première fois son Tour de France. Premier grand champion qu’ait connu le massif des Dolomites, Bartali domine les cols du Tour de France sous l’œil émerveillé d’Henri Desgranges « Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau que Bartali dans le Ballon d’Alsace ». L’Italien endosse le maillot jaune après un raid somptueux dans le col du Galibier, mais entre Grenoble et Briançon, le Toscan tombe dans un ravin. Affaibli, il doit quitter le Tour de France, mais le grand patron du Tour de France lui promet un grand avenir.

UN GRIMPEUR UNIQUE

Après sa déconvenue en 1937, les fascistes forcent le champion Italien à faire l’impasse sur son Tour national afin de se consacrer à la Grande Boucle. Il faut dire que sur cette édition, la tactique du meilleur grimpeur du Tour semble surprenante. Courant sur la défensive voir à l’économie, il se contente de sprinter en haut de chaque col pour récupérer les précieuses et juteuses bonifications. Le robuste Belge, Félicien Vervaecke est donc en jaune à la sortie des Pyrénées, mais la supériorité dans les ascensions du jeune Italien est évidente, il peut attaquer quand il le souhaite. Et c’est dans l’étape Digne – Briançon, qu’il s’applique à faire la différence, plus précisément dans le col de l’Izoard. Intraitable, il remporte l’étape avec plus de cinq minutes d’avance sur le second et attise l’admiration de nombreux suiveurs comme Jean Routier : « On a beau évoquer le souvenir de tous les meilleurs grimpeurs, aucun d’eux n’a jamais fait pareille impression ». Le lendemain, le public Italien est en liesse pour célébrer le maillot jaune et futur vainqueur de l’épreuve au départ de la prochaine étape à Briançon. Pour le protéger des fanatiques, un général Italien prononcera ses mots célèbres : « N’y touchez pas, c’est un dieu ! » preuve du statut de divinité qu’occupe le champion Toscan en Italie à seulement 24 ans.

IL VECCHIO

Malheureusement pour Bartali, la guerre va le priver probablement de ses plus belles années et ce n’est qu’en 1948 qu’il revient dans la Grande Boucle. Agé cette fois de 34 ans, on le surnomme désormais « Il Vecchio » le vieux. Maté par son rival Fausto Coppi sur le Tour d’Italie, peu d’observateurs sont prêts à penser à un second succès, surtout après sa défaillance dans le col de Turini où le jeune Louison Bobet le repousse à plus de vingt minutes au général. Un journal Parisien écrit d’ailleurs : « Bartali comme champion a écrit sa dernière page ». Dans le même temps, l’Italie est victime d’une grave crise politique après l’attentat visant le leader du parti communiste. Le pays est dans un état de choc et de violence extrême et c’est dans son orgueil qu’il puisera la force de remporter ce Tour de France. Le lendemain, le grimpeur Toscan effectue le grand ménage et pulvérise l’opposition comme dix ans auparavant, dans le fameux col de l’Izoard dont il est en train d’écrire les plus belles pages. Bobet n’est pas encore battu mais Bartali lui donnera le coup de grâce le lendemain dans le col de Porte pour remporter un second Tour de France.

LA COHABITATION

L’année suivante, les deux géants du cyclisme Italien vont cohabiter pour la première fois. Fort de son troisième succès sur le Giro, Coppi est le légitime leader de l’équipe d’Italie. Impérial sur tous les terrains, le Campionissimo remporte son premier Tour de France, en offrant par la même occasion la victoire à Bartali le 18 juillet à Briançon pour le jour de son anniversaire. Malgré son âge avancé (35 ans), le Toscan est deuxième au général à Paris, sa gloire semble éternelle et son aura sur le cyclisme Italien toujours immense. Il parvient donc pour la prochaine édition à avoir le rôle unique de leader. Mais dans le col d’Aspin, Bartali se dit agressé par des spectateurs Français dans le col d’Aspin et décide de se retirer avec tous les membres de l’équipe d’Italie. Sa version est contredite par Louison Bobet et il se murmure que le Pieu n’ait pas apprécié de voir son équipier Fiorenzo Magni avec le maillot jaune sur les épaules…

Les derniers Tours de France de Bartali auront moins de retentissement. Quatrième en 1951 et 1952, il se mue en équipier modèle pour son rival Fausto Coppi, n’hésitant pas à sacrifier ses propres chances personnelles en faveur de son leader. Il termine son dernier Tour de France dans l’anonymat mais se classera tout de même à une onzième place à l’âge de 39 ans, preuve de son incroyable longévité qui lui a permis de remporter le Tour de France à dix ans d’intervalle.

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4 commentaires pour Gino Bartali et le Tour de France

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  4. Larrue dit :

    Immense et humaniste champion qui inspirait l’admiration !

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