Chiappucci l’agitateur

Attaquant émérite au début des années 90, Claudio Chiappucci a cultivé une réputation inégalable de baroudeur. Une culture de l’attaque qu’il a par la suite transmise à Marco Pantani.  Souvent placé, rarement vainqueur, son palmarès n’est guère imposant, mais la manière, dont il a acquis la plupart de ses succès, a ressuscité les plus grands exploits du passé, dans une époque dominée par le mastodonte Espagnol, Miguel Indurain.

Dans la famille des grands attaquants en montagne, la fin des années 90 aura été celle de Marco Pantani, Le Pirate. Le début des années 90 aura été celle de Claudio Chiappucci, Le Diable. Deux surnoms à la hauteur de leur tempérament et de leur caractère fougueux. Passé professionnel sur le tard, le Lombard se révèle sur le Tour de France 1990. Au sein d’une échappée « anodine », le récent 12éme du Tour d’Italie reprend près de dix minutes d’avance sur le reste des favoris. Le grimpeur se retrouve au commande de l’épreuve au soir de la 11éme étape au sommet l’Alpe d’Huez. Avec un matelas de sept minutes d’avance, l’issue semble favorable à l’Italien. Mais vers Saint-Étienne, totalement isolé, il déboursera quatre minutes sur Greg LeMond.

Au pied de la dernière étape des Pyrénées, Breukink et LeMond menacent le maillot jaune. A la surprise générale, le Diable décide de surprendre tout le monde en attaquant le premier dans l’étape de Luz-Ardiden alors qu’il restait trois cols à franchir. LeMond laisse donc s’épuiser son rival avant de le cueillir dans la dernière montée. Revenu à cinq secondes, Greg LeMond avale son adversaire sur l’épreuve chronométrée.

Chiappucci a t-il adopté la bonne tactique ? Probablement pas. Victime de son excès de panache, il perd probablement le Tour de France sur cette étape. L’initiative était belle mais inappropriée. A Paris, il arrive avec un retard de 2’16 » alors qu’il possédait 2’24 » d’avance avant Luz Ardiden. De quoi faire réfléchir.

Balayé les critiques

Victime de nombreuses critiques après son échec sur le Tour de France, les journalistes l’attaquent. On dit de lui qu’il est un simple coureur qui fait beaucoup de bruit, mais qui ne gagne jamais. Mais l’édition 1991 de Milan-San Remo leur apportera un démenti cinglant. Au cours d’une épreuve disputée dans des conditions climatiques dantesques, une échappée de six coureurs prend le large avant le Turchino. Parmi ses attaquants Claudio Chiappucci. Après une épopée de 150km, le Diable lâche tous ses adversaires dans les fameux capis pour triompher sur la Via Roma et faire taire les critiques.

La même année après une deuxième place sur le Tour d’Italie, derrière la comète Claudio Chioccioli aux allures de Fausto Coppi, l’Italien participe à la passation de pouvoir entre le triple vainqueur Greg LeMond et le futur quintuple vainqueur de l’épreuve, Miguel Indurain. Dans les derniers lacets du Tourmalet, l’Américain est incapable de suivre l’allure. A Val Louron, après un succès de l’Italien, Indurain prend le pouvoir, c’est le début du duel : Le Roi contre le Fou. L’Espagnol remporte son premier Tour de France. Chiappucci, 3éme, prend date avec le futur.

Chiappucci fait revivre Coppi

De nouveau battu sur ses routes en 1992 par son rival, l’Italien reste le grand adversaire d’Indurain sur le Tour de France. Il confirmera son statut en menant la révolte sur les routes entre Roubaix et Bruxelles. Il initie une première échappée décisive, quelques jours avant le chef d’œuvre de sa carrière sur les routes de Sestrières. Après une fugue de plus de 230 km dont près de 100 en solitaire, le Diable fait revivre les exploits de Fausto Coppi en 1952, sur cette même route vers Sestrières. Survolté devant les siens, le leader de Carrera passe tous les cols de la journée en tête et réalise un véritable show qui repousse le Roi Miguel à près de deux minutes. Les écarts sont faramineux. Le dixième arrive avec huit minutes de retard.

Second de ce Tour de France, l’Italien arrive avec un retard de moins de dix minutes sur le vainqueur. Chiappucci en a déboursé neuf sur les seuls contre-la-montre individuel. A une époque dominée par les rouleurs, ses lacunes dans l’effort solitaire, dit l’épreuve de vérité, cela ne pardonne pas. Mais son caractère ardent aura marqué le Tour de France et le vainqueur lui rendra par la suite un bel hommage : « Mes succès n’auraient pas eu la même valeur sans Chiappucci ».

Souvent animateur les années suivantes, les succès du Lombard resteront néanmoins moins retentissant, mais il transmettra son héritage à son digne successeur : Marco Pantani.

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Un commentaire pour Chiappucci l’agitateur

  1. james dit :

    Admiratif à l’époque du panache d’el diablo, j’ai aujourd’hui un peu de mal à apprécier les performances de Chiappucci… Coureur moyen venu de nul part à 27 ans, il symbolise à lui seul les années EPO… Reste pour lui – à défaut de talent – son sourire et sa fougue.

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