Mapei, reine des classiques

Les fans des grands classiques doivent certainement encore se rappeler de cette formation impitoyable qui ne laissait souvent que des miettes à ses adversaires comme sur Paris-Roubaix. Avec dix huit succès dans les ex-classiques Coupe du Monde, l’équipe Mapei reste la référence en matière de course d’un jour dans le cyclisme moderne.

Le 18 mai 1993, Mapei entre dans le monde du cyclisme, elle reprend l’équipe Eldor en pleine faillite. Au cours de la saison, Mapei se rapproche du groupe Espagnol Clas, de Tony Rominger, avec qui il s’associe en 1994, pour une première année complète et pleine de succès marquée par la victoire de Gianluca Bortolami à la Coupe du Monde et la place de numéro un mondial par équipes. La formation Italienne fera de la Coupe du Monde sa marque de fabrique, ce qui propulsera l’équipe vers la place de numéro un mondial incontesté pendant près d’une décennie. De 1994 à 2002, seule l’équipe Fassa Bortolo aura réussi à les détrôner, c’était en 2001…

L’arrivée décisive de Lefévère

En 1995, Mapei s’associe au sponsor Belge GB, elle augmente considérablement sa force de frappe dans les classiques Flandriennes avec l’arrivée des Belges emmenés par Patrick Lefévère. Il ammène avec lui ses poulains, Johan Museeuw, Wilfried Peeters, Bart Leysen et le jeune prodige et regretté Frank Vandenbroucke. De nombreuses nationalités cohabitent au sein de l’équipe, une des sources de sa réussite, Patrick Lefévère commente cet échange de culture bénéfique : « Nous avons beaucoup appris des Italiens, sur le plan de la diététique par exemple. […] Mais je pense qu’à notre contact ils ont appris à courir de manière plus agressive. Le cyclisme est très simple. Il suffit d’anticiper. Il faut que ce soit les autres qui nous court après et non l’inverse. » (Vélo Magazine décembre 2002)

Avec le tacticien Belge aux commandes, Mapei est invincible sur Paris-Roubaix de 1995 à 2000, seul Frédéric Guesdon en 1997 réussit de manière inattendue à briser cette dictature. Ballerini, meurtri par ses défaites passées sur l’Enfer du Nord, avait ouvert le bal de l’équipe. Pour le centenaire de l’épreuve en 1996, la formation Italienne avait réalisé le triplé, on accuse Lefévère d’avoir favorisé la victoire de son protégé Johan Museeuw au détriment des Italiens Bortolami et Tafi. Cette victoire a été sujette à de nombreuses polémiques. D’un point de vue strictement personnel, je trouve que cet arrangement était contraire aux valeurs du cyclisme et l’un des symboles de la robotisation du cyclisme. Lefévère avait placé ses pions à l’avance au grand dam des deux Italiens. Le directeur sportif Belge réalisera à deux autres reprises pareilles performance, en 1998 (Ballerini, Tafi, Peeters) et 1999 (Tafi, Steels, Peeters), mais aussi en 2001, cette fois à la direction de l’équipe Domo.

Reine des classiques, Mapei a enlevé à quatre reprises les classements individuels de la Coupe du Monde, cinq fois le classement par équipes, remportant pas moins de dix huit succès dans les classiques majeures. Mapei n’aura cependant jamais pu conquérir la Primavera, seul Monument qui manque au palmarès de l’équipe. Pourtant les anciens de la Mapei remporteront plus tard à trois reprises l’épreuve par l’intermédiaire de Paolo Bettini (2003), Filippo Pozzato (2006) et Fabian Cancellara (2008).

Outre les classiques, la formation Belge a obtenu à quatre reprises le maillot arc-en-ciel. Cette performance peut s’expliquer par la qualité des chasseurs de classiques dans l’équipe, mais aussi de l’étendue internationale de l’équipe. Pour exemple, lors des championnats du monde 2002, dix-sept coureurs de l’équipe Mapei étaient présents dans dix équipes différentes. Cette expansion à l’international s’exprime aussi à travers les nombreux titres de champions nationaux acquis par l’équipe à travers les quatre coins du monde. Ainsi, il n’était pas fort étonnant que dans le final du circuit de Lisbonne en 2001, l’Italien Paolo Lanfranchi se mit subitement à prendre en chasse son compatriote Gilberto Simoni, pour favoriser la victoire au sprint d’Oscar Freire…

Quelques faux-pas

Sur les Grands Tours, Mapei n’a pas autant brillé que sur les courses d’un jour. Elle n’a signé que deux succès par l’intermédiaire de Tony Rominger sur le Tour d’Espagne et le Tour d’Italie, respectivement en 1994 et 1995. Sur le Tour de France, l’équipe n’a jamais ramené le maillot jaune à Paris, pire elle n’a jamais porté un jour le maillot jaune preuve d’une carence évidente dans ce secteur.

En 2002, Mapei décide de créer une équipe espoir. Pépinière de talents, l’équipe a formé Fabian Cancellara, Pippo Pozzato et Michael Rogers, dont les grands succès ne se comptent plus. Cette même année, une sombre affaire salit l’image de la marque pour sa dernière saison dans le cyclisme. Le 18 mai 2002, neuf ans jour pour jour après la création de l’équipe, Stefano Garzelli, maillot rose sur le Giro, est contrôlé positif et exclu de l’épreuve. C’est le seul contrôle positif de l’histoire de l’équipe.

Luca Paolini est le dernier coureur à avoir levé les bras sous ce maillot. Durant son existence dans le peloton, Mapei ne s’est pas toujours attiré de l’amitié, au contraire, elle suscitait la jalousie et c’est dans l’adversité que cette formation a réussi à se construire un palmarès titanesque sur les courses d’un jour. C’est bien là, l’un des plus grands mérites de cette équipe dont la philosophie était « Vaincre ensemble ».

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