La dynastie Pélissier

Ils étaient trois frères, Henri, Francis et Charles. Tous les trois étaient différents, tous les trois auront marqué l’histoire du cyclisme Français de l’avant guerre et l’entre deux guerres, tous les trois auront formé une grande dynastie de champions qui s’est étalée sur plus de 20 ans.

HENRI, LE PREMIER CHAMPION

Henri est un rebelle, un marginal. Devenu coureur cycliste malgré le refus catégorique de son père, Henri se forgea déjà dans sa jeunesse ce fort caractère plein d’insolence et de provocation. Au cours de sa carrière, il n’hésita pas à affronter frontalement ses différents adversaires détracteurs jusqu’à choquer l’opinion publique. Athlète musculairement fin, on le surnommait « La Plume », « La Ficelle » ou encore « Fil de Fer ». Passé professionnel en 1911, il est demandé par Lucien Petit-Breton pour l’accompagner lors de différentes épreuves en Italie, qui s’avéreront être une révélateur intéressant de ses capacités. Profitant d’une grave chute de son leader, il remporte ainsi plusieurs courses d’un jour Transalpines, dont la prestigieuse classique du Tour de Lombardie. La presse Française reste sceptique, le Parisien leur répondra l’année suivante en remportant Milan-San Remo. Le doute n’est plus permis, Henri Pélissier est un futur champion.

FRANCIS, LE COLOSSE

Après la guerre, son frère Francis fait son apparition dans les pelotons. Les deux ne faisaient qu’un, Francis était en admiration pour son frère, c’est la raison pour laquelle il est devenu cycliste. Contrairement à Henri, son jeune frère avait un grand gabarit, qui lui permit de s’illustrer victorieusement dans des courses types Bordeaux-Paris. Le reste des courses, il était au service de son frère. On disait d’ailleurs à juste titre que « Henri calculait, ordonnait, provoquait et Francis approuvait les yeux fermés ».

Après la guerre, pour d’évidentes raisons économiques, près de 130 coureurs Français se sont réunis dans le consortium nommé La Sportive. Henri refusa de se conformer et aller se mettre à dos une partie du cyclisme Français. Mais les deux frères n’allaient pas tarder à répondre sur la route en terrorisant leurs adversaires. Le premier Paris-Roubaix de l’après guerre, dans des conditions climatiques détestables et sur des routes à peine praticables. Henri triomphe au bout de l’apocalypse après avoir faussé compagnie au peloton avec son frère. Vainqueur dans la foulée de Bordeaux-Paris, avec Francis comme entraineur, Henri devient champion de France avant le grand retour du Tour de France. La Plume avait terminé second lors de la dernière édition après un duel acharné jusqu’au dernier contre le Belge Philippe Thys. Il semble sûr de sa force. A Brest, les deux frères écrasent la concurrence et réalisent le doublé. Henri est maillot jaune avec plus de 23 minutes d’avance sur Eugène Christophe. Mais une alliance entre les 69 concurrents de La Sportive va mettre fin au règne de l’ainé de la famille. Ce dernier se retire avec son frère.

LE TOUR DE FRANCE EST ENFIN A LUI

L’année suivante, Henri est pénalisé de deux minutes pour avoir jeter un boyau durant la course. Trouvant la sanction injuste, il abandonne de nouveau ! Dans la foulée, Henri Desgranges affirme qu’il ne gagnera jamais le Tour. On ne reverra plus Pélissier durant les deux prochaines éditions de la Grande Boucle, estimant qu’il n’avait pas besoin du Tour de France pour réussir leur carrière. Mais force est de constater que trois ans après, il doit se rendre à l’évidence que cette course lui manque à son palmarès. Entre temps, il avait pourtant, avec son frère Francis, réalisé le doublé dans Paris-Roubaix en 1921. L’année suivante, ils gagnent de nouveau ensemble Paris-Nancy avec trente sept minutes d’avance sur le troisième. Henri remportera aussi Paris-Tours et Francis Bordeaux-Paris s’imposant comme un vrai spécialiste de l’épreuve.

Mais la dimension du Tour de France est unique. Pour remplir ce dernier objectif, les frères décident de changer d’équipe et d’intégrer la marque Automoto. On retrouve donc un Henri Pélissier nouveau en début de Tour, très calme et patient, attendant la montagne pour porter son attaque décisive. Discret, il est à près de trente minutes de son équipier Italien Bottecchia, maillot jaune. Mais sur une étape et l’ascension du col de l’Izoard, il parviendra à inverser la tendance pour acquérir définitivement son premier succès sur le Tour de France. Il promet ensuite que son équipier Bottecchia gagnera le Tour l’an prochain, ce qu’il réalisa. Pendant que son équipier s’occupait à gagner la Grande Boucle, les deux frères vont donner naissance aux fameux Forçats de la Route avec Albert Londres, son dernier fait d’arme.

CHARLES POUR FINIR

Le dernier champion, Charles, n’avait rien à voir avec ses frères ainés. Routier-sprinteur imposant de 1m87, il avait 15 ans de moins qu’Henri et 9 de moins que Francis. Charles n’avait pas le même moteur que ses deux frères, il était différent. Coureur discret à ses débuts, son mariage en 1928 changera sa carrière. Sa femme le changera et le transformera, un nouveau type de Pélissier apparait à la grande joie d’Henri Desgranges qui en fera son « chouchou ». Celui là est élégant, courtois, poétique et sa devise mythique sera : « Qu’importe la victoire, pourvu que le geste soit beau ». Quand il se révèle, le cyclisme Français va mal. Apprécié du public, le patron du Tour décidera en 1930 de construire un parcours sur-mesure pour son protégé qui l’emportera au final à huit reprises, fermant souvent les yeux face à ses irrégularités. Au total, le cadet des frères a raflé pas moins seize victoires d’étapes sur le Tour de France.

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11 commentaires pour La dynastie Pélissier

  1. Pierrot dit :

    Bonsoir,
    Les frères Pélissier n’étaient pas trois, mais quatre : il y avait aussi Jean Pélissier.
    Cordialement.

  2. Ping : Ottavio Bottecchia, le maçon du Frioul « Histoire et Légende du cyclisme

  3. DODE Bernard dit :

    Charles l’élégant n’est il pas à l’origine des socettes blanches et du cuissard noir que tous les cyclistes porteront avant la pub et la couleur

  4. Ping : La légende des Frères Pélissier « Histoire et Légende du cyclisme

  5. ALBRAND dit :

    Bonjour,
    Je crois savoir qu’un de mes oncles( Octave VERNEUIL) a entraîné un des frère PELISSIER. Il aurait même couru PARIS-BORDEAUX en 1911. Pourriez- vous m’en dire un peu plus à ce sujet???
    Cordialement.

  6. Lecat Raymond dit :

    bonjour ,mon père LECAT léonce né en 1907 à Lens à couru avec un des frère Pelissier il a fait des américaines en tandem il habitait à Montigny en Goêl et normalement il devait venir à Paris pour courir au veldive avec lui si ce n’est que sa femme à l’époque n’a pas voulu,mon père à cette période courait beaucoup sur piste.Je me rappelle enfant avoir vu ses deux vélos avec leurs jantes en bois entreposés dans le garage.Comment puis-je éventuellement retrouver des traces de cette période,ça se passait dans le Nord,Pas de Calais.Merci à vous

  7. Amine dit :

    Bonjour à tous,
    samedi dernier je partageais le repas de pensionnaires d’une maison de retraite (sur Toulouse) dans le cadre d’une assos d’en je suis membre.
    A ma table, une dame de 90 ans, très agréable, avec qui je discute un petit moment, et surprise, c’était là la fille de Francis Pélissier !
    on parle un peu cyclisme et elle me racontais même qu’a leurs début ils allaient chercher le lait à vélo, et ce fut la leurs premiers coup de pédales.
    Son père la laisser le suivre à vélo sur 1km (pas plus), après elle devait rentrer à la maison !

    Et je vous raconte pas sa surprise quand je fais une recherche image sur mon téléphone concernant les Pélissier, elle était aux anges : « là c’est mon père à coté d’oncle Henri, et oncle Charles était très coquet … »

    • Isabel Best dit :

      Bonjour, je suis une journaliste et écrivain passionée par l’histoire du Tour de France. J’étais fasciné de découvrir que la fille de Francis Pélissier est encore vivante. Je suis en train de travailler sur un livre sur l’histoire du Tour de France et j’aimerais beaucoup savoir comment je pouvais la rencontrer pour faire un entretien avec elle sur ses souvenirs de son père et ses oncles. Est-ce qu’il y a un moyen de contacter Amine?

      Merci beaucoup en avance.

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