La Salle des Tortures

Paris-Roubaix a la Trouée d’Arenberg. Le Tour des Flandres possède le Koppenberg. Des difficultés redoutables et redoutées par le peloton. Elles représentent tous les deux à la fois la folie, l’héroïsme et l’inhumanité du cyclisme. Elles instaurent la peur dans le cœur des coureurs, c’est pourquoi le Koppenberg a rapidement été surnommé « La Salle des Tortures ». Exaltantes et décriées, ses secteurs pavés déclenchent passions et controverses chez les fans de la petite reine. D’une longueur relativement courte (600 mètres), de pente moyenne à 11,6 %, ce mont offre aux coureurs des passages à plus de 20 % pendant près de 300 mètres. Véritable monstre du cyclisme, l’ascension a rapidement forgé sa légende en moins de vingt éditions du Tour des Flandres. Pourquoi une telle popularité autour de ce mont Flandrien ?

Rude et virulent

Pour les uns, le Koppenberg est une difficulté inhumaine, dangereuse et nuisible à l’intégrité physique des coureurs. Repérée et introduite sous les conseils de Walter Godefroot, ancien vainqueur de l’épreuve en 1968, le mont a été escaladé pour la première fois en 1976, son ascension aux pavés agressifs et disjoints, s’est rapidement révélée piégeuse. Pour Bernard Hinault, un champion qui n’a jamais aimé les pavés, cette montée n’était qu’un simple « cirque ». En effet, lors de ces premières années, il était situé après moins de cents kilomètres de course. Les conséquences furent désastreuses pendant les douze premières éditions : un peloton de deux cents coureurs se trouvait groupées au pied du Koppenberg, théâtre d’incidents à répétition. La plupart des coureurs franchissaient ainsi le colosse Flandrien à pied à la manière de cyclocross man.

Nombreux étaient ses opposants. En somme, le terrible mur Flamand n’était qu’un simple jeu de dominos. Il suffisait qu’un coureur tombe, crève ou passe à travers pour que tous les autres le suivent dans son infortune. Ses détracteurs arguaient que son ascension dénaturait le cyclisme. Ce secteur pavé était jugé sans intérêt, la plupart des vainqueurs de l’épreuve sortait à pied au sommet du mont, ce qui remettait en cause sa place dans le domaine sportif. Mais ses ennemis soulignaient avant tout le manque de sécurité pour les coureurs lors de son escalade. L’incident de trop eut lieu lors de l’édition 1987. Jesper Skibby aborde le Koppenberg en tête. Au plus fort de sa pente, le Danois chute et manque de peu de se faire écraser les chevilles par la voiture suiveuse placée juste derrière lui. Participant pour la première fois de sa carrière au Tour des Flandres, Jesper Skibby devient célèbre malgré lui. Toute sa carrière, cet événement le suivra et il ne parviendra pas à l’effacer de la manière de tous les suiveurs, malgré une belle carrière sportive sur le plan des résultats. Il est un des rares coureurs à avoir gagné une étape sur chaque Grand Tour. Ce fait divers qui a failli devenir une affaire d’Etat pousse les organisateurs à céder à la pression de ses opposants. Le Koppenberg disparait du Tour des Flandres de 1988 à 2001.

Un monument du cyclisme

Pour les autres, ce mont perché à 77 mètres d’altitude fait parti à la fois du patrimoine du Tour des Flandres et même de la nation Belge. Pour ses amoureux, le Koppenberg respire l’essence du cyclisme car il demande à la fois force et détermination supplémentaire. Ainsi, l’ascension fut réintégrée en 2002 après avoir fait peau neuve. Les pavés ont été rénovés, mais sa montée n’en reste pas moins un obstacle difficilement surmontable, qui inspire tout autant peur que par le passé. Situé aujourd’hui à 58 km de l’arrivée, le Koppenberg peut jouer un rôle important sur la course, comme en 2006. Lors de cette édition, le Mur Flamand avait crée une sélection impitoyable dont seul dix huit coureurs s’en sont sortis.

Le Koppenberg est une difficulté atypique. Il fait parti des moments forts de la carrière d’un coureur cycliste. Quant aux spectateurs, ils attendent l’escalade de ce monument avec une certaine impatience. Pour le franchir et le dominer, une connaissance parfaite des moindres pavés composant ce colosse est requise. Ainsi en 1978, le vainqueur de l’épreuve n’était d’autre que … Walter Godefroot, alors au crépuscule de sa carrière. Sans aucune victoire majeure au cours des trois saisons précédents sa victoire, l’ancien maillot vert du Tour de France a su profiter de son expérience et de sa minutieuse connaissance du terrain pour l’emporter. A l’image de la Trouée d’Arenberg, le Koppenberg suscite la controverse. D’une part, leur traversée est constamment sujette à polémique pour des raisons de sécurité. D’autre part, comme le disait l’ancien directeur sportif de la T-Mobile, ce sont ses obstacles qui forgent la singularité de ses deux épreuves : « Il y a deux classiques spéciales dans le cyclisme, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Ce sont des courses qui apportent plus que les autres. » Le Koppenberg n’est certainement pas étranger au fait.

Photo de Roberto Bettini

Cet article, publié dans Cyclisme Belge, Grandes classiques, Lieux mythiques, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s