L’exploit d’Hinault à Sallanches

Maillot arc-en-ciel sur les épaules pendant seulement une saison, Bernard Hinault fait tout de même parti des hommes qui ont le plus marqué les Championnats du Monde. Son exploit à Sallanches, ville organisatrice des mondiaux en 1964 et 1980, en est la raison. Si la première édition, remportée au sprint par le Néerlandais Jan Jansen, n’a pas laissé de souvenirs impérissables dans l’histoire de la petite-reine, le triomphe de Bernard Hinault restera comme l’un des plus retentissants des championnats du monde. Lors de cette saison 1980, le Blaireau avait déjà inscrit son nom dans la légende en remportant un dantesque Liège-Bastogne-Liège sous la neige. Dans la foulée, le Breton succédait à Jacques Anquetil au palmarès des vainqueurs Français du Tour d’Italie. Malgré une grande saison, ce succès à Sallanches propulsera le champion Français dans une autre dimension, celle d’Eddy Merckx ou de Fausto Coppi.

Une série de déceptions

Pour comprendre l’ampleur et le soulagement d’un tel succès, il convient de revenir quatre ans en arrière pour le premier championnat du monde disputé par le Blaireau, qui en gardera « un souvenir curieux ». Ce mondial inédit à Ostuni, dans les Pouilles Italiennes, ne présente pas de grandes difficultés et la course se décante dans le dernier tour. Lorsque Bernard Hinault demande l’aide de ses compatriotes, aucune réponse ne parvient. Le Français doit alors faire la course seule et rate l’échappée décisive. Il doit se contenter de la 6ème place. Déçu, le futur quintuple vainqueur du Tour exprime sa déception auprès du sélectionneur, Richard Marillier. Ce dernier, compréhensif, promet à Hinault de modifier profondément les futurs compositions de l’équipe de France afin de retrouver une vraie cohésion dans le groupe. En retour, le Breton lui promet de remporter les Championnats du Monde de Sallanches, pour célébrer sa fin de carrière à la tête du cyclisme Français.

Entre temps, malgré une réussite absolue dans les courses par étapes, le championnat du monde lui échappe. Il accuse Francesco Moser d’avoir acheté Dietrich Thurau lors du mondial en Colombie en 1977, une attitude qui lui sera souvent reproché par les Italiens. Discret 8ème place, de la course, l’événement qui aura le plus marqué ce périple en Amérique du Sud sera les da passation de pouvoir entre Eddy Merckx et Bernard Hinault. Le champion Belge faisant du Français son successeur. Sur le plan sportif, les deux prochains championnats du monde n’apporteront rien au palmarès conséquent du Breton. Mis en position d’échec et d’infériorité numérique au Nürburgring par ses adversaires Italiens, Belges ou Ouest-Allemands, Hinault est impuissant pour contester le succès du Batave Gerrie Knetemann. Par la suite, il termine de façon anonyme à la 21éme place sur le circuit de Valkenburg qui ressemblait plus à une loterie en raison des poussettes des supporters Néerlandais dans les ascensions, dont profitera Jan Raas dans le final.

Le sacre

Auteur d’une première partie de saison 1980 impressionnante, le Français semble par la suite marqué le pas sur le Tour de France. Il abandonne de manière inquiétante à cause d’une blessure au genou, inquiétante en vue des championnats du monde qui aura lieu dans quelques semaines. Malgré tout, il n’est pas prêt de renoncer à son objectif de la saison et reprend rapidement la compétition sur le Tour d’Allemagne où ses sensations sont retrouvées. Une impression qui sera confirmée quelques jours plus tard lorsqu’il remporte une étape sur le Tour du Limousin. Le Breton est prêt pour le mondial de Sallanches, un des plus difficiles de l’histoire, avec comme principal difficulté la côte de Domancy, longue de près de 3 km avec un pourcentage moyen de 8 % et des passages à 15 %.

Dès le premier tour de la course, Bernard Hinault passe déjà à l’offensive pour tester ses adversaires. Il laissera ensuite à ses équipiers le soin d’effectuer un travail de sape pour démoraliser ses adversaires et éviter toute mauvaise surprise dans le final. C’est à 150 km du but que le Breton pose son attaque décisive. Pollentier, Marcussen, Millar et Baronchelli sont les seuls à suivre ce train d’enfer. Le Français poursuit son travail d’usure, ses adversaires lâcheront un par un. L’Italien sera le dernier à tenir, il ne craquera que lors du dernier tour.

Devant un public totalement acquis à sa cause triomphe sur ses championnats du monde. Ce jour là, Bernard Hinault, d’un panache sensationnel, était tout simplement intouchable. Avec ce maillot arc-en-ciel qu’il avait promis de remporter, le Breton tiendra quelques mois plus tard une autre de ses promesses avec ce même maillot : gagner Paris-Roubaix 25 ans après Louison Bobet.

Cet article, publié dans Année 80, Championnats du Monde, Cyclisme Français, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour L’exploit d’Hinault à Sallanches

  1. Tietie007 dit :

    Je me souviens, à la TV, lorsque le Blaireau a lâché Baronchelli !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s