Les destins croisés de Gaul et Bahamontes

Les plus grands exploits et les plus belles épopées de l’histoire du cyclisme se construisent en montagne. On dit d’ailleurs souvent que le grimpeur fait parti d’une race à part, le grimpeur est hors norme. Parmi les champions qui ont façonné cette légende, nous sommes obligés de penser à Charly Gaul et Federico Bahamontes, tant leurs performances dans les grands cols Européens, en particulier ceux du Tour de France à la fin des années 50.

Bahamontes le plus doué…

La question qui tourmente de nombreux observateurs : qui est le meilleur grimpeur entre le Tolédan et Gaul ? Pour le Luxembourgeois, la réponse est sans équivoque : « Federico est un grimpeur né. Il n’est possible de le battre que lorsqu’il ne dispute pas une côte. » Pour preuve, l’Aigle de Tolède a établi un record historique, celui d’avoir passé 41 cols en tête (dont 16 à plus de 2000 mètres d’altitude contre neuf pour Virenque) durant ses dix participations sur le Tour de France, qui se sont soldés par le gain de six maillots de meilleur grimpeur et un maillot jaune. On disait d’ailleurs qu’il possédait un don surnaturel d’escaladeur. Richard Virenque aura par la suite battu le record de l’Espagnol. Mais il faut tout de même relativiser cette performance. L’Aigle de Tolède a passé 16 cols de plus de 2000 mètres d’altitude en tête contre seulement 9 pour le Français. Quant à Gaul, l’Ange de la Montagne, il ne gagnera qu’à deux reprises le classement de la montagne.

… Gaul le plus complet

Malgré leur profil de grimpeur exceptionnel, plusieurs choses distinguaient les deux champions. La polyvalence. L’Espagnol ne savait faire qu’une chose : grimper. Guère à son avantage dans l’effort solitaire, il s’ennuyait dans les étapes de plaine et se laissait parfois volontairement décrocher. Mais ce sont surtout ses piètres qualités de descendeur qui auront fait couler le plus d’encre. On disait qu’il montait les cols encore plus vite qu’il ne les descendait. Ce n’est qu’une image, mais elle reflétait bien sa peur chronique de cet exercice. Parmi les anecdotes les plus marquantes, on peut citer celle intervenue sur Tour de France 1954, au sommet du col de Roméyère. Arrivé avec une large avance, il avait mis pied à terre pour attendre ses concurrents. Les mauvaises langues diront qu’il avait peur de faire la descente seul. D’autres disent qu’il s’était arrête pour manger une glace. Quant à l’intéressé, il répond qu’il voulait voir qui passerait second au sommet du col. Pour son premier Tour, son contrat étant de ramener le maillot à pois. De son côté, Charly Gaul possédait, au contraire de son alter égo, de grandes qualités pour l’effort solitaire. Ainsi, nous l’avons vu à plusieurs reprises dominer les meilleurs rouleurs de sa génération, y compris le grand Jacques Anquetil.

Le feu et la glace

A l’image de Lance Armstrong, le Luxembourgeois tirait le meilleur de son potentiel dans des mauvaises conditions météorologiques, comme le montre son exploit sur le Monte Bondone sur le Tour d’Italie en 1956. Sur les quatre cols au programme des 242 kilomètres de la 20éme étape du Giro, il remporte l’étape avec près de 8 minutes d’avance sur le second. Malgré son déficit de plus de 16 minutes sur le maillot rose et une place dans les profondeurs du classement avant l’étape, Gaul remportera pour la première fois le Giro en l’espace d’une étape. Il récidivera trois ans plus tard sur l’épreuve Italienne, mais cette fois, avec une grande maitrise au cours des trois semaines de course et une ascension remarquable du Petit Saint Bernard qui lui permit de reprendre 10 minutes à Jacques Anquetil. Par contre, le Luxembourgeois ne semblait pas tellement apprécié la grande chaleur, ce qui lui a valu quelques petites défaillances. C’est tout le contraire pour Bahamontes qui excellait quasi exclusivement dans les températures chaudes et caniculaires du mois de juillet.

L’exploit dans la Chartreuse

Les deux grimpeurs auront chacun été vainqueur du Tour de France à une reprise. Le Luxembourgeois brille en 1958 dans un Tour de France dont le favori est Jacques Anquetil. Pour le premier effort solitaire du Tour à Chateaulin, c’est pourtant le Luxembourgeois qui bat à la surprise générale son rival. Le Normand avait dit que le vainqueur de ce chrono remportera l’épreuve. La suite de la course confirmera ses formidables qualités de visionnaire. Gaul gagnera de nouveau contre le chronomètre au Mont Ventoux devant le Tolédan, établissant un record qui ne sera battu que quatre décennies plus tard. Mais le lendemain, vers Gap, il est attaqué à l’issue d’un incident mécanique dont il est victime. Accusant un retard de 15 minutes au général, peu de monde le voyait l’emporter, mais le Luxembourgeois écriera sa légende, celle qui lui vaudra justement ce surnom d’Ange de la Montagne, lors de l’étape d’Aix les Bains disputée dans des conditions apocalyptiques. Avec le soutien Bahamontes et la rage qui l’anime, il s’enhardit à Luitel et creusera par la suite des écarts astronomiques. Isolé dans la Chartreuse, le maillot jaune Raphael Geminiani sombre et perd près de 15 minutes. Le maillot jaune tombe sur les épaules de l’Italien Vito Favero. Pas pour longtemps car le Luxembourgeois affirmera de nouveau sa supériorité sur l’exercice chronométrée en l’emportant entre Besançon et Dijon pour remporter son unique Tour de France.

Une fraternité

Après la victoire de Gaul sur le Tour de France 1958, Federico Bahamontes, au sein d’une équipe d’Espagne sans ambition, va succéder à Gaul. Ce dernier victime d’une défaillance vers Aurillac perd toutes ses chances de l’emporter, alors que l’équipe de France manque clairement de cohésion. Ainsi entre Saint Etienne et Grenoble, les deux rois de la montagne s’échappent ensemble. Ironie de l’histoire, le dernier col de l’étape est celui de Romeyere. Comme un frère, le Luxembourgeois persuade l’Espagnol de faire avec lui la descente à fond, pour au final aller cueillir un maillot jaune. Bahamontes a également su profiter des querelles Franco-françaises, l’équipe de France ne voulait pas voir Henry Anglade de l’équipe Centre-Midi l’emporter, question d’orgueil à une époque où le Tour se courait en équipe national. Au final, avec l’aide de son ami Luxembourgeois, le Tolédan remporte son seul Tour de France.

Unis par le goût des cimes et par l’amour de la montagne, la rivalité qui divisait au départ les deux grimpeurs est rapidement devenue une fraternité. Chacun des deux champions ayant contribué aux succès et à la légende de l’autre. Pour Bahamontes, on pourra longtemps regretter sa trop grande préférence pour le blanc à pos rouge au détriment du jaune. Au vu de ses qualités de grimpeur exceptionnel, il aura certainement eu un palmarès bien plus conséquent avec une mentalité différente. Du côté de Charly Gaul, nous pouvons légitimement penser que la formule des équipes nationales a largement pénalisé sa carrière, la faute au réservoir de coureurs bien trop faible sur le Grand Duché et à une cohabitation peu prolifique avec les Suisses ou Néerlandais…

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5 commentaires pour Les destins croisés de Gaul et Bahamontes

  1. Ping : La Véridique Histoire de Federico Bahamontes de JPO | Histoire et Légende du cyclisme

  2. Ping : La carrière brisée de Roger Rivière « Histoire et Légende du cyclisme

  3. DODE Bernard dit :

    Si Bahamontes a gagné sept fois le grand prix de la montagne, il n’a pas un seul maillot à pois (il n’existé pas à l’époque) son trophée était une tête de chamois empaillé offerte chaque année par un habitant de l’Alpes d’Huez.

  4. Ping : Le formidable cyclisme Luxembourgeois « Histoire et Légende du cyclisme

  5. Ping : Guerra, le magnifique rouleur « Histoire et Légende du cyclisme

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