La carrière Italienne de Gino Bartali

Dans un article précédent, j’avais évoqué le parcours de Gino Bartali sur le Tour de France. Dans cet article, je traiterais de la carrière Italienne du Florentin. Grimpeur d’exception, imbattable dans les derniers hectomètres des cols, Bartali commence sa carrière amateur en Toscane. Il croise un certain Alfredo Bini qui devient son grand rival chez les jeunes. Plus tard, la dualité entre les deux Toscans se manifestera lors du Mondial 1936, chacun des deux coureurs ayant couru pour faire perdre l’autre, et non pour gagner. Son début dans le cyclisme est marqué par une grave chute en 1934 dans un sprint. Il sera défiguré et devra se refaire le visage par un chirurgien. Lire la suite

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Le sous-estimé Fuente

Parmi les rivaux de Merckx, on parle souvent d’Ocaña, De Vlaeminck ou encore Maertens. On parle relativement peu de José Manuel Fuente Lavarenda. Grimpeur de poche Espagnol, il avait causé bien des soucis à Eddy Merckx lors de différents Tours d’Italie. Surnomme « El Tarangu » pour sa force de caractère, il était en effet un grimpeur plein de panache et d’aisance quand les pourcentages s’accentuaient, il était un des dignes représentants de la caste espagnole des purs escaladeurs. Son trop grand franc-parler lui valut certains ennemis qui n’appréciaient pas ses paroles en l’air, notamment sur un Giro, où Fuente déconcertant d’aisance annonçait qu’il pouvait mettre ses rivaux à une heure s’il le voulait… Il remportait à deux reprises son Tour national. En 1972, il n’avait rencontré aucune opposition sérieuse. Deux ans après, sa supériorité dans les cols était manifeste. Mais une chute dans le chemin d’Eibar l’avait mise en danger jusqu’au dernier jour. La veille du dernier chrono, il ne possédait plus que 1’32’’ d’avance sur Lasa et 2’35’’ sur Agostinho. On annonce la défaite de Fuente lors de son arrivée. Le petit grimpeur pleure mais après vérification, l’Asturien avait réussi à conserver une avance de 18 secondes sur le redoutable Joaquim Agostinho. Lire la suite

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Les tournants de la carrière d’Eddy Merckx

Tellement de choses ont été écrites et dites sur le mental et la carrière d’Eddy Merckx. Champion unique, il était la personnification de tous les anciens champions réunis, il était le champion idéal. Coppi était connu pour ses exploits romanesques et insensés. Merckx réalisait chaque mois des exploits de la trempe de l’Italien. Van Looy était la référence incontestée des classiques. Merckx l’avait presque égalé à seulement 23 ans. Merckx était un champion unique. J’avais abordé quelques semaines auparavant, les premières années de la carrière cycliste d’Eddy Merckx. Dans cet article, j’aborderais la saison 1969 du champion Belge, synonyme de tous les drames et exploits.

Un début de saison sensationnel

Merckx n’aimait guère trainer en début de saison. En cette année 1969, le Bruxellois allait vite montrer qu’il était bien le patron du cyclisme mondial. Dès le mois de mars, il remportait son premier des trois Paris-Nice. Symboliquement, il s’imposait lors de l’épreuve chronométrée de la course au soleil devançant notamment un certain Jacques Anquetil. Lors de la dernière étape au sommet du col d’Eze, le jeune Belge résistait aux assauts du Normand mais surtout de Raymond Poulidor. Les médias parlent symboliquement de passation de pouvoir, même si celle-ci avait déjà été réalisée bien avant. Quelques jours après, il survolait de nouveau Milan-San Remo sur un nouveau démarrage à 100 mètres du sommet du Poggio. Le Belge effectue ensuite une descente vertigineuse pour s’imposer une nouvelle fois sur sa classique favorite.

Merckx continue de propager son hégémonie sur un Tour des Flandres couru sous la pluie. L’ambition du Belge est décuplée avant le départ de la course pour différentes raisons. Il n’avait guère apprécié le mauvais que lui avaient joué les Italiens Zandegu et Gimondi l’année passée. De plus après ce nouvel échec en 1968, les journalistes avaient émis de sérieux doutes sur sa capacité à briller sur les Monts Flandriens. Le Bruxellois était-il capable de conquérir la Flandre ? Le Brabançon s’appliqua à tous les balayer de la meilleure des manières afin de faire taire ses détracteurs. Auteur d’une somptueuse échappée en solitaire de 70 km, il repoussait Felice Gimondi à cinq minutes et Marino Basso à huit minutes.

Pour compléter ce que l’on peut appeler un Grand Chelem en ce début de saison, il prit une nouvelle revanche sur Liège-Bastogne-Liège, qui ne lui avait encore jamais réussi. En 1967, il s’était fait ruser par Walter Godefroot qui lui avait grillé la priorité au sprint, alors que le Flamand n’avait quasiment pas collaboré avec le Belge. Eddy Merckx était un coureur généreux, parfois trop généreux. A chaque course classique, qu’il soit dans un grand jour ou non, le Bruxellois tenait à effectuer lui-même la sélection afin de rejeter les plus faibles à l’arrière. L’idée qu’un second couteau puisse s’imposer dans une course classique ne lui convenait guère. Ainsi, à chaque classique où Eddy Merckx était au départ, chaque vainqueur était un coureur d’une grande valeur. Pour revenir à Liège-Bastogne-Liège, le Cannibale avait dû renoncer en 1968 en raison d’une maladie. Pour laver ses échecs, la victoire était impérative pour le Belge. Ce dernier s’appliqua à faire la sélection en personne dans les 100 derniers kilomètres, défiant quiconque qui voudrait s’opposer à sa supériorité. Imbattable, il s’adjuge Liège-Bastogne-Liège devant son équipier Victor Van Shil. Gimondi était repoussé à huit minutes.

Le drame de Savone

Irrésistible, on se demande bien qui pourrait arrêter l’ogre Bruxellois sur le Tour d’Italie. Bien qu’il ait couru ce Giro à l’économie en prévision du Tour de France, Eddy Merckx est intouchable dans l’épreuve au maillot rose. Mais un parfum de scandale souffle autour de ce Giro. Certains contrôles antidopage sont effectués alors qu’il ne respecte pas les normes internationales. On essaie discrètement d’acheter le Giro au Belge, mais ce dernier refuse. Le coup de théâtre qui intervient dans la nuit du 1er et 2 juin à Savone, était peut-être inéluctable. Au terme d’un de ces contrôles antidopage, Merckx est prié de quitter l’épreuve sans avoir le droit de se défendre. L’affaire atteint des proportions gigantesques, le Belge pensait même arrêter sa carrière un moment. Mais il sera finalement gracié quelques semaines plus tard « au bénéfice du doute » et il peut finalement courir le Tour de France avec une détermination sans égale, Savone restera longtemps dans son esprit : «C’est la plus grande injustice de ma carrière, je suis victime d’un complot ».

L’épisode de Savone a profondément marqué Merckx. Il l’a transformé. Merckx n’est plus et ne sera plus ce jeune champion insouciant voir naïf. Anquetil était considéré comme un patron difficile. Merckx sera un véritable dictateur. Devenu parano depuis ce tragique épisode, Merckx n’a plus confiance en beaucoup de monde et c’est en l’amour de sa femme Claudine et de sa famille qu’il parviendra à redevenir un nouveau genre de champion, encore plus impitoyable.

La Belgique a enfin son champion

Après trente années de disette, la Belgique atteint son nouveau champion sur la Grande Boucle. A la surprise générale, Eddy Merckx était le premier coureur à s’élancer du prologue de ce Tour de France, qu’il termine à la seconde place. La presse, les spectateurs et la caravane ont été pris à revers par ce revirement de situation. Le Belge souhaitait partir en premier afin d’éviter toutes sollicitations médiatiques, ce qu’il réussit parfaitement. La première échéance de ce Tour intervient lors de l’étape du Ballon d’Alsace. Seul contre tous, le Cannibale pulvérise l’opposition. A l’usure, en imprimant un train progressif, il annihile tous espoirs dans le camp des adversaires. Sa démonstration est tellement importante qu’avant même d’aborder les Alpes et les Pyrénées, ses adversaires semblent résignés. Merckx emmène le cyclisme dans une nouvelle époque après une démonstration stratosphérique dans l’étape vers Mourenx. Alors qu’il était confortablement leader de l’épreuve, le Belge s’était permis d’effectuer une échappée solitaire gratuite de 140 km pour s’imposer avec huit minutes d’avance sur ses rivaux. L’année dernière, Jan Janssen avait remporté le Tour avec 38 secondes d’avance soit le plus petit écart jamais enregistré. Eddy Merckx l’emporte avec plus de 17 minutes d’avance sur Roger Pingeon.

Malgré les premiers pas sur la Lune de Neil Armstrong, Eddy Merckx parvenait tout de même à rester en haut de l’affiche grâce à sa domination sur le Tour de France. Mais sa carrière allait prendre un nouveau tournant décisif le 9 septembre 1969 sur la piste de Blois. Victime d’une terrible chute, Eddy Merckx se blesse au dos. Le Belge ne retrouvera plus jamais l’aisance qui lui avait permis de réaliser des exploits fantastiques en montagne comme au Tre Cime di Lavaredo ou à Mourenx. Mais grâce à sa force de caractère inouïe, sa carrière a continué à être éclatante pendant encore cinq bonnes saisons. Beaucoup de choses peuvent être racontées à propos du reste de sa carrière. Mais pour mon prochain article, je me concentrerais principalement sur son record de l’heure, qui reste selon moi, la plus grande prouesse de sa carrière.

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Ferdi Kübler, le pur-sang

Ferdi Kübler n’était certainement pas le coureur le plus élégant du peloton à l’inverse d’un Hugo Koblet. Ferdi Kübler n’avait certainement pas la « super classe » de Fausto Coppi. Il n’empêche que l’Aigle d’Adliswil a remporté au cours de sa carrière quatre fois consécutivement les classiques constituants le week-end Ardennais. Le Suisse fut également à trois reprises le lauréat du Challenge Desgrange-Colombo. Kübler n’était pas touché par la grâce des dieux, mais il avait en lui une détermination hors du commun et un goût du combat inné.

Premier Suisse vainqueur du Tour de France

Après des débuts  dans le cyclisme prometteurs, la carrière sur route du Suisse avait failli tourner court. Lors de son service militaire au début du second conflit mondial, un arbre venait écraser sa jambe, Ferdi s’en sortait miraculeusement. Quelques années plus tard en 1946, lors de la classique Zurich – Lausanne, Kübler chutait lors du sprint final. Il était victime d’une double fracture du crâne, ainsi que d’une fracture du bas et de la clavicule. Cette même année, le champion Suisse perdait successivement son frère et sa mère. Malgré les drames, Kübler trouvait la force de revenir encore plus fort sur le vélo. Pour le premier Tour de France d’après guerre, malgré une guérison physique encore incomplète, Ferdi devenait le premier maillot jaune du Tour de France de l’après guerre à Lille, d’une épreuve qu’il ne terminera pas.

Irrégulier, capable de coups d’éclats et de belles défaillances, Kübler trouvait un semblant de stabilité en 1948, remportant coup sur coup le Tour de Romandie et le Tour de Suisse, les deux courses phares du calendrier suisse. Malgré tout, il était encore considéré comme un clown qui faisait le spectacle un jour avant de s’écrouler le lendemain. Attaquant invétéré, son Tour de France 1949 allait donner raison à ses détracteurs. Malgré une victoire d’étape, le Suisse abandonnait à quelques jours de Paris, le moral touché par ses échecs face à Coppi et Bartali. Après deux abandons répétés sur le Tour de France, peu de monde croyait aux chances du Suisse pour une victoire sur la Grande Boucle en 1950. Mais le retrait des Italiens durant la traversée des Pyrénées va métamorphoser Kübler. Sur l’étape entre Perpignan et Nîmes, le Suisse menait avec son ami Stan Ockers une grande offensive qui allait repousser Bobet et Géminiani à près de 10 minutes. Dans les Alpes, Kübler résistait aux assauts tricolores. Il ne craquait pas face à l’offensive de Bobet – un moment leader virtuel – vers Briançon et Kübler parachevait son succès final lors du dernier exercice solitaire.

Après son prestigieux succès de 1950, l’Aigle d’Adliswil avait préféré laisser la main à son rival Koblet sur le Tour 1951. Kübler ne revenait qu’en 1954 sur la Grande Boucle. Conscient de ses limites en haute montagne face à un Bobet au sommet de son art, le Suisse remportait tout de même le maillot vert du classement par points. Son aventure avec la Grande Boucle prit fin en 1955 de façon pittoresque sur le Mont Ventoux. Comme un fauve, le Suisse se jetait à l’assaut des pentes du Géant de Provence. Geminiani lui conseillait d’être plus prudent : « du calme Ferdi : le Ventoux n’est pas un col comme les autres », ce à quoi le Suisse répondait de manière burlesque « Ferdi, pas un coureur comme les autres non plus. Ferdi, grand champion ». Trop confiant, le Suisse fut victime d’une incroyable défaillance dans l’ascension, qui l’obligera à abandonner, l’orgueil atteint, quelques jours plus tard.

Le doublé des Ardennes

Ferdi Kübler fut le premier coureur à remporter la même année la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, dans ce que l’on appelait encore le week-end Ardennais, car les deux épreuves se disputaient le temps d’un week-end. En 1950, il remportait une Flèche Wallonne enlevée, devançant trois vainqueurs du Tour de France. Dans l’ordre : Gino Bartali, Jean Robic et Louison Bobet. Jamais une grande classique n’avait comporté quatre vainqueurs de la Grande Boucle aux quatre premières positions. Le lendemain, Kübler confirmait son statut de meilleur descendeur du peloton – avec Fiorenzo Magni – en s’évadant du peloton à 23 km de l’arrivée pour aller cueillir Germain Derycke à un kilomètre du but. Plus tard dans la saison, le Suisse confirmait son statut de numéro un dans les classiques en remportant les championnats du monde. Grand favori de l’épreuve, le Suisse sut canaliser ses forces afin de disposer de Magni au sprint.

En 1952, Kübler remportait de nouveau la Flèche Wallonne, malgré un Jean Robic remuant, en réglant un petit groupe de costauds au sprint, tels que Stan Ockers et Raymond Impanis. Le lendemain sur la Doyenne, Kübler est de nouveau présent dans le final avec son grand rival Jean Robic et l’attaquant de la journée Henri Van Kerckhove. Le surprenant Belge parvient à surprendre le Français par une attaque proche du but, mais pas le Suisse. Comme l’an dernier, l’Aigle d’Adliswil allait briser les rêves Belges en remportant pour la seconde fois d’affilée la Doyenne. Après une saison 1953 décevante marquée par un succès inespérée sur Bordeaux-Paris, Kübler revenait en force en 1954. Il franchit la ligne en premier sur la Flèche Wallonne, mais il était justement déclassé pour avoir tassé le Belge Germain Derycke contre les barrières. Le lendemain, le Suisse est surpris comme tous les autres favoris par la victoire du Luxembourgeois Marcel Ernzer. Kübler se classait 3éme mais remportait pour la 3éme fois le week-end Ardennais.

Comme sur le Tour de France, Ferdi empruntera une dernière fois les routes des Ardennes en 1955, abandonnant la Doyenne à mi-course. Sa carrière longue de près de deux décennies, lui a valu en 1983, le titre de sportif Suisse du dernier demi-siècle. Reconverti en homme d’affaires averti, Ferdi Kübler est le plus âgé des vainqueurs du Tour de France encore en vie. Il a aujourd’hui 91 ans.

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Mes quatre vérités, de Raphaël Geminiani

Le franc-parler a toujours été un des principaux traits caractéristiques de Raphaël Géminiani. Au cours de sa carrière, l’Auvergnat aura marqué son temps par ses coups de gueules légendaires et ses blagues délirantes. Dans son ouvrage datant de juin 2010, « Gém » livre ses quatre vérités en s’attaquant ouvertement aux problèmes du dopage. Pas de langue de bois, l’ancien directeur sportif de Jacques Anquetil livre son opinion à ce sujet du haut de toutes ses longues années dans ce milieu. L’Auvergnat nous régale également avec des successions d’anecdotes toujours plus drôles, parlantes et amusantes les unes que les autres.

« Gém » nous livre également sa recette pour devenir un grand champion. En la synthétisant, cela peut se résumer à deux mots : travailler et souffrir. Malgré le prestige et le respect que j’ai pour l’auteur de ce livre, je trouve que sa vision est aujourd’hui dépassée et qu’il tend trop à annihiler l’effet du dopage dans le cyclisme. Raphaël Géminiani insiste en effet que pour devenir un champion cycliste aujourd’hui, le dopage est obsolète et qu’il n’est pas nécessaire. Je doute vraiment de sa vision des choses…

Contenu : les anecdotes et le parcours de Raphaël Géminiani
Public visé : tout public
Note : 8,5/10
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L’incroyable saison 1976 de Maertens

Freddy Maertens avait réalisé en 1976 une année exceptionnelle sous la houlette de Guillaume Driessens. En s’adjugeant le titre mondial, le titre de Champion de Belgique, quatre courses classiques, huit étapes du Tour de France, deux au Tour de Suisse, six sur Paris-Nice et encore bien d’autres victoires, il avait dominé la saison 1976 et affolait les compteurs. Le leader de la Flandria comptait en fin de saisons 55 succès, record absolu pour un coureur professionnel, une saison de forcené.

Présent dans les Six Jours en début de saison, Maertens disputait sa première course sur route en Corse. Il remportait deux étapes avant de se retirer la veille de l’arrivée. Il voulait en effet se rendre au Het Volk pour gagner, mais il ne terminait que 13éme. Quelques jours plus tard sur Paris-Nice, il ridiculisait ses adversaires au sprint, remportant six étapes dont une au sommet des Arcs. Au général, il est battu en l’absence de bonifications, seulement 4éme. Sur Milan-San Remo, il crevait dans la descente du Poggio alors qu’il s’apprêtait à revenir dans le sillage d’Eddy Merckx, le futur vainqueur. Maertens aura sa revanche quelques heures plus tard sur la Flèche Brabançonne. Sur les terres de Merckx, le Flamand domine le Bruxellois au sprint. Maertens enchaine ensuite avec une victoire sur l’Amstel Gold Race après une attaque dans le Keutenberg à 30 km de l’arrivée pour couper la ligne avec 4’29’’ d’avance sur Jan Raas. Favori du Tour des Flandres, Maertens et De Vlaeminck se marquent abusivement et se neutralisent. Ils laissent filer la victoire bêtement à Planckaert. Maertens rate une nouvelle occasion de briller sur le Ronde alors qu’il était le plus rapide au sprint. Quarante huit heures après, le Flamand remporte Gand-Wevelgem pour la seconde fois après avoir créé la sélection dans le Mont Kemmel et réglé ses adversaires au sprint. Sur Paris-Roubaix, il part de nouveau avec l’étiquette de favori, mais il ne peut défendre ses chances sur chute. La victoire revient tout de même à un Flandrien, en l’occurrence Marc Demeyer l’équipier modèle qui a parfaitement exploité la rivalité entre Moser et De Vlaeminck.

Les classiques Ardennaises laisseront également un goût d’imparfait à Maertens. Troisième de la Flèche, il est battu par Joop Zoetemelk qui avait attaqué à 50 bornes de l’arrivée. Maertens doit se contenter d’une seconde place sur la Doyenne, prisonnier de la tactique d’équipe. Son équipier Van Springel était en tête  de la courseavec Joseph Bruyère, le futur vainqueur. Dans la côte de la Redoute, Van Springel est lâché. Les Flandria embrayent à l’arrière, mais c’est bien trop tard, Bruyère était déjà largement en tête. La saison des classiques continue cependant pour Maertens malgré les échecs. Il compte bien les effacer à Francfort. Avec le concours fabuleux de Michel Pollentier qui annihile toutes les attaques de Merckx, son leader l’emporte au sprint. Maertens doit courir à Zurich le lendemain mais est convié à une réception le soir de sa victoire Allemande. Le Flamand arrive en Suisse à 3h du matin sans être massés, sans repos. Le départ du Championnat de Zurich est donné à 8h. Maertens prend sa revanche sur Roger De Vlaeminck et le devance au sprint. Il remporte en 24h, dans des conditions « extrêmes » deux classiques importantes. A peine rassasié, le leader de la Flandria remporte les Quatre Jours de Dunkerque pour la troisième fois.

Objectif Tour de France

Après cette formidable série de succès en début de saison, la tête du champion de Lombardisjde est portée sur le Tour de France. Il se classe de manière encourageante 7éme du Tour de Suisse, avant de remporter après 35 km d’échappée solitaire, le titre de champion de Belgique, malgré la bonne prestation d’Eric De Vlaeminck, frère de Roger. Sur le Tour de France, Freddy Maertens effectue une véritable razzia en remportant huit étapes. Il aurait logiquement pu ambitionner mieux, car il avait volontairement vendu une victoire d’étape à Jacques Esclassan afin de calmer les ardeurs de plus en plus pressantes de l’équipe Peugeot, qui auraient pu lui nuire par la suite.  Le dernier jour, Maertens est bêtement battu par le Hollandais Gerben Karstens alors qu’il était encore le plus véloce sur le sprint final. Cela aurait donc pu faire dix victoires d’étapes au total, record absolu.

Huitième au classement général, il affiche des ambitions plus poussées dans le futur. Son classement aurait pu être amélioré, mais Guillaume Driessens lui avait conseillé de lever le pied dans la traversée des Alpes afin d’assurer le maillot vert. C’est seulement dans les Pyrénées que le Flamand a grimpé à son vrai niveau. Septième au sommet du Pla d’Adet, il acquiert la conviction de pouvoir jouer mieux qu’un maillot vert. Dans une étape de fin de Tour de France à Versailles, Maertens s’était échappé avec Ferdinand Bracke pour entrer dans les 5 premiers du classement. Mais il chutait à un moment inopportun et voit passer le peloton. Il crie alors « deux avec moi, les autres poursuivent à fond ». Le Flamand était parvenu à combler son retard et à gagner l’étape !

Le Mondial comme consécration.

Après un excellent premier Tour de France et une saison complète, il est favori des journalistes à l’approche du Mondial à Ostuni à 35 % des voix. Ce championnat du monde doit être la consécration de Maertens, il doit l’emporter sinon il passera encore à côté d’une grande épreuve d’un jour et les médias titreront encore « Maertens ne supporte pas la pression ». Bien aidé par une équipe de Belgique pour une fois soudé autour du favori logique. Zoetemelk et Moser étaient partis dans le final. Mais les Belges avaient maintenu les deux coureurs en ligne de mire, permettant à  Maertens de contrer avec dans sa roue Conti. Le Flamand revient facilement en tête. Rapidement, il se retrouve seul avec Moser qui tente l’impossible pour gagner chez lui. Il propose dixmillions de lire à Maertens, il essaie de profiter de l’aspiration des motos pour partir. Mais rien n’y fait. Maertens est encore là et gagne facilement au sprint. Pour célébrer son titre, le champion du monde se rend au GP des Nations. Il l’emporte en couvrant les 90 km à 44,104 km/h de moyenne. Le record de l’heure est envisagé mais un sombre problème  entre Paul Claeys et Ernesto Colnago va faire avorter le projet.

La malédiction arc-en-ciel

La saison 1977 va en quelque sorte être le début de la fin pour Maertens. Il perd de nouveau le Tour des Flandres, de manière rocambolesque. Il change de vélo dans le Koppenberg. Un commissaire annonce qu’il est déclassé mais qu’il peut continuer la course. Maertens emmène avec lui Roger De Vlaeminck collé à sa roue qui ne lui passe aucun relais. A 1 500 mètres de l’arrivé, le même commissaire annonce qu’il ne sera pas déclassé à l’arrivée… Au sprint, le Gitan l’emporte sans avoir mis un coup de pédales. Maertens est encore le plus fort sur la Flèche Wallonne, il écrase la course et gagne avec 4 minutes d’avance avant d’être déclassé pour un contrôle positif. Le champion du monde se rend quelques jours après sur la Vuelta. Il remporte l’épreuve avec treize succès d’étapes. Sur sa lancée, il poursuit sur le Tour d’Italie. Maertens remporte les huit premiers jours, pas moins de sept étapes. Mais le 28 mai 1977, il est victime d’une chute sur le circuit du Mugello après un sprint houleux face à Rik Van Linden. Ce dernier est déclassé. Maertens est victime d’une fracture du fémur. Cet accident marque le début de la fin pour le champion du monde.

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L’œuvre inachevée de Baronchelli

La carrière de Gianbattista Baronchelli ressemble à un gâchis, à un chef d’œuvre inachevé. Quand il arrivait dans le monde professionnel en 1974, l’Italien possédait un CV envieux. Vainqueur du Baby Giro et du Tour de l’Avenir, le natif de Mantoue avait failli créer l’exploit de battre Eddy Merckx sur le Tour d’Italie 1974. Certes, le Belge n’était pas au sommet de sa forme mais il n’en restait pas moins un grand champion. Malgré un ultime assaut dans les Trois Cimes de Lavaredo, le jeune Italien avait échoué à seulement douze petites secondes du Belge. A 21 ans, il était l’avenir du cyclisme mondial. L’Italie pensait avoir trouvé une nouvelle idole à vénérer, à une époque où Gimondi amorçait son déclin alors que Moser n’avait pas encore la renommée qu’il atteindra dans quelques années.

Des échecs répétés sur le Giro

Après des débuts exceptionnels, le natif de Mantoue n’a jamais pu satisfaire les attentes qui ont pesé à son égard. Ses prochaines participations sur le Tour d’Italie se sont révélées être une succession d’échecs malgré près d’une dizaine de place dans les dix premiers. « Gibi » est déclaré favori du Giro en 1975, en l’absence de Merckx et de Moser qui juge l’épreuve trop montagneuse. Victime d’une maladie virale, Baronchelli essuie son premier échec qui se solde par une 10éme place.  Le Giro 1976 sera une nouvelle déception (5éme place). Malgré sa forme précaire, l’Italien s’aligne sur le Tour de France qu’il décide d’abandonner. A partir de cette date, « Gibi » considérera la Grande Boucle comme une épreuve à  éviter.

Les deux prochaines éditions seront certainement celles qui laisseront le goût le plus amère pour l’Italien. Dans une équipe SCIC en manque de cohésion en 1977, Gibi ne reçoit pas le soutien nécessaire pour pouvoir remporter l’épreuve.  L’année suivante, il est battu par le Belge Johann De Muynck qui l’avait attaqué sur une chute. C’est malheureusement la loi du sport de haut niveau, le Belge avait également perdu l’épreuve deux ans auparavant pour les mêmes raisons face à Felice Gimondi. A 25 ans, le long déclin de cet éternel espoir Italien est déjà amorcé en ce qui concerne les Grands Tours toutefois.

Un redoutable coureur d’un jour

Si les prochaines années, Baronchelli ne fera pas mieux que deux 5éme place au classement général de son Tour d’Italie, il s’affirmera tout de même comme un coureur de course d’un jour de premier choix. Sur le plan national, Baronchelli a démontré les facettes de son talent à de nombreuses reprises sur les semi-classiques Italiennes. Son palmarès qui compte près de cent victoires comprend ainsi de nombreuses épreuves d’un jour du calendrier Italien.  Malgré tout, Baronchelli n’a jamais fait l’unanimité en Italie. On lui a toujours préféré Saronni ou Moser. Si cela n’avait pas toujours été le cas, le palmarès de Gibi aurait pu prendre une ampleur plus importante. Champion du monde, il aurait pu l’être. En 1980, il fut le dernier coureur à avoir résisté à un Hinault surhumain. L’année suivante à Prague, il est échappé en compagnie de Robert Millar dans le dernier tour. Mais derrière, ce sont les Italiens qui mènent une partie de la poursuite en faveur de Saronni, qui anhille toutes les chances de victoires de Gibi par la même occasion. Baronchelli n’a jamais été jugé à sa juste valeur, portant trop souvent cette étiquette de coureur fragile et peu fiable. Pourtant à un niveau plus élevé, Gibi a enlevé le Tour de Lombardie en 1977 et une seconde fois en 1986 de manière rocambolesque.  Ce dernier succès de prestige aurait été favorisé par l’intervention d’Ernesto Colnago, qui aurait sorti les chéquiers pour arranger une dernière victoire de son protégé. Spéculation ou vérité ? Nous ne le saurons peut-être jamais.

Beau, grand, passionnant et authentique, Gianbattista Baronchelli est parfois considéré par certains nostalgiques comme la plus belle pièce du cyclisme Italien de l’époque. Spécialiste des échappées et des évasions spectaculaires, il était l’antithèse de Beppe Saronni et Francesco Moser. Jamais reconnu à sa juste valeur, sa carrière a trop longtemps été perturbé par des ennuis de santé.

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