La progression de Maertens

A la suite du Mondial de Barcelone en 1973, les relations entre Freddy Maertens et l’ensemble du public Belge sont globalement froides. Il faut dire que les médias ont eu le don d’accentuer des rivalités déjà exacerbés. Quelques mois après l’épisode Barcelone, Freddy Maertens part à la chasse et il est photographié le gibier à la main par un journaliste de Het Nieuwsblad. Le lendemain, nous retrouvons cette photo à la première page du journal avec pour titre « Est-ce Merckx ou De Vlaeminck ? »

Malgré l’adversité, Freddy Maertens a poursuivi sa progression. En 1974, le trio Michel Pollentier, Freddy Maertens et Marc Demeyer (la locomotive du peloton) est formé. Après un début de saison marquée par les places d’honneur dans les classiques, le premier petit coup de théâtre se passe sur le Tour de Belgique. Maertens l’emporte largement devant  Roger Swerts, mais il est exclu de l’épreuve suite à un contrôle positif. Sa première affaire d’envergure avec le dopage. De nombreux coureurs Belges ont été pris au piège, ainsi Godefroot, Dewitte, Bruyère ou encore Leman ont également été rattrapés par la patrouille. Sur les Quatre Jours de Dunkerque, Maertens est en passe de remporter l’épreuve. Il a battu Merckx dans l’épreuve solitaire, mais il est piégé par son équipier Walter Godefroot qui refuse de lui apporter le soutien à un moment clef de la course. La dernière grande ligne de sa saison est le championnat du monde au Canada. Alors qu’il semblait en pleine forme, parti peut-être pour un titre de champion, il doit brusquement abandonner l’épreuve. Freddy pense qu’on l’a empoisonné. Quelques années plus tard, selon le Flamand, Gust Naessens, soigneur de Merckx à l’époque, aurait avoué l’empoisonnement, c’est le « doping to lose ». A l’arrivée à Montréal, le champion du Monde était … Eddy Merckx.

Pas de Tour de France

Comme l’an dernier, Maertens multiplie les places d’honneurs mais gagne peu. Il décroche cependant Gand-Wevelgem, mais cela ne semble pas trop convaincre Eddy Merckx : « Gand-Wevelgem est une classique neuve et n’a pas le prestige de Paris-Roubaix ou du Tour des Flandres. Maertens n’a peut-être pas de classe, mais il a de la volonté. Je ne pense pas qu’il puisse devenir très dangereux dans les grands tours ». Justement, le premier test avec la montagne va intervenir lors du Dauphiné Libéré. Fait inédit, Freddy Maertens remporte les six premières étapes, sprint ou contre-la-montre. Blessé au dos, il ne peut réaliser de performances correctes dans la Chartreuse et les plus difficiles cols Alpins. Les journaux écrivent déjà qu’il ne passera jamais les cols avec les meilleurs. Pourtant, Briek Schotte insiste pour que son poulain dispute le Tour, mais Maertens répond « non pas avant 1976 ». En fin de saison, il remporte Paris-Bruxelles devant Dierickx et Merckx après avoir multiplié les attaques. Mais le Cannibale prétexte qu’une moto a gêné le sprint de Dierickx qui pouvait battre Maertens. Réponse de Freddy la semaine suivante, il s’impose sur Paris-Tours après un sprint monumental. Parmi les grands outsiders du Tour de Lombardie, De Vlaeminck et Merckx refuse la collaboration avec le dangereux Maertens, et Moser s’envole tranquillement pour la victoire.

Et voilà Driessens

Guillaume Driessens fait son apparition dans la carrière de Maertens en 1975. Lomme possède le don de motiver comme jamais un coureur. Il était probablement ce qui manquait pour la réussite de Maertens. Très professionnel dans sa manière d’agir, il est en grande partie responsable de la progression de Freddy, comme il l’a été pour d’autres champions comme Merckx, Coppi ou Van Looy. En 1976, la collaboration entre les deux hommes débute réellement, ce sera la meilleure saison de Freddy Maertens.

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Tour de France 1966

Le Tour de France 1966 est marqué par l’absence du tenant du titre Felice Gimondi. Raymond Poulidor est le nouveau grand favori de l’épreuve car Jacques Anquetil ne semble plus avoir son meilleur coup de pédales pour trois semaines de course. Malgré tout, la France attend un duel entre ses deux champions. Au cours de la deuxième étape – déjà – le ton monte entre les deux champions. Le Limousin accuse Anquetil d’avoir profité de sa chute pour l’attaquer. « On n’attaque pas un homme à terre » s’insurge Poupou.

Le deuxième temps fort de cette Grande Boucle intervient entre Bordeaux et Bayonne. Pour protester contre l’apparition des contrôles antidopage, le peloton vindicativement emmené par Jacques Anquetil et Rik Van Looy protestent en première ligne. Ces événements sèment quelque peu la zizanie avant les premières étapes de montagne. Le modeste Italien Tomasso De Pra remporte alors la première étape de montagne à Pau et s’adjuge le maillot jaune. Mais l’événement marquant de la journée, c’est cette échappée d’une vingtaine de coureurs qui a pris une grosse marge de sept minutes en vue de la victoire finale. Parmi ses coureurs, on retrouve notamment Jan Janssen et Lucien Aimar. Poulidor est resté dans le peloton à marquer Jacques Anquetil. Le Normand savait qu’il n’était plus en mesure de remporter la Grande Boucle. Il a bluffé avec Poulidor pour favoriser la fuite de son équipier Aimar, et Poupou s’est – de nouveau – fait avoir comme l’an dernier tel un débutant. Antonin Magne est dépité et ne comprend pas son coureur. Pierre Chany titre « Poulidor dans le lasso d’Anquetil ».

Poulidor est bien l’homme le plus fort de ce Tour de France. Quelques jours plus tard, on retrouve entre Pau et Luchon, les deux rivaux lançaient ensemble dans une grande offensive. Mais celle-ci ne prend pas l’ampleur espérée et aucune différence importante n’est faite. Dans le premier test solitaire, il devance Anquetil de sept secondes, preuve du déclin du Normand. Arrive ensuite les Alpes, Poulidor doit refaire un déficit de près de six minutes sur les premiers. A Briançon dans la grande étape Alpestre, Julio Jimenez effectue un numéro mais Poulidor ne reprend qu’un temps limité à ses rivaux qui avoisine la minute. Entre Briançon et Turin, une offensive de Poulidor lâche Aimar dans le col de Coletta, mais Anquetil reconverti en équipier de luxe ramène son poulain sur le Limousin. Au sommet, le Normand fait signe à Aimar d’attaquer. Ce dernier que beaucoup considèrent comme le meilleur descendeur de tous les temps, creuse des écarts importants. Poulidor et Janssen sont surpris. Aimar bénéficie du concours des premiers attaquants de la journée, alors que Poulidor est isolé derrière. A l’arrivée, Lucien Aimar brandit le maillot jaune et a fait le break. Janssen est à 1’35’’ alors que Poulidor est repoussé à plus de 4 minutes. Les qualités de visionnaire d’Anquetil ont encore eu raison de Poulidor. Le Normand tire sa révérence sur le Tour quelques jours plus tard à Saint-Etienne suite à une bronchite.

Entre temps, Poupou fait le maximum pour refaire son retard, mais il se heurte au trident de l’équipe Ford emmené par Anquetil suivi de Jimenez et Aimar. Ces derniers brisent le rêve du Limousin. L’épisode le plus burlesque de ce Tour de France arrive lors de l’étape de Montluçon. Dans la côte de Montaigue, Poulidor arrive à lâcher Aimar, avec notamment des rouleurs. Avec le concours de rouleurs comme Schutz et Altig, le Tour est peut-être en train de basculer. Mais l’incroyable survient alors. Altig se laisse décrocher pour favoriser le retour du maillot jaune, alors qu’il n’était guère son équipier. Encore une fois, Poulidor aura manqué d’autorité et de tact pour mettre la situation en sa faveur.

Lucien Aimar a remporté son premier et dernier Tour de France à 25 ans. Descendeur hors pair, il est encore considéré comme le meilleur descendeur de tous les temps. Dans son ouvrage intitulé « Forcenés », Philippe Bordas rendait hommages à ce Sudiste qui dévalait parfois la pente à 140 km/h. Sur le Tour de France 1973, Lucien Aimar avait perdu huit minutes sur les hommes de tête dans le col du Turini, théâtre d’un exploit de Louison Bobet. Mais dans la seule descente, le Hyérois en avait repris huit ! Preuve d’un talent inné de descendeur hors du commun. L’élève d’Anquetil ne rééditera jamais sa performance du Tour de France 1966. Peu sérieux, il n’avait guère l’âme d’un leader et on peut penser que sans Anquetil, Lucien Aimar n’aurait pas remporté ce Tour de France. Ironie de l’histoire, quelques semaines après son triomphe, au championnat du Monde, Rudi Altig devenait champion du monde. En tête, on pense que Poulidor et Anquetil vont se jouer le titre, mais il se marque dans le final. Derrière, Altig revient du diable vauvert bien aidé par … Aimar et l’Allemand remporte au sprint ce championnat du monde. Un échange de bons – ou mauvais – procédés !

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Girardengo, le premier Campionissimo

Costante Girardengo est le cinquième enfant d’une famille qui en compte sept. Issu d’une famille pauvre et dans le besoin, le jeune Italien utilisait la bicyclette pour faire « survivre » sa famille contre l’avis de ses parents. A l’âge de 17 ans, il s’achetait son premier vélo. Peu de temps après, il décidait de défier le marathonien Dorando Pietri dans un duel entre l’homme et la bicyclette. Costante remportait le duel sans problèmes et empoche la juteuse récompense. Passé professionnel en 1912, le Transalpin avait aligné les succès à la chaine tout au long de sa carrière. Deux Tours d’Italie dont trente succès d’étapes, six Milan-San Remo, trois Tours de Lombardie et pas moins de neuf championnats d’Italie.

Celui que l’on surnomme « Gira » était devenu le premier Campionissimo, surnom intronisé par le célèbre Emilio Colombo. Dans des conditions apocalyptiques, Girardengo triomphait pour la première fois dans Milan-San Remo en 1919 dans une lutte acharnée contre l’homme et les éléments. C’est une saison de rêve pour Gira, qui s’imposait également sur le Tour d’Italie – neuf succès d’étapes – mais aussi sur le Tour de Lombardie après un nouveau duel aux couteaux face à Gaetano Belloni. A la fois rival et ami, « Tano » avait rendu ses triomphes plus glorieux, il rendait un bel hommage à son ami en fin de carrière : « Girardengo était plus courageux que moi. Il avait une volonté de fer. Moi, je ne suis jamais devenu un super champion, mais dans mon cœur, il reste gravé le nom de quelques jolies femmes.» La Primavera était sa classique, il a seulement fallu attendre Eddy Merckx pour que son record de succès ne tombe.

Girardengo avait su dompter le peu professionnel Belloni, mais lors de la fin de sa carrière, il était tombé sur un émigré de Varèse sur sa route, un certain Alfredo Binda. Sur le déclin, Gira allait tenter de contester l’énorme suprématie du Lombard avec souvent beaucoup de mérite. Sur la Primavera en 1928, les deux Campionissimi s’étaient directement affronté dans le final de l’épreuve à l’image de deux boxeurs. Les deux champions occupaient chacun les deux bords de la route, se défiant à distance, refusant l’aide de son rival. A l’arrivée, Girardengo triomphait à l’âge de 35 ans pour son dernier succès notoire.

Le premier Campionissimo était quelqu’un de rusé. Lors du Tour de Lombardie en 1921, seul face aux deux frères Pélissier, il avait utilisé un stratagème original pour venir à bout de son rival Henri, l’ainé des deux frères : il avait attrapé par le maillot le grand Francis et l’avait fait tomber. Ainsi, il n’avait eu aucun mal à manœuvre Henri dans le sprint final ! Sa rivalité avec le Français s’était manifestée avant guerre, lors du Tour de Lombardie 1914, l’Italien accusant le Français de l’avoir entrainé dans une chute. Les deux champions ne se sont malheureusement que trop peu croisés. Les rares apparitions de l’Italien sur les terres Françaises s’étaient mal déroulées avec plusieurs abandons sur le Tour de France et Paris-Roubaix. Henri Desgrange, pourtant peu tendre avec Henri Pélissier, affirmait que le Campionissimo n’était pas armé pour gagner hors de son pays. Gira infligera un démenti cinglant au père du Tour de France, en devançant dans un sprint de 400 mètres Henri Pélissier dans le Grand Prix Wolber, aux apparences de championnat du Monde.

Après de longues années dans le peloton loin des premières places, le premier Campionissimo stoppait sa carrière après 25 ans d’activité signe d’une longévité exceptionnelle. Durant toutes ces années, Gira avait accumulé près d’un million de kilomètres à bicyclette et remportait plusieurs centaines de succès sur route ou sur piste. En dehors du cyclisme, Girardengo a défrayé la chronique avec son amitié avec un célèbre bandit de l’époque : Sante Pollastri. Recherché par la police, Pollastri avait toujours réussi à leur échapper. Mais lorsqu’un policier comprit l’amour du bandit pour le cyclisme, il réussit à l’arrêter près de l’arrivée d’une course où Pollastri attendait le passage de son ami. Sante fut ainsi victime de sa passion pour la petite-reine.

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Ferdi Kübler, L’Aigle d’Adliswil

Il existe très peu de livres complets sur la carrière de Ferdi Kübler, le plus grand champion Suisse de tous les temps. Vainqueur du Tour de France en 1950, ses plus grand exploits ont néanmoins été réalisés en Belgique. En 1951 et 1952, le Suisse était parvenu à réaliser le doublé Ardennais (Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège) en l’espace de quelques heures. Le livre de Claude Dugauquier retrace cette formidable carrière d’un des plus grands descendeurs de tous les temps. Ce qui nous marque le plus à la lecture de ce livre, c’est la volonté hors du commun de ce Suisse qui lui a permis de devenir à trois reprises le lauréat du Challenge Desgrange-Colombo.  Ferdi n’était pas aussi doué que Fausto Coppi ou Hugo Koblet,  il n’avait pas leur classe naturelle sur le vélo mais il possédait néanmoins cette rage de vaincre unique, une santé exceptionnelle et un orgueil démesuré. On se souvient tous de son ascension du Mont Ventoux en 1955 pour son dernier Tour de France. Il avait entamé la montée comme s’il s’agissait d’un vulgaire raidard. Raphaël Géminiani voulait le ramener à la raison : « Du calme Ferdi : le Ventoux n’est pas un col comme les autres », ce à quoi le Suisse répondait de manière burlesque « Ferdi, pas un coureur comme les autres non plus. Ferdi, grand champion ». Trop confiant, le Suisse fut victime d’une incroyable défaillance dans l’ascension, qui l’obligera à abandonner, l’orgueil atteint, quelques jours plus tard.

Type : Biographie
Contenu : la carrière de Ferdi Kübler
Public visé : tout public
Note : 7,5/10
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Les débuts tumultueux de Maertens

Dans une Belgique en pleine dictature Merckxiste, le pays entier est à la botte de son champion, le plus grand que n’ait jamais connu le cyclisme mondial. En 1973, Eddy Merckx a gagné tout ce dont un champion de la petite-reine peut rêver. Mais un jeune coureur ambitieux, du nom de Freddy Maertens, arrive brusquement dans le monde du cyclisme. Tout de suite, une rivalité s’était installée entre les deux coureurs. Ils étaient de générations différentes, de régions opposées et possédaient chacun un caractère singulier. Rapidement, le malentendu entre le héros national et le champion en devenir s’était développé et allait être préjudiciable à ce dernier. Freddy Maertens a eu le tort durant sa jeunesse de ne jamais avoir admiré le Roi Eddy, quelque chose le glaçait dans la personnalité de Merckx. Le jeune Flamand issu de la modeste commune de Lombardsijde était un anticonformisme, il refusait de se soumettre devant Merckx. Freddy avait les dents longues et le talent de ses ambitions, il affirmait clairement dès ses débuts professionnels son intention de battre le grand Merckx. Sacrilège dans la terre du cyclisme, Maertens est tout de suite catalogué comme un coureur prétentieux. Mais quoi de plus normal pour un jeune coureur de ce calibre de vouloir rivaliser et vaincre le plus grand champion du circuit mondial ? Malheureusement pour le jeune Freddy, il portera cette étiquette injuste d’arriviste tout au long des premières années de sa carrière. Sans cesse, on le comparera à son glorieux ainé, alors qu’il n’a jamais prétendu vouloir prendre sa place. Le paroxysme de ce désamour du public Belge était atteint en 1973, à l’issue des fameux championnats du monde de Barcelone.

Le Cannibale des amateurs

Avant d’entrer avec la manière forte dans le monde professionnel, Freddy Maertens a d’abord terrorisé les rangs amateurs. En 1966, il fait la connaissance de son ami Michel Pollentier. Le duo est inséparable et enchaine les doublés dans les épreuves locales. Les deux coureurs survolent les débats dans leur catégorie et Freddy Maertens affole chaque année les compteurs de victoires. Michel Pollentier est un ami mais aussi un rival loyal, il refuse que son adversaire le laisse gagner. Nettement moins véloce, Pollentier multiplie les deuxièmes places, Maertens accumule les lauriers : douze en 1967, vingt et un en 1968 chez les débutants, vingt-deux en 1969 avec les juniors, quarante-deux en 1970. Dans les rangs amateurs, ses succès se font toujours aussi nombreux : vingt-deux en 1971 et trente et un en 1972.

Maertens gagne tout, Maertens gagne trop, Maertens dérange. Il agace par sa supériorité et en 1971, il connait les premières combinaisons à grande échelle menées à son encontre. En début de saison, il s’aligne sur le Tour d’Algérie avec l’équipe nationale de Belgique. Il découvre les nombreuses ficelles du métier, indispensable pour réussir au très haut niveau. Il apprend à jouer des coudes, on lui enseigne les manœuvres essentiels en peloton comme les frottements. Maertens termine 3éme du général de cette épreuve enrichissante derrière les amateurs de l’est aguerris. Quelques semaines après, Maertens triomphe sur le championnat de Belgique, ce qui le place définitivement parmi les coureurs prometteurs à l’avenir. En fin de saison, lors du championnat du monde amateur, il est devancé au sprint par le Français Régis Ovion. Maertens était le plus véloce sur le final mais il a été étrangement enfermé par son propre compatriote Ludo Van der Linden. Les membres de l’encadrement Belge lui reprochent d’être trop indépendant. En réalité, Freddy Maertens est victime des mauvaises relations entre son père et certains membres de la fédération Belge de cyclisme. Freddy avait préféré être encadré par son père pour la saison 1972, plutôt que par les membres de cette fédération…

Des débuts professionnels houleux

Malgré toutes les critiques à l’encontre de Freddy Maertens, ce dernier remporte l’année suivante 31 des 72 courses qu’il a disputées. Favori des Jeux Olympiques de Munich, il ne parvient pas à jouer un rôle majeur dans l’épreuve, traumatisé par l’attentat terroriste orchestré par le groupe « Septembre noir ». En fin de saison, il signe au sein de l’équipe Flandria. L’apprentissage est compliqué, il faut s’adapter à des distances supérieures à 150 km. Freddy Maertens n’est pas encore prêt pour lutter contre les Grands. Mais en 1973, pour sa véritable première année professionnelle, on le retrouve pour la victoire dans le final du Tour des Flandres avec De Geest, Merckx et Léman. Une rivalité existe déjà entre Freddy et Eddy. Eric Léman l’emporte au sprint devant Maertens. Victime d’une chute, il sera également vaincu une semaine après sur Paris-Roubaix – 5éme – une course qui ne lui réussira jamais.

Freddy Maertens fait déjà parti des coureurs majeurs dans les courses classiques. Il n’attendra pas très longtemps pour remporter sa première victoire importante lors des Quatre Jours de Dunkerque. Il triomphe sur l’épreuve chronométrée, le premier effectué de sa carrière en devançant des spécialistes comme Poulidor, Zoetemelk ou Verbeeck. Robert Silva, journaliste de l’Equipe le nomme « doublure de Merckx ». Conscient de l’avènement d’un champion de qualité qui risque de lui faire de l’ombre, Eddy multiplie les déclarations anti-Maertens, il critique sa tactique de course. Il ne sait pas courir selon le Cannibale. Le jugement de Merckx n’est pas totalement injustifié car Maertens ne prend que très peu d’initiatives en course et il a une certaine tendance à ne pas lâcher la roue d’Eddy Merckx en course. L’irritation de Merckx est compréhensible mais il faut tout de même rappeler qu’en 1973, Freddy n’est qu’un néo-professionnel qui découvre le haut niveau. Et Freddy Maertens a encore beaucoup à apprendre. Cet apprentissage sera particulièrement difficile pour le jeune Flamand lors des championnats du monde de Barcelone.

Barcelone, entre drame et polar

La principale version des faits du Mondial 1973 est la suivante : Freddy Maertens a fait perdre Eddy Merckx. C’est une affirmation qui mérite réflexion. Rappelons qu’au départ de ces championnats, une grande rivalité était affichée entre la marque Italienne historique Campagnolo, et le nouveau concurrent Japonais Shimano entré sur le marché des cycles en 1973. Les deux marques se disputaient la supériorité mondiale du marché des cycles et ce championnat du monde devait constituer un juge de paix. Le grand patron de la marque Campagnolo aurait affirmé qu’aucun coureur équipé d’un vélo Japonais ne devait remporter cette épreuve. Quel crédit peut-on à ce contentieux ? A-t-il vraiment eu un impact sur la course ? Nous pouvons en douter tant l’enjeu et le prestige mis en jeu étaient immenses. Revenons à la course.

Durant l’épreuve, Eddy Merckx a été le coureur le plus entreprenant. Il est celui qui a créé la sélection décisive entre les quatre champions : Merckx et Gimondi (vélos Campagnolo), Maertens (Shimano) et Ocaña (Zeus). Le premier fait de course qui attirera la polémique est l’attaque de Merckx au sein de ce groupe à deux tours de l’arrivée. Le Cannibale prend de l’avance, mais Maertens réplique rapidement. Cet événement sera au centre de toutes les polémiques, les pro-Merckx accusent Maertens d’avoir favorisé les retours de Gimondi et Ocaña en leur servant de point de mire. En réalité, en revoyant les images, nous pouvons constater que l’attaque de Maertens n’avait pas tellement favorisé le retour de l’Italien et de l’Espagnol. En contrant l’attaque de Merckx, Maertens avait montré son état de fraicheur élevé. Son attaque n’a pas fait perdre Eddy. Ce qui a fait perdre la course au Cannibale, c’est d’avoir refusé de collaborer avec son cadet alors qu’en unissant leurs efforts, le doublé Belge aurait été acquis. Maertens a toujours refusé de dire qu’il avait contré Merckx dans la montée pour le faire perdre, il soutient encore que la seule chose qu’il voulait été un doublé Belge et qu’il était disposé à favoriser la victoire de Merckx en cas d’arrivée à deux.

Mais Eddy avait préféré attendre l’Italien et l’Espagnol. Je pense très franchement que la parole de Maertens était sincère, il aurait laissé gagner Merckx si les deux étaient arrivées ensemble à l’arrivée. La preuve dans le final de l’épreuve. Maertens pourtant très réputé au sprint s’est totalement dévoué pour emmener Eddy Merckx. Pourtant quelques centaines de mètres plus loin, Merckx s’écroule à la surprise générale et Maertens est coiffé par Gimondi dans les derniers mètres. Le jeune Freddy est furieux car il s’estime piégé par Merckx dans ce sprint. Le Cannibale reproche à Maertens de l’avoir emmené trop vite.

Après sa défaite à Barcelone, Maertens se rend au Huit de Brasschacht, il chute ce qui clôt sa saison. Un bien pour un mal. Loin du monde de la petite-reine, Freddy Maertens n’assiste pas en direct à son lynchage médiatique orchestré par Eddy Merckx qui l’accuse de l’avoir fait perdre ses championnats du monde. La presse Belge et Française, dans l’ensemble partisan du Cannibale, se placent du côté de son préféré, tout comme la majeure partie du public. Merckx a parlé, c’est comme si Dieu avait parlé. Maertens devient alors le mal-aimé du public Belge. Le jeune Flamand le paiera encore injustement lors des prochaines saisons. Mais à mon humble avis, les deux coureurs avaient commis des erreurs dans ce Mondial mais ils ne sont pas tous à imputer à Maertens, ce serait injuste. En effet, pourquoi Merckx n’a-t-il pas voulu collaboré avec Maertens une fois seuls en tête ? Ils avaient de l’avance, ils pouvaient aller au bout. On peut légitimement penser que Merckx se méfiait de Maertens car celui-ci était très rapide (il avait été devancé par Freddy sur le Tour des Flandres) et la victoire au championnat du monde de son cadet, aurait dérangé Merckx. Un Belge de 21 ans que l’on surnomme déjà « le Nouveau Merckx » champion du monde, cela aurait pu irriter Merckx qui n’appréciait guère ce jeune coureur.

Pourquoi Merckx a t-il crié à Maertens "Plus vite, plus vite" à l’approche de l’arrivée, alors qu’il était probablement émoussé par toutes ses attaques ? Une question qui est restée sans réponse. Il convient de laisser la parole à l’un des acteurs de ce Mondial et plus précisément au champion du monde 1973, Felice Gimondi : « Il ne peut pas l’admettre (sa défaite), la raison de sa défaite n’était pas Maertens. Eddy n’avait pas les jambes. » Merckx était souvent philosophique après ses échecs, après sa carrière il a même su évacuer de son esprit son éviction de Savone sur le Giro 1969, mais ce Mondial 1973 lui reste en travers de la gorge. Le fait que Merckx reproche à Maertens de l’avoir emmené trop vite est significatif du manque de fraicheur du Bruxellois dans le final, Gimondi le confirmait « Quand Maertens a commencé à emmener le sprint, je pouvais le suivre sans problèmes, et vous savez, je n’étais pas le meilleur dans les changements de rythme. Si un coureur comme Eddy ne pouvaient pas combler l’écart, c’était seulement parce qu’il n’avait pas les bonnes jambes. Dans un autre jour, Eddy aurait gagné un sprint comme ça d’une seule jambe ». Avant de conclure « Si Maertens avaient pu sprinter pour lui-même, il nous aurait battu de deux voitures ».

A la fin de l’année, Maertens termine 5éme du Super Prestige Pernod. Mais cette première saison complète a été loin d’être parfaite. Outre l’épisode de Barcelone, le management d’Albéric Schotte au sein de l’équipe Flandria a laissé à désirer. L’ancien champion Belge a été un grand coureur mais un piètre directeur sportif. Il a été très contesté durant toute la saison pour ses décisions ou plutôt l’absence de prises décisions. A chaque épreuve, aucun leader n’était désigné, trop de liberté était laissé aux coureurs et aucune stratégie définie n’a été établi au départ des épreuves. Il en résultait donc des rivalités internes au sein de l’équipe Flandria, notamment entre Maertens et Godefroot dont les frictions vont se multiplier en 1974…

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La Trahison de Renaix

Rik Van Looy était certainement le plus grand chasseur de classiques de son époque. Comme tous champions dominant de façon trop franche l’opposition, Rik II, le successeur de Rik Van Steenbergen, a longtemps été l’homme à abattre dans les courses d’un jour. Chaque année au fil de ses succès, ses ennemis se sont faits de plus en plus nombreux. Pour se protéger de l’adversaire, Van Looy s’était entouré de la fameuse « Garde Rouge » de l’équipe Faema mené par le solide Flamand Edgard Sorgeloos. Rik Van Looy a réinventé la façon de courir les classiques. Epaulé par des équipiers totalement dévoués à sa cause, ses domestiques neutralisaient tous ses adversaires et lui préparaient le terrain idéal afin qu’il puisse passer à l’offensive. Rik II enchainait les succès mais sa domination n’était pas appréciée par tous. L’épisode le plus significatif pour représenter cette situation est le championnat du monde 1963.

A cette époque, Rik Van Looy avait gagné tout ce qui était possible dans les courses d’un jour, souvent plus d’une fois. A Renaix sur ses terres, dans un circuit peu sélectif, il espère triompher une troisième fois après 1960 et 1961. Mais Van Looy ignore le piège que lui tendent ses compatriotes mais rivaux secrets, Gilbert Desmet et Benoni Beheyt. La source de ce conflit date de Milan-San Remo 1958. Van Looy l’avait emporté grâce au formidable travail de ses équipiers. Mais Rik II n’avait pas eu la bonté de partager sa prime de victoire comme il l’avait promis. Plus tard, Gilbert Desmet s’était retrouvé à deux doigts de remporter le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, mais son leader l’en avait empêché. Furieux, Gilbert Desmet s’était juré de rendre la vie difficile à Rik Van Looy sur la route. A Renaix en 1963, il y parvenait. A l’approche du sprint final, Van Looy exhorte ses troupes en vue de l’arrivée massive. Benoni Beheyt lui fait comprendre qu’il est cuit et qu’il n’a plus les moyens de l’aider. Il reste donc dans la roue de Van Looy afin de le « protéger ». Gilbert Desmet est chargé d’emmener le sprint de Rik, mais il le piège en démarrant son sprint trop tôt et trop fort. Van Looy se retrouve donc isolé trop loin de l’arrivée et Benoni Beheyt en profite pour le déborder. Van Looy lui ferme la porte, mais Beheyt met sa main sur son leader pour l’écarter et se protéger. Beheyt devient champion du monde devant Van Looy. Ce dernier est humilié sur ses terres. Il proteste et porte réclamation pour faire déclasser son équipier. C’est peine perdue, le vrai fautif dans ce sprint est Van Looy et il aurait été déclassé si jamais il avait franchi la ligne en tête du propre aveu d’un commissaire de course.

On a intitulé ce championnat comme « la Trahison de Renaix ». Van Looy ne s’est jamais remis de cette défaite. Il n’a pas oublié et il utilisera toutes les combinaisons possibles pour dégoûter Benoni Beheyt du cyclisme. ce dernier met fin à sa carrière à l’âge de 25 ans !

Revoyez le sprint final ici

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Joop Zoetemelk, l’éternel second

Joop Zoetemelk était surnommé le Hollandais de France, il avait terminé à six reprises à la seconde place du Tour de France, un record. Tombé à la mauvaise époque, il avait d’abord été victime du règne d’Eddy Merckx avant de subir l’avènement de Bernard Hinault. Finalement, le Néerlandais l’emportait de façon méritée en 1980, récompensant l’ensemble de sa carrière et de son abnégation. Il avait participé seize fois au Tour de France, pour le finir seize fois. Adversaire de Merckx, ses relations avec ce dernier ou plutôt ses supporters ont été très tendues au départ. Tout commençait lors d’un passage aux Pays-Bas pendant le Tour 1969, Eddy Merckx et son coéquipier Stevens étaient sifflés par les supporters Néerlandais. Bien qu’il n’ait rien à voir à cette affaire, Joop Zoetemelk était devenu la tête de Turc d’une partie du public Belge à cause de sa réputation attentiste. Le Cannibale mettait de l’huile sur le feu quelques jours plus tard : "Ce Zoetemelk ne relaie jamais, il exploite le travail des autres". Il s’est toujours défendu de cette attitude involontaire en s’estimant heureux d’avoir pu suivre Eddy Merckx puis Bernard Hinault. Ce n’est qu’en 1980, qu’il remportait enfin le Tour de France. Après un début Grande Boucle sous la pluie et le sale temps, Hinault vainqueur du Giro impressionnait et écrasait ses adversaires dans les pavés du Nord. Mais le Blaireau devait abandonner à cause d’un genou souffrant avant les premières grandes hostilités. Le Hollandais prenait donc le maillot jaune et il assurait sa succession jusqu’au bout sans être pris à défaut, bien qu’il chuta à Pra-Loup à 3km de l’arrivée en percutant la roue de son équipier. Cependant, malgré les multiples attaques de son adversaire De Muynck, le Néerlandais ne craquait pas et remportait le succès de la persévérance.

Connu pour ses Tours de France, il avait tout de même été Champion Olympique en 1968 à Mexico dans les 100km de contre la montre par équipes. Sa carrière avait connu un drame terrible six ans plus tard sur le Midi Libre. Victime d’une chute, on diagnostiquait une commotion cérébrale. Mais il finira par se relancer comme on a pu s’en apercevoir à l’image de son compatriote Gerrie Knetemann. Souvent placé, rarement gagnant, ses succès sont rares. Il remportait cependant sa plus belle classique en 1976 sur la Flèche Wallonne, en terrain ennemi, malgré une erreur de parcours. Neuf ans plus tard, au championnat du Monde de Montello en 1985, Joop Zoetemelk arrivait sans ambition particulière. Sans le vouloir, en prenant un relais à peine plus appuyé que d’habitude, il se détachait du groupe de tête et devenait champion du monde à près de 40 ans, surprenant tous ses adversaires trop attentistes. Exemple de longévité, Joop Zoetemelk remportait l’Amstel Gold Race en 1987 à plus de 40 ans.

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